Dieselgate : un scandale vu et revisité par une députée européenne

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Karima Delli, député EELV et présidente de la commission Transport du parlement européen
Karima Delli, député EELV et présidente de la commission Transport du parlement européen (Crédits : karimadelli.com)
C'était une déflagration. Pas seulement pour l'industrie automobile, mais également pour les institutions européennes. Dans "Dieselgate, repenser la mobilité sans diesel" (*), coécrit avec Xavier Maurel, Karima Delli, députée et présidente de la commission Transport du Parlement européen, raconte, de l'intérieur, le traitement par l'Union européenne de l'immense scandale des moteurs truqués par Volkswagen survenu en septembre 2015.

Au-delà de l'opportunité de tordre le coup à une technologie que sa sensibilité (Europe Ecologie Les Verts) tente depuis des lustres de neutraliser, le livre que publie la députée européenne Karima Delli sur le dieselgate a surtout été l'opportunité de remettre les constructeurs automobiles dans leurs véritables positions : celle d'accusés puis de coupables, en lieu et place de celle de lobbyistes et d'interlocuteurs de l'ombre des plus hautes instances institutionnelles européennes.

Pour Karima Delli, rien n'a été moins sûr face aux pressions indirectes et les chantages à l'emploi infligés par cette industrie. « On constate, dans le fonctionnement de l'Union, que de nombreuses forces contradictoires s'affrontent, et qu'elles n'œuvrent pas toutes dans le sens de l'intérêt général », écrit-elle.

« Pendant des semaines, la Commission européenne et les États membres se font remarquer par leur silence », dénonce la députée européenne avant d'ajouter avoir été « consternée par le manque de soutien » reçu « y compris de la part de la plupart de (ses) amis politiques ».

Une commission accouchée aux forceps

Et de raconter les conditions ubuesques qui ont permis d'accoucher aux forceps d'une simple commission d'enquête du Parlement européen au sujet d'un des plus grands scandales industriels de ces 20 à 30 dernières années, et qui a coûté plus de 20 milliards d'amende aux États-Unis, et trois fois rien de ce côté-ci de l'Atlantique.

Une fois cette commission créée, Karima Delli n'est pas au bout de ses surprises et découvre les manœuvres, selon elle, imaginées par les lobbyistes afin d'entraver la manifestation de la vérité. De la commission Royale et son « rapport lacunaire » au député Letton Arturs Krisjanis Karins (PPE, le grand parti de droite au Parlement européen), et les arrangements sur les objectifs de CO2 qu'il est possible de dépasser de 50%, ce qu'elle appelle « le permis de polluer »... Cet essai égrène dans le menu détail les couleuvres avalées par la députée écologiste.

Et de citer le député Letton, membre de la commission d'enquête : « Le PPE va tout faire pour éviter que cette commission devienne une chasse aux sorcières contre l'industrie, contre les technologies du diesel, dans lesquelles l'Europe a un avantage compétitif dans le monde », aurait-il ainsi déclaré avant de nuancer, toujours cité dans le livre Dieselgate :

« Il n'est pas juste d'opposer l'industrie à l'environnement. L'Europe a besoin des emplois de l'industrie, et notre rôle est de permettre bien sûr que cela rencontre les besoins environnementaux ».

Face à ce tir de barrage institutionnel, Karima Delli réinvente le concept même de Dieselgate et intitule son chapitre 3 "du scandale Volkswagen au Dieselgate". D'après elle, le scandale n'est pas seulement celui d'un constructeur automobile qui a triché mais celui de la complicité des autorités européennes qui, par complaisance ou passivité, ont permis que ce scandale ait lieu. Et pis encore, celui d'avoir perpétué une certaine complaisance à l'égard de cette industrie. Une complaisance qu'elle dit avoir contemplé de l'intérieur.

Une écologie "populaire"

À quelques semaines des élections européennes où elle figure en cinquième place de la liste EELV, Karima Delli conforte son discours autour des mobilités. Elle livre ici un véritable manifeste politique au nom « d'une écologie populaire au service des plus fragiles ».

