Réorganisation : le CNES va prendre son envol numérique à 60 ans

Syndicats et direction discutent de la réorganisation du CNES, qui devrait être finalisée en décembre. Le PDG du CNES Philippe Baptiste souhaite créer une direction technique polyvalente (direction des technologies et du numérique), qui devrait regrouper environ 900 personnes.
Michel Cabirol

5 mn

Le PDG du CNES Philippe Baptiste fait le choix de pousser le CNES vers une organisation matricielle.
Le PDG du CNES Philippe Baptiste fait le choix de pousser le CNES vers une organisation matricielle. (Crédits : Regis Duvignau)

La réorganisation du CNES est récemment entrée en octobre dans une nouvelle phase avec les discussions entre les organisations syndicales et la direction. Le PDG du CNES Philippe Baptiste fait le choix de pousser le CNES vers une organisation matricielle en souhaitant créer une direction technique polyvalente (direction des technologies et du numérique), qui devrait regrouper environ 900 personnes - soit plus d'un tiers des effectifs du CNES. Si le projet de réorganisation du CNES est finalisé en décembre, cette nouvelle direction servira de support essentiellement aux deux directions de projets, la direction des systèmes orbitaux (observation de la Terre, science de l'univers, exploration, télécoms, navigation) et celle du transport spatial (projets futurs, Ariane 6 et l'exploitation).

Si factuellement la direction des lanceurs disparaît comme l'a annoncée La Tribune, le CNES ne lâche pas pour autant les lanceurs. Les effectifs de cette direction devraient être ventilées vers les deux nouvelles directions créées : la direction des technologies et du numérique et la direction du transport spatial. Enfin, Philippe Baptiste souhaite créer une direction de la stratégie musclée, qui devrait être une direction type "état-major" avec beaucoup moins d'effectifs que dans les autres directions.

Le CNES recrute chez Uber

Au niveau du casting, les personnes prochainement nommées sont dans les starting-blocks en attendant le feu vert des syndicats à ce projet de réorganisation. Spécialiste de l'intelligence artificielle, d'algorithmes, de logiciels et de numérique, François Sillion, qui a passé plus de 20 ans à l'INRIA (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique), devrait prendre la tête de la direction technique. Avant d'arriver au CNES en septembre, il a été durant plus de deux ans et demi le patron du centre de technologies avancées d'Uber à Paris, axé sur l'intelligence artificielle et son application aux services de transport. Le profil François Sillion colle pleinement à la nouvelle stratégie de Philippe Baptiste, qui souhaite emmener le CNES vers le développement des applications aval dans le spatial, de la numérisation... "Le numérique s'est développé ces dernières années au CNES mais pas assez. Oui il y aura une orientation numérique forte", confirme à La Tribune Jean-Marc Astorg. Par ailleurs, la direction des systèmes orbitaux, qui pourrait changer de nom, reste dans les mains de Caroline Laurent.

Jean-Marc Astorg devrait quant à lui arriver à la tête de la direction de la stratégie. Il devrait avoir pour adjoint François Alter, nommé également patron de la direction adjointe "Industrie et écosystème". De son côté, la direction adjointe "Programmes" devrait être confiée à Pascale Ultré-Guérard. En outre, elle aura deux sous-directions :  préparation du futur et observatoire du spatial, qui fait de la veille technique et économique, puis rédige des analyses qui orientent les choix du CNES. Cette direction s'occupera de la stratégie mais aussi de la programmation des activités du CNES, notamment la contribution de la France à l'Agence spatiale européen (ESA) et les coopérations internationales. Elle aura un rôle crucial dans la préparation du futur, le développement de l'écosystème spatial, dont le soutien aux start-up. "C'est une direction de la stratégie musclée pour pouvoir réaliser des études de long terme et des projets de R&T (Recherche et Technologie) auprès de l'industrie", explique Jean-Marc Astorg.

Enfin Pauline Pannier, actuellement conseillère auprès de Philippe Baptiste, devrait se voir confier un secrétariat général élargi, qui regrouperait toutes les fonctions support, dont les ressources humaines, les finances, la sécurité, les achats, les affaires juridiques.

Pourquoi la direction lanceur s'efface

La direction des lanceurs (DLA) va changer de nom pour s'appeler désormais direction du transport spatial, une direction qui n'a pas encore trouvé son futur patron. Cette nouvelle orientation tient compte clairement de l'évolution du secteur. "C'est un changement important parce que la DLA existait depuis l'origine du CNES en 1961. Mais ce domaine d'activité ne se résume plus strictement aux lanceurs", souligne Jean-Marc Astorg. Clairement, le CNES vise le développement de véhicules spatiaux, qui feront l'interface entre les satellites et les lanceurs comme les Space Tug ou les dispenseurs motorisés, qui servent à mettre en orbite des petits satellites à partir d'un gros lanceur. En outre, le CNES ne s'interdit pas non plus d'être plus ambitieux dans le futur avec des missions vers la Lune en développant des moyens de transport, voire des vols habités "si un jour l'Europe se lance dans l'aventure", explique l'actuel patron de la direction des lanceurs (DLA) en Europe.

Actuellement, la DLA travaille pour le succès technique d'Ariane 6. Sur les 280 personnes de cette direction, il y a à peu près une centaine de personnes qui travaillent sur le pas de tir d'Ariane 6 (EL4). Ce qui constitue une grosse bosse d'activité pour la DLA. Ces personnes seront ensuite ventilées au fur et à mesure du succès d'Ariane 6 vers d'autres projets. Le CNES remet par exemple à niveau le pas de tir Diamant d'où partiront des micro et mini-lanceurs privés notamment. Mais les effectifs de la direction du transport spatial devraient baisser par rapport à ce qu'est aujourd'hui la DLA, une fois terminée Ariane 6.

Direction des technologies : moteur de l'expertise du CNES

Initialement, le projet de réorganisation prévoyait une direction des opérations, qui s'est finalement transformée en direction technique (900 personnes environ. "L'intérêt de faire une direction technique permet de mutualiser les fonctions techniques entre lanceurs et satellites", fait observe Jean-Marc Astorg. Cette direction devrait également permettre "d'affirmer le rôle de centre technique du CNES", note-t-il. C'est d'ailleurs ce qui le différencie par rapport à d'autres agences comme l'agence italienne ASI ou encore le DLR allemand.

Cette mission technique du CNES, qui possède des ingénieurs ayant une connaissance et des savoir-faire dans le spatial de haut niveau, est enviée dans le monde entier. Ce centre technique apportera son support aussi bien au CNES pour conduire ses projets ou à l'extérieur en développant des instruments scientifiques pour les industriels. "C'est vraiment un marqueur important de cette organisation de mettre en avant ce que sait faire cette fonction technique du CNES", assure Jean-Marc Astorg.

Michel Cabirol

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