Luca di Meo, le patron qu'il faut pour Renault ?

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(Crédits : Seat)
L'actuel patron de Seat serait le grand favori pour remplacer Thierry Bolloré chez Renault. L'italien s'est fait remarquer par le redressement de la marque automobile espagnole, mais également par ses qualités humaines. Des atouts indispensables pour réparer un groupe français malade depuis la chute spectaculaire de son patron.

D'après Le Figaro, Luca di Meo serait pressenti pour prendre la tête de Renault. L'actuel patron de Seat n'a pas commenté cette information, mais le quotidien assure qu'il est le favori parmi d'autres capitaines d'industries d'envergure comme Fabrice Brégier (Airbus) ou Patrick Koller (Faurecia).

Il s'agit de prendre la tête d'un groupe automobile essoré par un an de crise post-Ghosn dont le dernier épisode a vu le débarquement aussi inopiné que brutal de son directeur général, Thierry Bolloré. Cette crise managériale a coïncidé avec une très forte détérioration des résultats puisque Renault a vu ses ventes baisser cette année et vient de publier un profit warning. Bref, il devient urgent de conjurer ce qui pourrait devenir une véritable Bérézina pour le groupe français dans un marché automobile en crise.

La jurisprudence Ben Smith

Jean-Dominique Senard, arrivé en pompier pour présider Renault et sauver l'Alliance avec le japonais Nissan depuis janvier, avait obtenu de l'Etat, premier actionnaire, que le prochain patron du groupe automobile ait un profil international : c'est la jurisprudence Ben Smith (le premier non-français à diriger Air France-KLM). Une expérience industrielle d'envergure était impérative, et un passé dans l'univers automobile était un plus. Pas question d'aller chercher un financier ou un énarque français. Pour le gouvernement français, il est temps que l'Etat cesse de "couver" Renault qui a trop souffert de considérations politiques intérieures. Bercy cherchait un patron charismatique pour repositionner le constructeur comme un groupe mondial.

 - A relire, notre portrait de Luca di Meo -

Luca di Meo réunit sans conteste toutes les caractéristiques recherchées. Mieux, il a démontré à la tête de Seat sa capacité à repositionner une marque automobile dans une vision long terme d'un secteur en plein bouleversement. De marque moribonde au bord du dépôt de bilan dans les années 2000 à aujourd'hui, Seat est dans une dynamique commerciale très forte avec des ventes sans cesse en hausse, y compris sur un marché en plein ralentissement. La marque espagnole ne cesse d'accroître sa rentabilité, et sa dynamique produit est très forte avec plusieurs lancements par an. La création d'une marque dédiée à l'univers sport, Cupra, témoigne de la créativité et l'audace de Luca di Meo, qui a su tirer profit de la forte remise en cause du modèle de management pyramidal en vigueur dans le groupe Volkswagen (la maison-mère) depuis la crise du dieselgate.

L'ancien de Fiat n'a eu de cesse de retravailler la marque Seat à travers des modèles bien positionnés. Résultat, le prix moyen d'une Seat n'a cessé d'augmenter. Et Luca di Meo foisonne d'idées... Des trottinettes, des incubateurs de startups, des scooters électriques... Il a également fait de la connectivité une priorité chez Seat. En outre, il fait plancher ses équipes sur l'internationalisation de la marque espagnole. Celle-ci va lancer une grande offensive en Amérique Latine, une zone naturelle de développement pour une marque espagnole selon lui. La Chine est également dans les radars... Enfin, Luca di Meo est connu pour sa fibre sociale très poussée. Ce patron de 52 ans a su rompre avec les carcans hiérarchiques pour être proche de toutes les équipes. Celui qui a écrit son mémoire de fin d'étude sur l'éthique en entreprise a fondé un institut doté des dernières technologies médicales afin de soigner et prévenir les maladies des salariés et opérateurs de Martorell près de Barcelone où siège Seat mais également son usine historique.

