Satellites : pourquoi le leader mondial SES prend le contrôle de la start-up O3b

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la prise du contrôle d'O3b permet à SES de différencier son offre dans trois de ses activités : services aux entreprises, services de mobilité et services aux administrations publiques.
la prise du contrôle d'O3b permet à SES de différencier son offre dans trois de ses activités : services aux entreprises, services de mobilité et services aux administrations publiques. (Crédits : SES)
L'opérateur de satellites luxembourgeois a annoncé son intention de prendre le contrôle de la constellation de satellites O3b. SES veut augmenter sa participation en passant de 49,1% à 50,5% pour un coût global de 20 millions de dollars.

L'opérateur de satellites luxembourgeois SES a finalement pris le contrôle de la start-up américaine 03b pour "Other 3 billion", dont le siège social se situe... à Jersey. Après avoir  longtemps réfléchi sur la capacité d'O3b à se développer avec les standards financiers de son métier (soit un excédent brut d'exploitation - Ebitda - de plus de 70%), le leader mondial du secteur a décidé d'acquérir 1,4% de son capital en vue de passer de 49,1% à 50,5% pour un coût de 20 millions de dollars. Sa participation est valorisée à 323 millions de dollars (257 millions d'euros).

Située sur une orbite moyenne (MEO) à une distance de 8.000 km de la Terre, cette constellation de douze satellites à débit élevé (High Throughput Satellites - HTS) a déjà permis à O3b de réalisé un chiffre d'affaires de 57 millions de dollars l'année dernière. La start-up américaine, qui a réorienté sa stratégie sous l'impulsion de SES à son arrivée dans son capital, compte aujourd'hui 40 clients dans 31 pays dans trois activités de l'opérateur de satellites : services aux entreprises, services de mobilité et services aux administrations publiques. La société affiche également un carnet de commandes "solide" de 350 millions de dollars, a estimé SES.

Quatre conditions pour prendre le contrôle d'O3b

Pour aller plus loin dans la relation avec O3b, SES avait mis quatre conditions : maîtriser la technologie, anticiper un modèle économique pérenne, être attractif sur le plan commercial et dégager des résultats. D'autant que la société luxembourgeoise va consolider la dette nette importante d'O3b, qui s'élève à 1,2 milliard de dollars. Toutefois, les quatre conditions ont été levées comme le démontre la prise de contrôle de la start-up fondée et lancée par le milliardaire américain Greg Wyler par SES. Enfin, la prise du contrôle d'O3b permet à SES de différencier son offre dans trois de ses activités : services aux entreprises, services de mobilité et services aux administrations publiques.

"La décision de prendre une participation permettant d'acquérir le contrôle d'O3b est une étape-clé de la stratégie de différenciation de SES, qui vient compléter sa stratégie de croissance", a confirmé le PDG de SES Karim Michel Sabbagh cité dans le communiqué de l'opérateur de satellites.

La technologie est désormais au point, notamment la relation entre les satellites et le segment sol. SES a mis cinq ans environ pour mettre au point cette technologie, explique-t-on en interne. "La réunion unique de la flotte en orbite géostationnaire (large faisceau et haut débit) de SES avec la plateforme HTS en orbite terrestre moyenne d'O3b donne naissance à la solution satellitaire la plus performante et la plus évolutive au monde", a en outre expliqué SES.

"La technologie satellitaire n'a jamais été aussi inventive qu'aujourd'hui. C'est ça que cela démontre, le satellite a toujours gagné quand la connectivité augmente, et nous avons ouvert un nouveau chapitre de connectivité il y a cinq ans avec le lancement d'O3b", avait expliqué à La Tribune dans une interview accordée en juillet 2015 Karim Michel Sabbagh.

En outre, les huit satellites de nouvelle génération supplémentaires vont offrir à la constellation "une performance accrue et de nouvelles fonctionnalités qui vont accroître l'offre d'O3b sur le marché", avait assuré en décembre dernier Thales Alenia Space (TAS), le constructeur des satellites de la constellation. Ils seront lancés par Soyuz en deux fois (4 + 4) à partir du Centre spatial guyanais (CSG). Le premier lot sera mis sur orbite fin 2017 et le second début 2018.

