Zodiac-Safran : la fusion chancelle

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(Crédits : © Paul Hackett / Reuters)
Trois mois après l'annonce de négociations d'un rachat par Safran, Zodiac a plongé dans le rouge au deuxième semestre et révisé une nouvelle fois à la baisse ses objectifs financiers pour l'année. S'il souhaite toujours ce mariage, Zodiac n'exclut pas de continuer de vivre en solo. Tout dépendra de l'ampleur de la baisse du prix proposé par Safran.

Tel qu'il était présenté en janvier dernier lors de sa présentation, le rapprochement entre Safran et Zodiac Aerospace comportait déjà, dans la structure de l'opération, un risque d'échec. Aujourd'hui, avec la publication par Zodiac de résultats financiers dégradés par les difficultés de son activité de fabrication des sièges d'avion et d'une deuxième révision à la baisse des prévisions annuelles en moins de deux mois, cette opération, censée donner naissance à un poids lourd de l'aéronautique, est en danger.

« Le trimestre a été plus difficile que prévu, avec une dégradation de la branche sièges et, à un moindre degré, de la branche cabines », a déclaré Didier Domange, le président du conseil de surveillance de Zodiac. « Les causes sont identifiées et les remèdes sont mis en œuvre, mais les délais d'implémentation généralisés, les surcoûts de production et de logistique pour réduire et éliminer les retards de livraison ainsi que les pénalités dues aux clients sur les 3 ou 4 programmes les plus problématiques, ont fait passer le résultat opérationnel courant du premier semestre dans le rouge », a-t-il poursuivi.

La prévision de résultat sur l'exercice a été corrigée à la baisse, dans une fourchette de "200 à 220 millions d'euros au lieu des 240-250 millions d'euros annoncés le 14 mars", lesquels constituaient déjà une baisse de 10% par rapport à l'exercice précédent, alors que la prévision qui prévalait au moment de l'annonce des négociations pour le rapprochement tablait sur une hausse de 10% à 20%.

Irritation des actionnaires

«Je comprends l'irritation et les inquiétudes des actionnaires qui se demandent si c'est la 'der des der' ou si cela peut à nouveau se reproduire », a-t-il ajouté.

Il n'y a pas que les actionnaires de Zodiac qui s'inquiètent. Ceux de Safran ainsi que le management, également.

Safran va passer au peigne fin ces résultats et tenter de juger de la crédibilité du "business plan" présenté par la direction de Zodiac d'ici à 2020, puis proposera dans les prochaines semaines un prix d'acquisition plus bas que les 29,47 euros par action proposés en janvier lors de l'annonce du rapprochement.

Zodiac veut un prix "acceptable"

Si ce prix est « acceptable » par les actionnaires de Zodiac, et notamment par les familles fondatrices de l'entreprise (Domange, Maréchal, Schelder, Desanges...), qui représentent 32% du capital de Zodiac et 45% des droits de vote, le processus pour aboutir serait relancé.

« Les familles sont prêtes - bien sûr si les conditions sont raisonnables - à créer ce nouveau groupe qui sera passionnant et fort », a fait savoir Didier Domange.

Si le rapprochement avec Safran reste le scénario privilégié par Zodiac, le groupe se prépare aussi, en cas d'échec des négociations, à continuer sa route en solo.

Selon Olivier Zarrouati, le président du directoire qui a remis son mandat au conseil de surveillance, ce scénario alternatif repose sur un "business plan attractif", un "financement solide" garanti, selon Zodiac, par le soutien d'un pool de banques (excluant toute idée d'augmentation de capital massive, comme l'a déclaré le fonds activiste TCI) et sur "la crédibilité de l'équipe qui va conduire ce scénario".

Le président du directoire remet son mandat

S'il a remis son mandat, Olivier Zarrouati s'est vu confier par le conseil de surveillance la mission de finaliser la fusion. Yann Delabrière, l'ancien patron de Faurecia, a été recruté. Sa mission sera double, en fonction du scénario qui se dégagera. Si Safran et Zodiac s'entendent sur les conditions du rapprochement, Yann Delabrière devra faire en sorte que Zodiac soit « en parfait état de marche » au moment de la fusion avec Safran, notamment en rétablissant « le dialogue avec tous les grands clients » et « en remettant au carré l'outil industriel ».

Si le « deal » échoue, il devra mettre les conditions de la stratégie « stand alone », et aider le conseil de surveillance à choisir le successeur d'Olivier Zarrouati, à la présidence du directoire de Zodiac.

Verdict d'ici à un mois

Le scénario à mettre en œuvre sera connu d'ici « à un mois environ », selon Didier Domange. Selon certaines sources, Safran pourrait se prononcer vers la mi-mai. Reste à définir la notion de prix « acceptable », que n'a pas souhaité communiquer Zodiac.

