Automobile : après une année ratée, l'agenda 2021 s'annonce aussi dense que critique

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Après une chute comprise entre 25 et 30% sur l'ensemble de l'année, les constructeurs automobiles ne savent pas quoi attendre de 2021.
Après une chute comprise entre 25 et 30% sur l'ensemble de l'année, les constructeurs automobiles ne savent pas quoi attendre de 2021. (Crédits : Benoit Tessier)
Avant même que la crise du Covid-19 ne frappe l'industrie automobile, 2021 était déjà programmée comme étant une année très chargée dans le cycle de transformation de l'industrie automobile. C'est notamment le paysage automobile français qui devrait se consolider et se restructurer pour gagner en compétitivité à l'aune d'une décennie périlleuse...

Le beau temps après la tempête ? Rien n'est moins sûr pour l'industrie automobile, tant le risque d'une troisième vague de crise sanitaire n'est pas à exclure. Après une chute comprise entre 25 et 30% sur l'ensemble de l'année, les constructeurs automobiles ne savent pas quoi attendre de 2021. Même en cas de fin de l'épidémie, ils ne sont pas certains de rattraper les ventes perdues, et de toute façon, il n'est pas certain qu'ils en soient logistiquement capables pour certains qui ont déjà des capacités de production au cordeau. Les constructeurs automobiles européens ont été les plus frappés par cette crise pour laquelle ils accusent jusqu'à trois confinements sur cette même année. Mais cette mauvaise conjoncture ne devrait pas perturber l'ambitieuse feuille de route qui attend le secteur en 2021, au contraire, sa mise en oeuvre en devient encore plus critique, alors que le secteur va entrer dans une phase d'accélération de sa transformation technologique, sociale et environnementale...

Une fusion géante pour démarrer l'année

Le premier rendez-vous de l'année est l'entrée en scène de la fusion géante entre Fiat Chrysler Automobiles (FCA) et PSA (Peugeot, Citroën, DS, Opel). Après avoir reçu le blanc-seing de la commission européenne mi-décembre, elle devrait être définitivement actée le 4 janvier prochain par un vote des assemblées générales des deux entreprises réunies en session extraordinaire. Stellantis verra alors le jour et deviendra le quatrième groupe automobile mondial derrière Volkswagen, Toyota et l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Il produira 8,7 millions de voitures dans le monde avec ses 12 marques automobiles installées en Europe et en Amérique du Nord, et contrôlera environ 22% du marché automobile européen.

Cette fusion accroîtra la compétitivité des deux groupes avec des synergies estimées à 5 milliards d'euros par an. L'un des enjeux immédiats de cette fusion sera de piloter la restructuration des usines européennes de FCA réputées sur-dimensionnées, avec le risque de fermetures de sites. Il faudra également harmoniser des cultures managériales radicalement différentes, avec le risque de choc de culture d'ingénieurs, de méthodologie mais également des pré-carrés syndicaux. Carlos Tavares peut estimer avoir essuyé des premiers plâtres après avoir affronté le très puissant syndicat allemand IGMetall après la reprise réussie d'Opel en 2017.

La "Renaulution" est en marche

L'autre dossier chaud qui fera la Une de l'actualité dès le mois de janvier sera le plan stratégique de Renault. Baptisé "Renaulution", ce plan sera dévoilé le 14 janvier prochain et donnera la feuille de route que se donne Luca de Meo, arrivé aux manettes du groupe en juillet dernier. Il s'agira de redonner une nouvelle impulsion stratégique au groupe automobile empêtré dans une interminable crise d'identité et de rentabilité: nouvelle gamme, nouveau langage de marque, nouveaux marchés...

L'ancien patron de Seat a passé l'essentiel de ces six derniers mois à passer en revue tous les points de force et de faiblesse de Renault. On sait déjà qu'il veut repositionner la marque au losange sur les segments supérieurs où il a quasiment disparu. Mais avec combien de modèles ? A quel rythme ? Sur quels marchés ? Quelles motorisations ? Quelles priorités de R&D ? Quelle gouvernance ? Le plan Renaulution est très attendu par les marchés, les salariés mais également le gouvernement qui regarde de très près le dossier...