L'attractivité commerciale d'O3b

Le leader mondial des opérateurs de satellites a également dû travailler sur un nouveau modèle économique. SES a dû créer un système et offrir des services et des connexions à très haut débit, qui n'existaient pas encore. Il récolte aujourd'hui les premiers fruits avec la montée en puissance d'O3b. Selon SES, son chiffre d'affaires devrait atteindre en 2016 plus de 100 millions de dollars. Soit quasiment le double de 2015. "La réaction du marché depuis à peine plus d'un an a été spectaculaire", avait affirmé en décembre dernier le PDG d'O3b Networks, Steve Collar.

SES a également dû répondre à cette troisième question. Comment vendre la capacité d'O3b et qui va l'acheter ? "Nous sommes l'opérateur n ° 1 dans le Pacifique et, ensemble avec Royal Carribean, nous avons révolutionné le marché de la connectivité dans le domaine de la croisière", s'était réjoui Steve Collar. O3b, qui a commencé son activité commerciale qu'en septembre 2014, revendique déjà 40 clients. Au-delà du marché des croisiéristes, en particulier, et celui de la mobilité en général, O3b fournit aux opérateurs de télécoms, aux entreprises et aux gouvernements situés aux endroits les moins accessibles du monde des packages de données internet (trunking) et de connectivité pour les réseaux mobiles à des débits comparables à ceux de la fibre optique.

"Avec O3b aujourd'hui, nous pouvons offrir au croisiériste Royal Caribbean une connexion de 500 mégabits par seconde pour les 5.000 passagers d'un bateau de croisière, avait expliqué à La Tribune en juillet 2015 Karim Michel Sabbagh. Sur quatre bateaux de Royal Caribbean, il y a plus de puissance, de services, de performance que sur tous les bateaux du monde entier. Tous les passagers d'un tel bateau peuvent avoir accès à Facebook, Skype, Twitter, Instagram...".

Et ce n'est que le début d'une "success story" commerciale semble-t-il. "Plus de 50 % des clients ont déjà contracté des services supplémentaires auprès d'O3b depuis le début des activités commerciales de la société en septembre 2014", explique SES. "Nous sommes ravis de pouvoir offrir très prochainement, avec les huit nouveaux satellites, plus de capacité et de fonctionnalité à nos clients", avait par ailleurs expliqué en décembre Steve Collar.

Un nouveau segment de marché lucratif

Enfin, SES devait amener O3b à une rentabilité aussi forte que la sienne (marge Ebitda de 74% au premier trimestre 2016). Il a dégagé en 2015 un excédent brut d'exploitation (Ebitda) de 1,49 milliard d'euros (74,2%). En tout cas, la société américaine a déjà un Ebitda positif. "La consolidation d'O3b - le réseau de satellites à la croissance la plus rapide - améliore considérablement le profil de croissance à long terme de SES, la constellation devant générer un chiffre d'affaires annualisé compris entre 32 et 36 million de dollars par satellite", a affirmé Karim Michel Sabbagh.

À partir du 29 avril 2016, et sous réserve qu'O3b n'ait pas lancé d'introduction en Bourse, SES dispose d'ailleurs d'une option d'achat lui permettant d'acquérir la totalité des 49,5 % restants du capital d'O3b pour un montant de base de 710 millions de dollars. La décision que prendra éventuellement SES d'exercer son option d'achat sera conditionnée au respect du taux de rendement minimal défini par la société pour ses investissements. Pour autant, le conseil d'administration d'O3b Networks va étudier la possibilité de réaliser une introduction en bourse pour les 49,5% restants du capital d'O3b une fois obtenue l'approbation requise des autorités réglementaires, suivie de la clôture de l'acquisition portant la participation de SES à 50,5 %.

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