Des mobilités pour tous, des énergies alternatives, Dieselgate se veut aussi être force de propositions. Un quasi-programme politique. Elle rappelle ainsi son projet d'engager une fiscalité écologique pas seulement sur les voitures mais sur tout le secteur du transport « grand oublié de l'Accord de Paris », rappelle-t-elle à La Tribune. Pour Karima Delli qui ne craint pas d'être taxée de « khmer verte » et qui nie toute écologie punitive, le climat ne peut plus attendre, ni les milliers de morts précoces dû aux particules fines : transport routier, maritime ou aérien... Responsables, et coupables !

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Karima Delli a coécrit avec Xavier Maurel, "Dieselgate, repenser la mobilité sans diesel", Actes Sud, 122 pages, 19 euros.

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a écrit le 04/04/2019 à 15:58 :
Comme les vieux diesel vont en Afrique et que la pollution s’arrête aux frontières c'est bien connu arrêtez de nous bassinez avec le diesel pollueur nous on achète diesel mon kiné mes infirmiers ne veulent pas de l'electrique dans mon entourage personne n'en veut regardez la pollution en chine en inde nous c'est du pipi de chat
a écrit le 04/04/2019 à 9:07 :
Mme DELLI n'y connait strictement rien en économie. Quand à son écologie humanitaire et vertueuse, où croyez vous chère madame que les véhicules diesel qui "tuent" selon des chercheurs verts vont aller : au pillon ? Certainement pas. Elles vont traverser la méditarannée où elles couleront des jours heureux.
L'écologie francaise s'arrête à l'europe. Pour le reste, on constate les catastrophes écologiques ailleurs et on taxe à mort chez nous, "moralement".
Réponse de le 04/04/2019 à 11:03 :
A vous lire et comme bien souvent le mieux serait donc de ne rien faire ? surtout ne rien changer n'est ce pas.
Cette dame et d'autres avec elle ont bien raison de bousculer l'ordre établi et en ce qui concerne ses compétences en économie pas sur que vous même soyez compétent dans ce domaine pour porter un jugement .
Réponse de le 04/04/2019 à 11:48 :
j aimes pas les gens D EELV en general (Place, Duflot …) mais ici elle a quand meme raison : l UE etait au courant et n a rien fait. Quand VW s est fait pince, on a cherche a etouffer l affaire, que ca soit au niveau europeen comme au niveau national (cf la commission de S Royal)



PS : tous les constructeurs achetent les models des concurrents et les demontent pour voir comment ils resolvent les problemes. Penser que personne parmi les conccurrents de VW n ai vit la tricherie est completement irrealiste. ils ont donc vu le truquage et rien dit ? pourquoi ? parce qu ils etaient eux aussi pas tres clair sur le sujet !
a écrit le 04/04/2019 à 8:26 :
Je pensais qu'une député européenne allait dénoncer les agissements de Volkswagen et l'impuissance voir la complicité avérée de l'union européenne dans ce phénoménal scandale.

Il n'en est rien, tout va bien il n'y a donc toujours aucun signe de vie au sein de l'union européenne.
a écrit le 04/04/2019 à 8:21 :
Malgré le Code Pénal très fourni en articleS de Loi de notre pays (escroquerie, tromperie aggravée etc), il n'y a qu'en France que l'on peut vous vendre un véhicule truqué sans risquer des poursuites si vous êtes puissant. Par contre individuellement , en cas de déllits ou d'infractions, vous risquez que les magistrats vous appliquent le maximum.
a écrit le 04/04/2019 à 7:05 :
Au delà des fraudes, répréhensibles, il s'agit pourtant bel et bien de chasse aux sorcières. Scientifiquement, plus rien ne justifie un traitement plus dur du diesel que l'essence. Et les alternatives n'en sont pas ou ne valent pas mieux.

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