Épandage de pesticides près des habitations : l'État va imposer des "zones blanches"

 |   |  454  mots
Un agriculteur français pulvérise sa récolte de blé dans son champ à Chateaubriant (commune de l'Ouest de la France, située dans le département de la Loire-Atlantique), le 29 mai 2012
Un agriculteur français pulvérise sa récolte de blé dans son champ à Chateaubriant (commune de l'Ouest de la France, située dans le département de la Loire-Atlantique), le 29 mai 2012 (Crédits : Reuters)
La ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne a affirmé mardi partager "totalement la préoccupation du maire de Langouët" et annoncé qu'un projet de réglementation était à l'étude pour instaurer une "zone minimale entre les épandages et les habitations". La FNSEA, elle, préfèrerait une solution au cas par cas, tandis que pour le ministre de l'agriculture renverse la perspective, pour qui "ce sont les lotissements qui ont poussé et qui sont allés s'implanter au milieu des champs".

L'État imposera des "zones de non traitement", où l'épandage de produits phytosanitaires sur les cultures sera interdit, si riverains, élus et agriculteurs n'arrivent pas à se mettre d'accord pour établir ensemble des "chartes" territoriales d'épandage, a prévenu le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume jeudi.

"Nous mettons en place des chartes départementales, des chartes territoriales dans lesquelles les riverains, les agriculteurs, les élus, sous l'autorité du préfet, doivent se mettre d'accord pour les zones d'épandage. S'ils n'arrivent pas à se mettre d'accord, alors nous mettrons en place ce qu'on appelle des zones de non traitement. Le conseil d'Etat nous l'a demandé", a déclaré le ministre sur CNews jeudi matin.

Le ministre n'a pas indiqué quelles étaient les limites dans le temps pour cet exercice de démocratie locale.

"Si au bout d'un champ, il y a un mur ou une haie, il n'y a pas de problème pour continuer à épandre, même si (à terme) nous voulons sortir des pesticides" a-t-il indiqué, en évoquant par ailleurs, de manière très floue, la possibilité d'une zone de "deux" à "cinq" mètres autour des habitations.

La justice avait retoqué l'arrêté anti-épandage du maire de Langouët

Ces propos répondent au vif débat en cours en France sur le sujet. Le maire de Langouët (Ille-et-Vilaine), qui a tenté de prendre un arrêté interdisant l'utilisation de pesticides à moins de 150 mètres de toute construction, s'est fait retoquer par la justice administrative. D'autres élus locaux tentent de réglementer les conditions d'usage de ces produits.

Après le président Emmanuel Macron qui a déclaré le soutenir "dans ses intentions", la ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne a affirmé mardi partager "totalement la préoccupation du maire de Langouët" et annoncé qu'un projet de réglementation était à l'étude pour instaurer une "zone minimale entre les épandages et les habitations".

La faute à la création de lotissements "au milieu des champs"?

Le principal syndicat agricole FNSEA s'est, lui, prononcé pour des solutions "au cas par cas" plutôt qu'une stricte délimitation imposée par l'État, qui réduirait la surface agricole utile et ainsi les revenus des agriculteurs français, déjà passablement fragilisés.

"La plupart du temps ce n'est pas l'agriculture, l'arboriculture, la viticulture qui s'est approchée des villages, ce sont les lotissements qui ont poussé et qui sont allés s'implanter au milieu des champs" a noté M. Guillaume.

Le ministre a par ailleurs salué la multiplication des conversions d'exploitations en agriculture biologique: "6.000 agriculteurs en plus cette année, nous sommes à 7,5% de la surface agricole utile en bio", a-t-il dit en rappelant l'objectif de 15%. "Nous allons y arriver".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/08/2019 à 14:10 :
Borne ne sait donc pas qu'il existe déjà des normes strictes concernant les épandages, en matière de distance minimale et de conditions météo?

Il suffirait de retoucher les décrets pour changer les paramètres.

Ce qui m'interpelle est la distance demandée par ce maire. 150 m c'est énorme sachant qu'il est interdit de traiter dès qu'il y a plus de 20 km/h de vent.
Avec cette norme il suffirait d'une maison tous les 300 m pour interdire tout épandage.