Renault, à la recherche d'une nouvelle impulsion stratégique

Visionnaire, stratège chevronné, patron aussi exigeant que convivial, ce polyglotte qui a fait une partie de ses études en France pourrait bien être le patron qu'il faut à Renault. Mais la tâche qui l'attend promet d'être herculéenne. Car le groupe français ne souffre pas d'une conjoncture défavorable, il doit revoir de fond en comble une stratégie qui a largement atteint ses limites. La moitié de la gamme renouvelée ces cinq dernières années n'a pas rencontré le succès escompté. C'est notamment les segments supérieurs qui ont péché dont le célèbre Espace qui a un fait un flop. Le Talisman, le Scenic ont également essuyé des échecs cuisants, tandis que le petit succès du Kadjar jure face à celui de son concurrent, le Peugeot 3008. En outre, les volumes de vente sont encore trop tirés par les canaux dits tactiques (voitures de démonstration, immatriculations auprès de loueurs...) et donc non rentables. De plus, Renault n'a pas su creuser son sillon dans l'électromobilité alors qu'avec sa Zoé il jouissait du statut avant-gardiste, et qu'il est en passe d'être dépassé par de nombreux groupes qui s'apprête à déployer d'ambitieuses gammes électrifiées. Enfin, last but not the least, Luca di Meo s'il accepte sa mission, devra renouer les fils décousus de l'Alliance avec Nissan. Il devra trouver un nouveau projet d'entreprise et de partenariat qui satisfasse tout le monde. Une gageure après un an de batailles rangées entre les équipes, les managers et les gouvernements respectifs.

A l'inverse des autres candidats, Luca di Meo n'est pas un simple industriel. Il baigne dans l'industrie automobile depuis près de 25 ans. Il maitrise aussi bien l'aspect industriel que le marketing d'une marque. Pour Luca, ce ne serait finalement qu'un retour aux sources, lui qui a commencé sa carrière chez Renault...

