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Un château français "made in China"

Virginie Mangin, à Pékin

Publié le 07 mai 2011 à 13:52

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A une heure de Pékin, le château Dynasty représente tout l'art de vivre des nouveaux riches chinois, qui ne se refusent rien. Pour eux, l'excès est devenu un véritable mode de vie. Avec l'aide du groupe français Rémy Martin, Dynasty Fine Wines s'est même lancé dans la fabrication de vin rouge chinois, vendu 1.000 euros la bouteille.

"On se croirait en France..." C'est ainsi que Jonathan  (ou Jean-Louis de son prénom français) commence la visite guidée du château Dynasty situé à Tianjin (à une heure de Pékin) et construit par Bai Zhisheng, PDG de Dynasty Fine Wines, un des plus grands producteurs de vin chinois.

Tous les symboles d'un "wine château" - comme on aime l'appeler ici - sont présents, selon lui : portail en fer forgé surmonté d'un blason créé pour l'occasion, fontaine en rotonde, jardins à la française... Plus quelques touches personnelles de Bai Zhisheng, toujours inspirées par son goût de la France, comme ces pavés haussmanniens et, surtout, une mini-pyramide du Louvre, construite juste devant le perron d'entrée. "Vous avez Versailles, mais nous, on a le plus grand wine château du monde", se vantait justement le PDG lors d'une récente interview.

Soit. Le château s'étend sur 11.000 m2, sans compter les jardins. Et dix villas sont en construction sur le terrain situé à l'arrière car "le château n'est pas assez grand" pour accueillir tous les invités. Un golf est également à l'étude.

La démesure du château, qui a coûté 18 millions d'euros, est telle qu'on ne peut même plus parler de kitsch - c'est au-delà. Le gigantesque hall d'entrée (15 mètres de hauteur) est surmonté d'une nef en bois digne d'une cathédrale avec, niché au fond, un Dionysos, raisins à la main, en marbre de 9 mètres de haut. On y trouve des salles de bal, deux salles à manger, vingt-deux chambres à coucher, un fumoir. Et de nombreux salons (Montaigne, Rémy Martin, ...) qui font office de salles de réunion pour hommes d'affaires. Des reproductions des oeuvres de Géricault, Delacroix ou Millet couvrent les murs - les originaux n'étaient pas en vente, apprend-on...

Le château ne lésine pas sur la qualité. Ici, pas de place pour les matériaux au rabais pour lesquels la Chine est si bien connue. Les dizaines de sculptures géantes qui ornent le parc comme l'intérieur du château sont en marbre tout ce qu'il y a de plus massif. Les pierres de la façade ont été importées. Et les huit lustres qui illuminent la salle de réception principale (900 m2) sont en cristal véritable.

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Mais le vrai bijou du château est une bouteille de cognac de collection offerte par Rémy Martin (lequel détient 27 % de l'entreprise) cachée dans une salle secrète : on y accède par un mur coulissant, la lumière s'éteint, la bouteille couverte de cristaux s'illumine. Le visiteur est sommé d'admirer.

Au total, quarante personnes sont employées à plein temps pour faire tourner ce château tout neuf. De fait, il a été inauguré en grande pompe à l'automne dernier pour célébrer les 30 ans de l'entreprise. Étaient présents à la cérémonie - un gigantesque spectacle son et lumières -, l'ambassadeur français en Chine et Patrick Devedjian, de passage en Chine.

Derrière l'idée extravagante de ce château se trouve Bai Zhisheng, l'homme qui a fondé Dynasty Fine Wines. C'est lui qui a dessiné la façade directement inspirée de celle du château Montaigne, dans le Bordelais, et dont Dynasty a récemment acheté les vignes.

Membre du Parti communiste, proche du gouvernement local, il a fait fortune avec son entreprise qu'il a fondée avec Rémy Martin. Il se vante d'avoir mis sur la table des Chinois la première vraie bouteille de vin fabriquée en Chine. « Avant, la Chine ne fabriquait que du mauvais jus de raisin fermenté », explique-t-il.

En 2005, il a coté l'entreprise à la Bourse de Hong Kong. Le chiffre d'affaires a atteint 1,6 milliard de dollars de Hong Kong l'année dernière, soit une hausse de 9 % par rapport à 2009. Bai Zhisheng s'attend à des taux de croissance similaires sur le moyen terme. Il avoue ne pas pouvoir répondre à la demande. Ses 400 lignes de production sur le site du château tournent 24 heures sur 24 ; il va donc en ouvrir d'autres. Sa production est passée de 48 millions de litres en 2008 à 70 millions l'an dernier, tirée d'abord par une classe moyenne qui s'enrichit, à la recherche de statut et de symboles. Ce sont ces nouveaux riches (la Chine compte désormais plus de 200 milliardaires) sur lesquels compte Bai Zhisheng pour venir se divertir dans son château, toujours autour du thème central du vin et du savoir-vivre qui, selon lui, va avec.

« On doit éduquer le buveur chinois », explique ce passionné de vin. Ainsi le château fait-il aussi office de musée dans lequel on pénètre par la « pyramide du Louvre ». Y est retracée toute l'histoire du vin, de l'Antiquité à nos jours. Le visiteur peut même y fabriquer son propre breuvage, moyennant l'achat de raisins, et repartir avec ses bouteilles sous le bras.

Sur place on peut admirer (mais surtout acheter) des grands crus français (château lafitte, pétrus, cheval blanc de Saint-Émilion, etc.) et chinois : le merlot fabriqué par Dynasty dans le sud du pays coûte 10.000 yuans (1.000 euros) la bouteille. Il est vendu avec un certificat d'authenticité signé par Bai Zhisheng en personne.

Mais l'idée du PDG est surtout de constituer une sorte de club-house élitiste pour les nouveaux milliardaires chinois des environs. Le ticket d'entrée est élevé : 1 million de yuans, soit autour de 100.000 euros. Pour ce prix, le membre reçoit trois tonneaux de vin et peut participer gratuitement à une tournée des vignes à l'étranger - cette année, la destination retenue est... la France. Il a aussi accès aux facilités du château et peut louer chambres, salons et autres pour entretenir les bonnes relations (le guanxi) avec ses amis, le tout contre paiement : soit en moyenne 200 euros la chambre et 1.800 euros pour le salon Montaigne pour la demi-journée.

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Pour l'instant 11 membres sont enregistrés - surtout des hommes d'affaires de la municipalité (le patron du quotidien de Tianjin) ou de Pékin, ainsi que des grands banquiers de Shanghai. « Jean-Louis » espère que Dynasty pourra en accueillir 300 (nombre limite) d'ici à cinq ans. À la question : "Pensez-vous pouvoir attirer assez de membres ?", Jean-Louis répond : "Évidemment. Ce ne sera pas un problème."

Virginie Mangin, à Pékin

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