Detroit, capitale de l'auto américaine, en faillite, tout un symbole !

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Le siège de GM a été installé dans une des tours du Renaissance Center
Le siège de GM a été installé dans une des tours du Renaissance Center (Crédits : reuters.com)
Les "Big Three" de Detroit GM, Ford, Chrysler, annoncent de super ventes. Mais le berceau de l'industrie auto américaine est en faillite. Un juge fédéral a autorisé "Motor City" à bénéficier du régime de sauvegarde, en faisant valoir que la ville était insolvable. Avec 18 milliards de dettes et passifs.

Paradoxe américain: les "Big Three" de Detroit GM, Ford, Chrysler, annoncent de super ventes et la ville du Michigan dont ils ont fait  naguère la fortune est en... faillite. C'est même la plus importante banqueroute dans l'histoire municipale des Etats-Unis. Mardi, un juge fédéral américain a autorisé la capitale de l'automobile à bénéficier du régime de sauvegarde, en faisant valoir que la ville était insolvable.

Bien que la municipalité n'ait pas négocié "de bonne foi" avec ses créanciers, ces derniers sont trop nombreux pour que de telles négociations soient menées avec succès, a indiqué la justice. Cette décision doit permettre à l'ancien fleuron de l'industrie automobile de présenter un plan de réorganisation financière d'ici au 1er mars. Quel symbole de décadence !

18 milliards de dettes et passifs

La ville avait demandé, le 18 juillet dernier, à pouvoir se placer sous le régime des faillites pour gérer ses 18 milliards de dollars (13 milliards d'euros) de dettes et passifs, dont plus de la moitié est constituée par l'assurance-maladie et les retraites ! La ville, qui comptait 1,8 million d'habitants au lendemain de la Seconde guerre mondiale, a vu sa population fondre à 700.000. Les plus aisés ont déserté le centre pour les banlieues. Près de 80.000 bâtiments y sont aujourd'hui à l'abandon et l'éclairage public ne fonctionne qu'à 40%. Sur fond de criminalité galopante.

La ville bat en effet des records d'homicides, dans un pays où ceux-ci sont plutôt courants. La fameuse Woodward Avenue n'est d'ailleurs praticable en toue sécurité que sur quelques centaines de mètres à partir de la Detroit River. Ensuite, c'est une vaste zone de friches, d'immeubles en ruine, sur la quelle un piéton fera vite des rencontres...  inquiétantes.

Criminalité et... corruption. Un ancien maire de la  ville, Kwame Kilpatrick, a été condamné en octobre dernier à 28 ans de prison pour son implication dans un système de pots-de-vin. Il est loin d'être le premier responsable de la ville à être ainsi sanctionné pour corruption ou évasion fiscale.

Depuis 1929, comme le rappelle plusieurs médias locaux, trois autres maires sont passé par la case prison ou ont été démis de leurs fonctions. Et bien d'autres hauts responsables de Detroit ont suivi le même chemin.

Le comble: la mise en faillite de la ville pourrait pousser le très riche musée des Arts de Detroit de vendre une partie de ses superbes collections, notamment de peinture ! Ce sont pourtant les seuls restes de la splendeur d'antan.

Encore un grand salon de l'auto

La ville ne s'anime vraiment que début janvier, pour le traditionnel salon de l'auto qui se tient, malgré le froid intense qui sévit à cette époque de l'année, dans l'affreux parallélépipède de béton qu'est le Cobo Hall. Malgré d'autres salons de l'auto à Los Angeles ou New-York, celui de Detroit reste le plus important des Etats-Unis et l'un des grands mondiaux. Heureusement qu'il reste ça. 

Seul GM a son siège dans la ville, au sein du Renaissance Center, un assemblage de quatre tours rondes qui dominent cette cité tentaculaire, tout à côté du tunnel sous la Detroit River qui mène au Canada. Le groupe a toutefois abandonné il y a une dizaine d'année son vieux gratte-ciel historique et emblématique, aujourd'hui en pleine zone de friches où règne l'insécurité. Ford est pour sa part à Dearborn et Chrysler à Auburn Hills, hors de la ville.

GM et Chrysler sauvés par le Trésor américain

Detroit a périclité suite aux restructurations à répétition qui ont accompagné la décadence de l'industrie auto américaine dans les années 70 et 80, sous les coups de butoir des constructeurs japonais. GM et Chrysler ont dû être placés in fine sous  la sauvegarde de la loi américaine sur les faillites (en 2009). Ils n'ont survécu, surtout GM, que grâce aux milliards d'aide fédérale.

Si Chrysler a été repris à bon compte par Fiat, GM n'existerait plus sans les 50 milliards de dollars mis sur la table par le Trésor. Au pays du libéralisme économique, le symbole même du capitalisme pur et dur a été sauvé par la nationalisation! Ford, lui, est parvenu seul à surmonter seul la crise.

Aujourd'hui, les "Big Three" repartent de l'avant et engrangent des profits. General Motors, deuxième constructeur mondial derrière Toyota mais numéro un aux Etats-Unis et en Chine, a encore accru de 14% ses ventes aux Etats-Unis à 212.060 unités, le mois dernier. Ford a vu ses ventes progresser outre-Atlantique de 7% à 190.449 véhicules et Chrysler  de 16% à 142.275. Chrysler s'est même félicité de son meilleur mois de novembre depuis 2007 aux Etats-Unis.

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Commentaires
a écrit le 06/12/2013 à 10:14 :
Si Detroit est en faillite le reste de l'Amérique ne l'est pas.
Quoi qu'on fasse ou disent...la machine à produire américaine est là, même si leurs caisses sont mauvaises. Il y aura toujours des aides (payantes) du gouvernement fédéral pour cette industrie d'exportation qui bouffe tous les concurrents sauf un Toyota. Rien ne s'arrêtera. Si les ricains font des hybrides, c'est qu'ils sont contrains par Toyota si non ils ne le feraient pas. Deux marques là bas (et si on fait peu de km par jour) ont des caisses hybrides rechargeables qui peuvent se passer d'aller à la pompe. Une c'est la GM Volt et l'autre c'est la Tesla. Si les pétroliers ne s'affolent pas encore, c'est que les ventes sont minimes. Mais ce sont des VENTES et pour qui? Pour le même, qui répond à toutes les demandes. Ils ratissent large. Il n'y a que l'appauvrissement et les crises qui les ralenti, et même là.. Comment çà se fait qu'il y a que Toyota qui a réussi à les bouffer les ricains sur leur propre marché? Parce que les Européens sont des bras cassés, tout simplement.
a écrit le 04/12/2013 à 19:06 :
Ce fait démontre qu'une ville peur être placée en faillite ...

En France nous aurons à constater aussi des villes trop dépensières qui vont se trouver en défaut de paiement ...

plus il y a de travailleurs pauvres, moins il y a d'industrie, et plus les villes vont se trouver étranglées par les remboursements des crédits démesurés qu'elles ont contracté pour leurs dépenses somptuaires en travaux publics et c ... en bâtiments luxueux etc ... en banquets quotidiens ruineux
a écrit le 04/12/2013 à 15:29 :
les voitures de GM et Ford sont pourries. Il n'y a qu'à voir le résultat de novembre : -20 et -20%. Tout est dit.
Réponse de le 04/12/2013 à 19:34 :
Aux USA, Ford, GM et Chrysler progressent fortement!!!! Il n'y a pas que le petit marché hexagonal qui compte!
a écrit le 04/12/2013 à 14:03 :
Il n'y a pas à dire, c'est vraiment LE contre-exemple, ce peuple.

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