Il serait plus raisonnable de fixer une limite de l'ordre de 10 m, réduite à 3 m si le champ est enclos d'une haie de plus de 2 m de haut. Double effet, la contrainte deviendrait moins caricaturale et inciterait fortement à reconstituer les haies.
a écrit le 30/08/2019 à 11:50 :
Il a raison le gros rouge d'empêcher que la parole de la femme , après tout ce n'est qu'une femme ! Il a raison également de brailler, une bêtise dite haut et fort a plus de poids qu'une vérité, tous les lobbyistes le "save-nt" !!
a écrit le 30/08/2019 à 2:11 :
S'agissant de problèmes de santé locaux, si seulement le gouvernement et ce parlement croupion pouvaient éviter d'y mettre le nez! En dehors de l'interminable délai de l'accouchement réglementaire ou législatif, nous pouvons déjà prévoir un mouton à cinq pattes.
a écrit le 29/08/2019 à 23:12 :
Pourquoi les maires ruraux ont-ils créé des zones constructibles au milieu des champs? Pour satisfaire l'agriculteur qui ainsi pouvait vendre sa terre, devenue constructible, au moins 10 fois plus chère . Corruption?
Réponse de le 30/08/2019 à 12:06 :
Les "maires" oui mais aussi et surtout les conseils municipaux, les maires ne sont pas (ou ne devraient pas être) des monarques absolus.
a écrit le 29/08/2019 à 18:15 :
Un budget a été prévu pour compenser les pertes d’exploitation liées aux terres laissées en friches à proximité des habitations ?
Réponse de le 30/08/2019 à 0:40 :
Les mathématiques sont un outil merveilleux. Il existe un mot magique la péréquation, qui signifie qu'il est possible de calculer comment faire pour que le paysan qui a vendu ses terres au prix du m² constructible pour faire construire un nouveau lotissement puisse verser une somme à ses collègues du même village parce qu'ils perdent l'utilisation libre d'une partie de leurs terres devenues limitrophes d'habitation et donc en zone blanche. Tout cela de telle sorte que le veinard qui s'est enrichi ne devienne pas appauvri et que les malheureux désavantagés ne s'enrichissent pas à outrance. Il est même possible de faire en sorte que l'argent pris à l'un serve à la commune pour acquérir les terres devenues zone blanche pour en faire une ceinture verte autour du village et demander aux paysans de l'entretenir contre finance bien sûr, tout travail mérite salaire.
Bien sûr, le Français lambda est nul en maths et ne peut trouver une solution éthique mais il existe, tout de même, en France des mathématiciens de renom et des ingénieurs qui eux savent assez bien compter pour faire ce type de calculs. Faisons leur confiance.
a écrit le 29/08/2019 à 17:00 :
En l’absence de solutions alternatives proposées, l’Etat doit compenser auprès des agriculteurs les pertes de rendement occasionnées par cette interdiction des pesticides, car moins de rendements, ce sont moins de revenus !!!
a écrit le 29/08/2019 à 15:50 :
"Le principal syndicat agricole FNSEA s'est, lui, prononcé pour des solutions "au cas par cas" plutôt qu'une stricte délimitation imposée par l'État, qui réduirait la surface agricole utile et ainsi les revenus des agriculteurs français"