Le verdict de la réglementation CO2

Mais en 2021, il faudra également être attentif au verdict du premier exercice de la réglementation CO2 qui impose aux constructeurs des objectifs d'émission, sous peine de lourdes amendes. Celles-ci peuvent atteindre plusieurs milliards d'euros... Les constructeurs ont mis les bouchées doubles pour être dans les clous, mais certains pourraient accuser un sérieux retard. Jaguar Land Rover fait parti des plus mauvais élèves au dernier pointage JATO, un cabinet d'études statistiques spécialisé sur l'automobile. Le groupe Daimler est également en mauvaise posture. Les Français, eux, pourraient être les bons élèves de cette première année. Mais ils devront poursuivre leurs efforts, voire même les accentuer puisqu'à l'avenir, les objectifs devraient encore se resserrer.

Le Brexit, de l'angoisse au soulagement

Mais les industriels pourront commencer l'année avec un grand ouf de soulagement. Eux qui craignaient un Brexit complexe à mettre en oeuvre et coûteux viennent tout juste d'être rassurés avec l'accord in extremis signé entre Bruxelles et Londres. D'après ce nouvel accord, les échanges entre les deux zones économiques ne se verront imposer aucune taxes... Tout juste devront-ils s'acquitter de paperasses déclaratives, mais on est loin des 10 à 25% de taxes douanières promises en cas de no-deal.

Pour les constructeurs automobiles, les enjeux étaient si immenses qu'ils avaient suspendus tous les projets d'investissements en Grande Bretagne dans l'attente d'un accord. Ainsi, le groupe PSA avait mis en suspens sa décision d'attribuer ou pas la production de la prochaine Opel Astra dans l'usine d'Ellesmere qui, faute de quoi, aurait probablement été fermée. Nissan, Toyota mais également Honda peuvent respirer eux aussi. Le premier dispose sur le territoire britannique de sa plus grande usine en Europe. Jaguar Land Rover, déjà en difficulté, se voit également délester d'une lourde incertitude sur l'avenir de sa production.

Quinze jours avant l'échéance de la période transitoire du Brexit et alors que nul ne savait quelle serait l'issue des négociations, les constructeurs ont pu avoir un aperçu de ce à quoi aurait pu ressembler un Brexit sans accord. L'apparition d'une nouvelle et virulente souche de coronavirus a précipité la fermeture des frontières avec le Royaume-Uni provoquant des colonnes de camions entassées à Douvres sur des dizaines de kilomètres. Toyota avait même été contraint de suspendre la production de son usine de Valenciennes et de ses deux sites britanniques en raison de la rupture de la chaîne d'approvisionnements qui les relient.

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Nouveau feuilleton chez Volkswagen

Parmi les autres enjeux 2021 de l'industrie automobile, il faudra rester attentif à la suite du feuilleton de la crise managériale chez Volkswagen qui oppose le PDG à quelques baronnies du groupe (syndicats, ingénierie, actionnaires...). Dernièrement, le conseil de surveillance lui a délivré son soutien mais assorti d'une mise en garde en refusant de lui renouveler son mandat par anticipation, et dont l'échéance est prévue en 2023.

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Une actualité produit dense mais sans Genève

Sur l'actualité produit, l'année 2021 pourrait garder des relents de 2020 puisque l'on sait déjà que le salon de Genève sera fermé. Rien n'est moins sûr pour celui de Munich prévu en septembre pour remplacer, après 70 ans de règne, celui de Francfort. Pour autant, les constructeurs ne comptent pas baisser le rythme des lancements de nouveaux modèles, notamment avec d'importants enjeux côté Français.

Chez DS, on attend avec impatience la montée en puissance de la DS9. Divulguée en mars dernier, cette très grande berline a vu sa mise en production grippée par la crise du coronavirus. La marque premium française doit également lever le voile sur une berline beaucoup plus cœur de gamme, la DS4. Pour DS, l'enjeu est d'étoffer un catalogue aujourd'hui restreint à seulement deux modèles...