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Commentaires
a écrit le 19/11/2019 à 17:12 :
Bruno Lemaire vient de comprendre mais un peu tard que ce n'est pas Carlos Ghosn que les Japonais ont évincé de Nissan, mais bien les Français et Renault et que c'était une stratégie murement réfléchi et depuis le premier jour où Renault a "sauvé" Nissan, pour se sauver lui-même.
Le refus de l'alliance avec Fiat aura donc été une faute majeure et historique de l' État Français.
a écrit le 16/11/2019 à 22:26 :
Enthousiasme surprenant du journaliste. Je ne connais pas le patron de SEAT mais il n'est pas à la tête d'un major de l'automobile. Il ne dirige qu'une filiale modeste de VW, même si je respecte ses réussites récentes.
Je ne pense pas que la stratégie de SEAT (comme celle de Skoda) soit élaborée ailleurs qu'en Allemagne. Donc, on peut s'inquiéter de ce choix pour Renault qui ne va aussi mal que ce qu'en dit actuellement la presse française. C'est un groupe présent sur tous les continents avec des produits adaptés à chacun de ses marchés (sauf Amérique du Nord) et un outil industriel performant.
Renault a besoin d'un patron de dimension mondiale pour être respecté par ses partenaires, en particulier Nissan. N'oublions pas que le Président Sénard n'est pas loin de la retraite, il est donc primordial que le futur DG ait l'envergure pour prendre la suite.
Il y a certainement des patrons chez les grands équipementiers qui pourraient aussi faire l'affaire.
Mais il faut faire vite !
a écrit le 16/11/2019 à 18:41 :
la "fusion " Fiat/Renault serait-elle en réalité une absorption du constructeur français avec la bénédiction de Nissan qui pourrait ensuite se désengager de sa tutelle actionnariale ? - contre une aide de plan de charge au bénéfice des usines Fiat ?
quel objectif suit le Gouvernement en validant ce mariage ?
Réponse de le 17/11/2019 à 20:33 :
On rêve...Mettez vous au parfum !!
C'est la fusion PSA / FCA qui est à l'ordre du jour.
a écrit le 16/11/2019 à 18:36 :
Le patron qu il faut pour Renault..
On réve!
Visionnaire il fait des trotinettes.. c est la solution qui va sauver Renault !!
Seat c est 535000 vehicules dans le monde
15000 salariés
Filiale de wv il se fournit dans la banque de données : plate forme moteurs bv
Il ne crée RIEN il assemble...
Renault c est unGROUPE 5 marques... créateur de plate forme de moteurs de bv.
a écrit le 16/11/2019 à 10:55 :
Il faut qu'il réussisse son entretien d'embauche avec Le Maire (PDG de fait de Renault), Sénard validera suivant sa décision.
a écrit le 16/11/2019 à 9:31 :
Encore un nouvelle tète, j'observais il y a quelques mois (le temps passe vite) le cursus du patron de Siemens (de mémoire et sous réserve) il me semble que cette personnalité est rentrée à 28 ans dans le boite avec un diplôme d'économie puis fut en double de son patron durant 6 ans avant de prendre sa suite, une méthode qui me semble plus cohérente à la "Pantoufle" qui règne en notre royaume. Certains ont le nez collé sur la bourse moi je regarde le classement de Transparency qui n'est pas à l'honneur d'un pays comme la France.
a écrit le 16/11/2019 à 9:14 :
Dépêchez vous de le débaucher. Vite!!
a écrit le 16/11/2019 à 9:00 :
Macron le chantre du libéralisme qui gère Renault comme si c'était sa boîte
a écrit le 16/11/2019 à 8:59 :
Macron le chantre du libéralisme qui gère Renault comme si c'était sa boîte
a écrit le 16/11/2019 à 7:13 :
C'est vrai qu'il a une bobine qui inspire l'empathie. Mais dans ce milieu avoir du respect,.... Hum.
a écrit le 16/11/2019 à 1:48 :
Les italiens doit prendre tous en France
Réponse de le 16/11/2019 à 11:11 :
Traduit en langue française : Les italiens doivent prendre tout en France !!!!
Reste à comprendre le sens de cette phrase ?
a écrit le 15/11/2019 à 20:26 :
On rappelle les éléments que doit revoir le nouveau patron : Arrêter la course aux volumes prévoyant de passer de 56 milliards d'euros de chiffres à 70 au départ c'est à dire se concentrer sur les marges. Et par conséquence, se donner des objectifs de génération de free cash flow plancher en dehors de Nissan, la "vache à lait". Même avec des volumes faibles sur certains segments, Renault s'en sort bien déjà. Mais ne pas avoir un objectif de 2% ou 3% de génération de free cash flow par an leur fait extremement mal. Rien que 2% x 60 milliards, c'est 4 euros de trésorerie par action.
Le patron n'a pas à faire une révolution, simplement à activer ces curseurs là.
Vu la taille de l'alliance...
Réponse de le 15/11/2019 à 22:14 :
La bourse c’est une histoire de confiance et c’est un peu comme le «  poker menteur »
celui qui simule ( spéculations sur la non valeur réelle des actions )
augmente les mises ( Grace aux mensonges)
et encaissent « les gains « 
grâce à la mise en « confiance »( le mot magique du 21et 22 siècle )

Vu les marques « en question »
et les derniers scandales... heu... il faudrait «  bien mentir » pour mener les «  gens en barque « ...

Et la «  compétence «  de n’importe CEO n’est que «  accessoire « 
Réponse de le 16/11/2019 à 9:34 :
Pas faux FCF, pas faux j' allais l' écrire mais vous me l' ôtez de la bouche, vous voulez me foutre au chômage que diable ?
a écrit le 15/11/2019 à 19:56 :
Surtout pour effacer les traces négatives dans le cerveau des potentiels clients de Renault ...?

Ou ?

Mais comment un concurrent peut il redresser un autre groupe concurrent ?

Donc c’est un achat ? Sûrement pour augmenter la valeur du titre en bourse et rassurer les actionnaires ?

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