Première mondiale : la sonde Hayabusa2 a ramené des échantillons d'un astéroïde primitif

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L'astéroïde Ryugu sur lequel des échantillons ont été recueillis par la sonde japonaise Hayabusa2
L'astéroïde Ryugu sur lequel des échantillons ont été recueillis par la sonde japonaise Hayabusa2 (Crédits : JAXA)
Une sonde japonaise a livré dans la nuit de samedi à dimanche des échantillons recueillis sur un astéroide situé à quelque 300 millions de kilomètres de distance.

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 2020, les échantillons de l'astéroïde Ryugu collectés par la sonde Hayabusa2, opérée par l'agence aérospatiale japonaise JAXA, ont atterri sur la Terre dans la région désertique de Woomera en Australie, après un voyage d'un an environ. La capsule contenant les échantillons a pénétré dans l'atmosphère terrestre peu avant 02H30 du matin dimanche heure du Japon (17H30 GMT samedi), créant une boule de feu semblable à la trace d'une étoile filante. Plus de vingt mois auparavant, la sonde japonaise avait recueilli ces précieux échantillons sur cet astéroïde situé à 300 millions de kilomètres de distance environ. Lancée en décembre 2014, Hayabusa-2, de la taille d'un réfrigérateur, a livré une centaine de milligrammes de particules de l'astéroïde Ryugu, "le palais du dragon" en japonais.

"Il s'agit d'un moment historique pour la communauté scientifique mondiale car c'est la première fois que des fragments d'un astéroïde primitif carboné seront analysés sur la Terre", s'est enthousiasmé le CNES dans un communiqué publié samedi soir.

Comprendre la naissance du système solaire

Les scientifiques espèrent que les échantillons recueillis fourniront des indices sur le système solaire à sa naissance il y a 4,6 milliards d'années. Leur étude permettra de mieux comprendre les processus de formation des planètes et plus généralement d'avoir accès aux premiers millions d'années du système solaire, voire même avant avec l'éventuelle présence de grains pré-solaires.

Une période d'analyses préliminaires au Japon sera suivie d'analyses plus détaillées par des équipes internationales, notamment françaises. Dans un premier temps, les échantillons seront répertoriés et étudiés au Japon. L'instrument MicrOmega, microscope hyperspectral, développé par l'Institut d'Astrophysique Spatiale (IAS) et livré en juillet dernier par le CNES, va permettre des analyses non destructives et sans contact de tous les échantillons afin de déterminer leur texture et leur composition. Cet instrument est installé dans la chambre de conservation des échantillons, construite par la JAXA, dans le cadre de la mission Hayabusa2 et sera opéré par une équipe franco-japonaise

La phase d'analyses détaillées ultérieure sera organisée par un comité international d'évaluation sur les échantillons rapportés et impliquera une vingtaine de chercheurs français du CNRS, qui seront intégrés au sein de l'équipe pluridisciplinaire internationale d'analyse des échantillons. Pas moins de sept laboratoires français rattachés notamment au CNRS, à des universités et à d'autres établissements, participeront à ces travaux : Centre de recherches pétrographiques et géochimiques, Laboratoire de physique des 2 infinis Irène Joliot-Curie, IAS, Institut de minéralogie, de physique des matériaux et de cosmochimie, Institut de planétologie et d'astrophysique de Grenoble, UMR-Institut de physique du globe de Paris et Unité matériaux et transformations.

Au contact

Trois ans et demi plus tard, le 27 juin 2018, Hayabusa2 a honoré son rendez-vous avec Ryugu. Ce n'est qu'en février et juillet 2019 que la sonde Hayabusa2 est allée au contact de l'astéroïde Ryugu afin de tirer un petit projectile sur sa surface visant à collecter des échantillons de matériau primitif par impact. "Elle est enfin de retour après six années", s'est réjoui un commentateur de la JAXA. La capsule a touché terre dans le désert dans le sud de l'Australie où elle sera récupérée dans une zone couvrant quelque 100 km carrés grâce au signal émis par ses balises, puis livrée à l'ISAS, le laboratoire spatial de la JAXA dans la banlieue de Tokyo. Après cette livraison, le travail de la sonde n'est pas terminé : les scientifiques de l'agence spatiale japonaise prévoient de prolonger sa mission de plus de dix ans en ciblant deux nouveaux astéroïdes.

Tout comme les missions américaine OSIRIS-REx, qui a réussi à atterrir en octobre sur l'astéroïde Bennu, japonaise MMX (Martian Moons Exploration), qui doit être lancée en 2024, et MSR (Mars Science Return), Hayabusa2 a pour "objectif de collecter et de rapporter sur la Terre des échantillons extraterrestres en vue de leurs analyses par des instruments très performants que l'on ne peut envoyer sur place, a précisé le CNES. Ces missions apportent des informations incomparables que l'on ne peut obtenir par des analyses in situ". La France est un partenaire privilégié dans le cadre de plusieurs coopérations internationales portant sur l'analyse d'échantillons de corps célestes du fait de son expertise et de son savoir-faire.

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Commentaires
a écrit le 07/12/2020 à 3:05 :
@Roseta

Quelle avancée majeure a permis d'amortir les coûts pharaoniques des programmes spatiaux massivement subventionnés pour maintenir un semblant d'activité privée?

Même Space X bénéficie des largesses du contribuable américain mais dans une moindre mesure comparativement à l'incompétence notoire de la NASA.

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