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Chez Citroën, on attend beaucoup du lancement de la C4, une berline de segment C originale mais bien accueillie par la presse. La nouvelle C4 doit amplifier et conforter la stratégie de repositionnement de la marque aux chevrons entamée en 2015. Chez Peugeot dont les ventes ne cessent de s'envoler avec l'arrivée des 208 et 2008 en 2020, c'est l'arrivée de la nouvelle 308 qui est très attendue. Cette compacte doit être un nouveau levier de rentabilité pour la marque au lion et marquer la fin du renouvellement de la gamme.

Chez Renault, c'est le déploiement de la technologie E-Tech qui sera le principal enjeu de l'année 2021. Cette hybridation doit permettre d'abaisser encore les émissions moyennes de CO2, mais également de se positionner sur l'électrification au-delà de la seule Zoé. Dans le groupe au losange, on attend aussi beaucoup du renouvellement de la gamme Dacia notamment le nouveau Sandero, son best-seller, mais aussi avec l'arrivée de Spring, la première électrique de la marque d'entrée de gamme.

Plus de voitures électriques en 2021

En matière d'électrification, 2021 devrait signer une véritable accélération avec l'arrivée d'une pléthore de nouveaux modèles. Chez Volkswagen, l'ID4 a été annoncée, tandis que Skoda va accélérer le déploiement de l'Enyak, et Seat avec el-Born. De son côté, Audi va élargir sa gamme 100% électrique pour compléter son E-Tron. Chez Mercedes, le très cher EQC devrait accueillir un petit frère plus abordable.

Nissan promet également des nouveautés 100% électrique, mais l'évènement sera surtout l'arrivée très très attendue de son nouveau Qashqai, le SUV de référence en Europe. Aussi attendu que craint par la concurrence, la marque Japonaise se devait de renouveler son SUV âgé de neuf ans, face à un marché qui s'est largement sophistiqué avec des produits très soignés et autrement plus high tech. Nissan promet un SUV à la hauteur des attentes et de son rang.

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Commentaires
a écrit le 30/12/2020 à 10:28 :
Avec les nouvelles règles de malus en gr par Km plus le malus poids imposées en France, ce n'est pas demain que le marché de l'automobile neuve va se redresser.
Qu'attendent les constructeurs automobiles pour taper un grand coup de poing sur la table de la communauté Européenne. En agissant de la sorte, la France fait du protectionnisme dissimulé.
a écrit le 30/12/2020 à 4:39 :
A voir le retard considerable d'un constructeur comme WW et sa conception d'ordinateurs de bords totalement obsoletes par rapport a un concepteur comme Tesla, ils peuvent se faire de la bile....
Quand aux autres constructeurs europeens, ils sont a la ramasse.
L'Asie comme d'habitude tirera son epingle du jeu.
a écrit le 29/12/2020 à 17:20 :
Pour le nombre de Km que j'ai fait depuis 10 mois, ma 2cv de 42 ans suffira encore à mon bonheur de rouler avec pendant de nombreuses années. Vive la "Deuche"!
Réponse de le 29/12/2020 à 22:24 :
Changez en surtout pas. Si on roule pas mes norme euro 4 mettent une voiture en panne au bout de 7 ans (pb xontrole antipollution) la voiture passe de 6l/100 a 15 et toute l'économie de co2 des années passée est perdu, la faire réparer coûte une blinde aussi alors avec les euro 6 actuel puis les prochaines ça donne pas envi d'investir. Les constructeurs devraient peut être taper du point sur la table et arrêter les ventes en Europe... La ils se plaignent de couler mais demain sera pire...
a écrit le 29/12/2020 à 15:43 :
C'est le centralisme de toute chose qui contraint a des déplacements inutiles!
a écrit le 29/12/2020 à 15:20 :
Fusionner la cupidité des actionnaires milliardaires ne sert à rien, au contraire même ne faisant qu'ccentuer les problèmes car accentuant leurs ressentiments, il faut penser autrement.

Notre dictature financière n'étant au final que cela la fusion des intérêts des mégas riches et de leurs outils de production et de capitaux imposant au monde cet asservissement général de toujours plus de fric toujours plus vite pour eux.

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