C'était déja le même discours de la FNSEA quand ils ont supprimé les fossés autour des champs dans les années 80/90 ce qui permettait pourtant d'atténuer en cas de fort intemperie l'inondation du champ et parfois des lotissements voisins et cela pouvait servir de reserve d'eau ,sans parler de la biodiversité qui prosperait dedans.
a écrit le 29/08/2019 à 15:02 :
il sont marrant a la FNSEA. ils se plaignent d avoir des lotissement aux milieu des champs. Mais qui a fait la culbute en vendant des terres agricole comme terrain a batir ? c ets pas un paysan ?
a écrit le 29/08/2019 à 14:04 :
Tout cela se résume a vouloir faire du profit sur la santé de ses compatriotes!
a écrit le 29/08/2019 à 14:02 :
Que toutes ces agitations paraitront vaines quand devant un problème sanitaire de grande ampleur, nous serons obligés de revenir sur ce qui est l'erreur fondamentale des défenseurs de l'environnement: le Bio. Le Bio porte en lui ce qui le rendra ringard, c'est à dire l'impossibilité d'user d'outils utiles en cas de crise, et sa préférence pour les produits phytosanitaires dits naturels mais qui sont plus toxiques que les produits issus de la chimie (pourquoi les avoir créés si ce n'est pour disposer de produits plus efficaces et moins problématiques). Le Bio, c'est l'équivalent du refus des antibiotiques, bien sûr qui doivent être utilisés à bon escient, mais qui sont parfois bien utiles. Les exploitations bio, peuvent être comparés aux opposés à la vaccination, et qui peuvent être réservoir de pestes pour tous. Une fois que l'on souligne l'évidence (le Bio n'est pas loin s'en faut le futur de l'agriculture française), il convient de gérer des produits dont certains sont évidemment potentiellement problématiques pour l'environnement (surtout les insecticides, tous potentiellement dangereux pour l'homme): gérer donc les doses, les distances aux personnes, les conditions de traitements, les conditions d'utilisation(s), etc.. et tout cela s'appelle... un dossier d'homologation. Enfin, remarquons qu'une distance de 150 mètres rend tout simplement impossible la production de légumes en villes (y compris Bio, puisque le Bio use de produits), et bannit la grande partie du territoire français pour l'agriculture (quelle serait la justification de prendre en considération les villes et villages, en laissant de côté les habitations isolées?).
a écrit le 29/08/2019 à 12:54 :
Les zones habitées se sont toujours arrêtées au bord des champs, depuis l'invention de l'agriculture. Le fait que les villes se soient étendues n'y change rien: cela déplace juste la limite. En plus, quand des lotissements se construisent dans les champs, c'est parce que les agriculteurs leur ont vendu leurs terres à bon prix...
a écrit le 29/08/2019 à 12:39 :
Une "zone de 2 à 5 mètres" autour des habitations ! Du foutage de gueule quand les atomiseurs pulvérisent largement au delà de ces limites, sans compter le vent.
a écrit le 29/08/2019 à 11:50 :
Donc un écolo fait un coup de force et on lui céde.
Que dire de plus? Nous sommes en train de vouloir tomber dans le tout est parfait qui est la pire des dictature. Nous en sortirons détruits.
Réponse de le 29/08/2019 à 12:55 :
Les pesticides nous détruisent déjà.
a écrit le 29/08/2019 à 11:36 :
le glyphosate est interdit de vente ( et donc d'utilisation ) pour les particuliers ; cette interdiction décidée par l'Etat a été motivée par la dangerosité potentielle du produit pour la santé des personnes .
autoriser l'épandage de ce produit et d'autres similaires par les agriculteurs relève d'une erreur manifeste lorsque des personnes peuvent être exposées à un contact direct de proximité , d'autant plus risqué que les concentrations de produit actif utilisées et les moyens techniques d'épandage sont massifs .
le gouvernement qui se découvre une urgence comportementale écologique va devoir revoir sa position et renforcer l'encadrement d'usage des pesticides par les agriculteurs ; et d'autant plus vite que les propos du ministre Guillaume ( qui pense qu'un mur ou une haie sont suffisants pour protéger d'un contact aérien- ou d'une distance de quelques mètres en séparation de zone traitée ) relèvent de la provocation et du "foutage de gueule " .
a écrit le 29/08/2019 à 10:55 :
"la surface agricole utile"

Donc seules les surfaces agricoles arrosées par les produits chimiques industriels seraient "utiles", aveu profondément désespérant de ce syndicat tout aussi profondément désespérant, mais aveu quand même.

"tandis que pour le ministre de l'agriculture renverse la perspective, pour qui "ce sont les lotissements qui ont poussé et qui sont allés s'implanter au milieu des champs""

Donc soit c'est la faute du lobby agroi-ndustriel soit de celui du BTP, je suis d'accord.
a écrit le 29/08/2019 à 10:51 :
Tout cela se résume a vouloir faire du profit sur la santé de ses compatriotes!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :