Detroit : un plan pour sauver la capitale déchue de l'auto américaine

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(Crédits : Reuters)
Un plan a été présenté pour sortir "Motor City"du gouffre où elle a sombré. Mais les créanciers ne sont pas d'accord. Cette ville lépreuse, sordide, minée par la criminalité, croule sous 18 milliards de dollars de dettes et passifs. Début décembre 2013, un juge fédéral américain avait autorisé le berceau de GM, Ford et Chrysler à bénéficier du régime de sauvegarde.

"Motor City" respire encore. La ville de Detroit, capitale déchue de l'automobile américaine, a présenté vendredi un plan pour sortir de... la faillite.  Cette ville lépreuse, sordide, minée par la criminalité, croule sous 18 milliards de dollars de dettes et passifs (13 milliards d'euros), dont plus de 50% est constituée par les retraites et l'assurance-maladie.

L'administrateur a donc présenté à la justice américaine le plan censé redorer le blason de la ville du Michigan. La ville avait demandé, le 18 juillet dernier, à pouvoir se placer sous le régime des faillites. Début décembre 2013, un juge fédéral américain avait autorisé le berceau de GM, Ford et Chrysler à bénéficier du régime de sauvegarde, en faisant valoir que la ville était insolvable.

Sauver le musée des arts

Le plan prévoit des investissements à hauteur de 1,5 milliard de dollars sur dix ans (1,15 million d'euros) pour améliorer les services pour ses 700.000 habitants... contre 1,8 million après la Seconde guerre mondiale. Un tiers de cette somme devrait être utilisé pour s'attaquer au problème des 80.000 bâtiments abandonnés. La presse américaine évalue à 8.000 dollars (5.900 euros) le coût de la démolition d'un immeuble résidentiel.

Les retraités - dont les pensions étaient directement menacées par la faillite - seront les mieux traités: policiers et pompiers retraités toucheront plus de 90% de leur dû, les autres 70%. Le très célèbre musée des arts de Detroit - qui recèle de magnifiques collections, notamment de peinture française - serait épargné pour l'essentiel si le plan était adopté en l'état. Et ce, alors que l'on avait craint que les oeuvres ne dussent être dispersées.

Les créanciers lésés

En revanche, ce plan mécontente les créanciers. Une grande partie des créanciers de la ville ne recevraient  en effet que 20% de ce que la ville leur doit, sous forme de nouveaux bons municipaux. D'ailleurs, ce plan, qui doit encore être approuvé par un juge, a immédiatement rencontré... l'opposition de certains créanciers de la municipalité! La procédure risque de durer plusieurs mois. Le cas de Detroit sera examiné à la loupe car il risque de faire jurisprudence pour d'autres municipalités en déshérence.

Cette ville fantôme voisine de Windsor au Canada, que sépare la Detroit River, n'est pas seulement la ville des records d'homicides, mais aussi celle de la corruption. Ancien maire de Detroit, Kwame Kilpatrick a été condamné en octobre dernier à 28 ans de prison. Depuis 1929, la presse locale rappelle que trois autres maires sont passées par la prison ou ont dû être déchus de leur fonction.

Terrains vagues, friches industrielles

A quelques centaines de mètres du siège de General Motors dans le gratte-ciel à quatre tours du "Renaissance Center", ce ne sont que terrains vagues, énormes parkings blafards quasi-déserts, immeubles délabrés, murés, usines désaffectées. Et pas un piéton dans les rues, sauf quelques miséreux SDF! L'avenue Woodward, célèbre jadis pour sa splendeur, n'est désormais "civilisée" que sur 500 mètres. Au-delà, on se fait peur.

Quant à  "Greektown", le quartier des restaurants qui s'étend sur 100 mètres à peine, ce n'est pas non plus la panacée. Ca sent la mauvaise nourriture dans ces tavernes bas de gamme censées rappeler la Grèce dont provenaient nombre d'immigrés. Bref, rien de très affriolant.

Tout ça sent la détresse, la dégénérescence. Detroit a périclité, suite aux restructurations à répétition qui ont accompagné la décadence de l'industrie auto américaine dans les années 70 et 80, sous les coups de butoir des constructeurs japonais. GM et Chrysler ont dû être même placés in fine sous  la sauvegarde de la loi américaine sur les faillites (en 2009). Ils n'ont survécu, surtout GM, que grâce aux milliards d'aide fédérale.

Aujourd'hui, pourtant, le marché automobile américain est revenu à de très bons niveaux, tutoyant les records d'avant la crise de la fin des années 2000! Avec, à la clé, de solides profits pour GM, Ford et Chrysler. Mais, visiblement, cette santé recouvrée, ne profite pas à Detroit. Une bonne partie des usines a migré vers d'autres cieux. Les dirigeants et les gens aisés habitent pour leur part dans les très belles banlieues qui bordent la ville comme Birmingham. Que "Downtown" sombre ne dérange finalement pas grand monde!

 

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Commentaires
a écrit le 25/02/2014 à 8:27 :
"lépreuse" comme vous y allez ...
La lèpre c'est le capitalisme et le pognon qui ont engendré cette situation ! Et pas la misère qui en résulte lorsque ça ne marche plus.
a écrit le 25/02/2014 à 8:17 :
Y a plus qu'en envoyer RoboCop :)
a écrit le 25/02/2014 à 7:57 :
Marrant on sauve les pompiers et les policiers d abord....
a écrit le 24/02/2014 à 20:42 :
Oui , Camden , New-Jersey pourrait suivre le même traitement. Elle en aurait grand besoin.

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