Fonderie de Bretagne : où en est le processus de vente de Renault ?

Interpellés par des syndicats inquiets le 27 janvier dernier après la tenue d’un CSE à la Fonderie de Bretagne de Caudan, les présidents de la Région Bretagne et de Lorient Agglomération ont à nouveau regretté le manque d'écoute et de transparence de Renault. Alors que le groupe automobile a indiqué à l'automne être en contact avec six acquéreurs potentiels, dont trois qui avaient déposé une offre indicative de reprise, La Tribune fait le point sur ce dossier qui avait fait coulé beaucoup d'encre l'an dernier avec le blocage de l'usine par les salariés.

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La situation de la Fonderie de Bretagne, installée près de Lorient depuis 1965 et reprise en 2009 par le groupe Renault, pose en filigrane, les questions de la réindustrialisation, de la souveraineté industrielle et de la conversion du secteur automobile.
La situation de la Fonderie de Bretagne, installée près de Lorient depuis 1965 et reprise en 2009 par le groupe Renault, pose en filigrane, les questions de la réindustrialisation, de la souveraineté industrielle et de la conversion du secteur automobile. (Crédits : Groupe Renault)

Poker menteur ou jeu de dupes ? Sept mois après la fin d'une grève dure à la Fonderie de Bretagne, propriété de Renault à Caudan, les salariés comme les élus ont regretté fin janvier, à la faveur d'un Comité social et économique (CSE), le manque d'avancée notable quant à l'avenir du site industriel. Depuis les annonces de désengagement du groupe automobile en mars 2021, l'usine est en quête d'un repreneur.

En octobre dernier, Renault avait indiqué être en contact avec six acquéreurs potentiels dont trois ayant déposé une offre indicative après visite. Les discussions avec ces acheteurs sont toujours en cours indique le groupe.

« À l'occasion du CSE ordinaire du 27 janvier, Fonderie de Bretagne a bien informé les représentants des salariés que les visites et les échanges se poursuivaient avec les candidats à l'acquisition de l'entreprise. Ce processus nécessite du temps et nous tenons informés les représentants des salariés » ajoute un porte-parole, interrogé par La Tribune.

Les collectivités prévenues en temps voulu

Les mois qui passent et l'absence d'éléments tangibles, susceptibles de conforter l'activité de l'usine, n'en finissent pas d'inquiéter les salariés.

Interpellés par les syndicats, le 27 janvier dernier, après la réunion du CSE, les élus de la Région et de l'agglomération lorientaise ont réaffirmé le jour-même leur plein soutien et réitéré leur demande « d'avancées rapides pour l'avenir du site ».

Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne et Fabrice Loher, président de Lorient Agglomération ont redit leur « mobilisation totale en faveur de l'emploi et d'un accompagnement pour un projet de continuité industrielle ».

Ils ont aussi appelé à l'organisation d'une rencontre entre le groupe, les élus locaux, les services de l'État et les représentants des salariés, faisant remarquer au passage le manque d'écoute, de transparence et d'engagement ferme de l'actuel propriétaire.

« Nous rencontrerons bien sûr les représentants de la Région Bretagne et de Lorient Agglomération dès lors que nous aurons des avancées concrètes à leur présenter », répond le groupe Renault.

Activité partielle depuis décembre

Acteur industriel important du territoire, la Fonderie de Bretagne est spécialisée dans la fabrication des bras de suspension automobile, des collecteurs et coudes d'échappement et des différentiels de boîte de vitesses.

Elle livre 95% de ses pièces en fonte à Renault et compte actuellement 300 collaborateurs, contre 350 au printemps dernier. Outre des départs à la retraite non remplacés, certains salariés ont saisi des opportunités d'emploi dans d'autres secteurs.

La reprise du site concernerait plus de 1.000 emplois directs et indirects selon les syndicats si l'on ajoute toute la sous-traitance.

La CGT FBD, par la voix de son secrétaire Maël Le Goff, dénonce de son côté une « torture psychologique » à laquelle s'ajoute depuis décembre une activité partielle, et donc une perte de salaire.

 « La pénurie de semi-conducteurs rend très incertains les volumes de production pour les semaines à venir » reconnaît Renault. « L'entreprise tourne aujourd'hui à la moitié de sa capacité »

Après un mois de décembre où la fonderie n'a produit que sur trois jours, l'activité est repartie en janvier en 1 x 8 (une équipe toutes les huit heures). Depuis le début février, les équipes travaillent sur une organisation située entre 1 x 8 et 2 x 8.

« La direction étudie continuellement les impacts de la pénurie de semi-conducteurs pour adapter au mieux la mobilisation de ses effectifs et en limiter les conséquences sur ses activités », explique Renault, ajoutant que la capacité totale du site se situe à 3 x 8.

Réindustrialisation et ouverture sur d'autres secteurs

S'agissant des volumes de production, la CGT n'a pas tout à fait la même lecture et fustige la mise en concurrence avec d'autres fournisseurs.

En 2021, la fonderie n'aurait produit qu'à un tiers de sa capacité selon le syndicat.

Au printemps dernier, les élus bretons avaient eux-aussi suggéré que la capacité de production de la fonderie restait importante, mais que son volume de production était volontiers délesté vers des sites situés hors du territoire national (Turquie, Pologne, Espagne).

La situation de la Fonderie de Bretagne, installée près de Lorient depuis 1965 et reprise en 2009 par le groupe Renault, pose en filigrane, les questions de la réindustrialisation, de la souveraineté industrielle et de la conversion du secteur automobile.

Son avenir passera sans doute par la capacité qui lui sera offerte (ou pas) de diversifier son activité, vers l'aluminium (au lieu de la fonte) et vers d'autres secteurs.

De passage à Brest en décembre 2021, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez avait mis en cause l'État, premier actionnaire de Renault.

« Quand on a des outils magnifiques comme la Fonderie de Bretagne, on ne s'en sépare pas, on le garde dans le giron de Renault, on donne l'exemple d'une volonté politique » avait-il martelé.

Pour moderniser l'outil industriel, assurer sa pérennité et participer au maintien de l'emploi sur le territoire, le site a été, par deux fois, soutenu financièrement à hauteur de 8,2 millions d'euros, par la Région Bretagne, le département du Morbihan et Lorient Agglomération aux côtés de l'État.

« Renault doit des comptes aux financeurs publics et nous exigeons, avec la Région Bretagne, d'être informés des processus en cours » a rappelé Fabrice Loher le 27 janvier.

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