«Dans le business plan que nous présentons, les analystes ont tous les éléments pour juger », a indiqué Olivier Zarrouati.

Jusqu'à ce matin, la plupart des analystes tablaient plutôt sur un prix autour de 27 euros l'action. Ce qui correspondrait à une baisse du prix de 8,5% environ.

« Ce 27 euros ne correspond à rien », tacle sèchement un très bon connaisseur de Safran. « L'ampleur du travail chez Zodiac peut justifier une baisse significative », poursuit-il.

Zodiac peut-il rester seul?

Autres questions, et non des moindres : le plan B de Zodiac peut-il assurer un avenir à Zodiac ? Si Safran peut rester seul sans problème, est-ce la même chose pour Zodiac? La consolidation est un mouvement de fond dans l'aéronautique.

Course à la taille

La course à la taille pour répondre à la baisse des prix imposée par les avionneurs est en effet accentuée par l'environnement aéronautique. Avec l'absence de nouveaux programmes d'avions et la faiblesse du prix du carburant -qui n'incite pas les compagnies aériennes à commander des appareils neufs-, les constructeurs d'avions cherchent en effet davantage à se différencier par une baisse du prix des avions. Ne voulant pas sacrifier leurs marges, ils accentuent de fait la pression sur les prix des achats commandés aux équipementiers, lesquels n'ont pas d'autres choix que de se regrouper pour pouvoir absorber la baisse des prix. Zodiac seul, devra lutter face à son concurrent B/E Aerospace plus musclé en raison de son adossement au géant Rockwell Collins. En acceptant de se faire racheter par Safran, la direction en avait tiré les mêmes conclusions.

«Ce marché est rude, très compétitif, très très exigeant sur les délais, la qualité, l'innovation et les prix. La crise de croissance que nous avons vécue depuis 18 mois nous l'a bien confirmé ! Nous, actionnaires de référence et managers de Zodiac, avons donc pensé que le temps était venu de s'adosser à un groupe puissant, solide, riche en ressources humaines, technologiques et financières. Le choix de Safran s'imposait», déclarait en janvier au moment de l'annonce du rapprochement , Didier Domange.

Des améliorations industrielles

Aujourd'hui, « nous avons deux scenarii brillants, même si un est préféré », a indiqué ce matin Olivier Zarrouati. Pour lui, le temps pour « faire le job » est, « à six mois près » le même, quel que soit le scénario.

« J'ai probablement été trop optimiste sur le temps nécessaire à faire les choses. Cela n'enlève rien au fait que l'on sache les faire », a-t-il ajouté.

Didier Domange, a quant à lui, expliqué ce matin :

« Les usines à problèmes qui ont déjà été réorganisées, notamment celle de Santa Maria en Californie, délivrent aujourd'hui les commandes dans les délais avec la qualité attendue et à de bons prix de revient. (...) Il reste à appliquer les mêmes remèdes aux usines encore souffrantes, principalement en Grande-Bretagne. Nous sommes tous convaincus que les résultats se redresseront rapidement, dans un délai de quelques trimestres, en tout cas en moins de deux ou trois ans. (...) Nous sommes vraiment en train d'avancer dans la très bonne direction », a-t-il ajouté.

Reste à convaincre Safran.

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Commentaires
a écrit le 28/04/2017 à 20:25 :
Pour avoir acheté au niveau international, je n'ai jamais vu un Anglais respecter un délai. Le retard semble faire parti de leur culture. Question d' "importance" de leur part, peut-être. Sinon, chez ... Issoudun. Ne me dites pas que la situation est clean...?? Pas de vrai service Achats, c'est une boite aux lettres. Et l'inorganisation pléthorique, elle est bien toujours en place, non..?? Quand je vois une boite qui réussit à produire des sièges d'avion qui sont aussi fantastiques mais n'arrive pas à contrôler l'interne, je trouve cela lamentable. Et comme pour TOUTE entreprise, pour balayer un escalier, on commence par le HAUT : la Direction. Mrs Dommange et Zarrouati font encore une erreur en recrutant un patron venant de l'automobile. Le seul rapport entre les deux secteurs est qu'ils font juste partis de l'industrie. Sinon, TOUT les opposent. Sauf si vous pensez que les acheteurs de voiture pensent de la même façon que les acheteurs d'équipements d'avion. Alors je peux vous le confirmer : non.
a écrit le 28/04/2017 à 19:52 :
Donc, les usines les plus en difficultés de Zodiac sont aux USA et RU, les chantres du libéralisme qui donnent des leçons à tout le monde. Intéressant.
Evidemment, pour pouvoir limiter les coûts par rapport à son client Boeing, cela explique les usines aux USA. Par contre, j'ai plus de mal à saisir pourquoi ils ne ferment pas les usines au RU et n'accroissent pas leur production dans les pays européens plus performants.

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