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Entreprises & FinanceAutomobile

Opel : autopsie d’un spectaculaire sauvetage industriel

Photo de Nabil Bourassi

Nabil Bourassi

Publié le 25 juillet 2018 à 04:05 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:42

Carlos Tavares et Michael Lohscheller

Carlos Tavares et Michael Lohscheller

Reuters

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Photo d'illustration de l'article
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Personne n'attendait un redressement aussi rapide d'Opel. Une marque qui a fait perdre près de 15 milliards d'euros à son précédent propriétaire, General Motors. Carlos Tavares revendique le succès de sa méthode qui avait déjà permis le redressement de PSA. Le groupe estime pourtant qu'il reste encore beaucoup à faire, laissant espérer de nouvelles marges de progression.

« Nous avons une marge de premium », a déclaré Carlos Tavares dans une interview aux Echos. Le patron du groupe PSA peut effectivement se réjouir puisque le constructeur automobile a annoncé une marge opérationnelle de 7,8% au premier semestre. Dans le détail, on s'aperçoit même que le périmètre historique du groupe, appelé PCD (pour Peugeot Citroën DS) a vu sa marge atteindre les 8,5%, tandis qu'Opel a réalisé l'exploit totalement inattendu d'être déjà rentable, mais également d'afficher une marge de 5% !

Une marge opérationnelle record

Il faut rappeler que la filiale rachetée durant l'été 2017 n'avait pas produit de bénéfices depuis le début des années 2000 (elle a fait perdre à General Motors près de 15 milliards d'euros sur toute cette période). En outre, le plan de redressement d'Opel prévoyait une marge de 6% à horizon... 2021 ! Enfin, la marque à l'éclair était dans le rouge en 2017 avec une marge de -2,5%. Cette performance a donc, à tout point de vue, de quoi surprendre.

« Michaël Lohscheller et son équipe ont bien compris qu'on n'était pas dans le Powerpoint, mais dans l'exécution. Ce plan était largement inspiré du plan "Back in the race" mis en place chez PSA », explique Carlos Tavares aux Echos en référence au plan de redressement qu'il avait mis en place lors de sa prise de fonction en 2014 et dont les objectifs avaient été atteints avec deux années d'avance.

Carlos Tavares rappelle sa méthode : réduire les coûts fixes, les coûts variables et améliorer les prix de ventes. Ainsi, la marque allemande, droguée aux ventes dites tactiques et non-rentables, a dû privilégier les ventes margées avec peu de ristournes. La marque a également commencé à nettoyer ses foyers de perte avec un redéploiement industriel mais également la signature de nouveaux accords de compétitivité. Ceux-ci prévoient de réduire les effectifs grâce à un plan de départ volontaire. Près de 3.500 salariés allemands ont d'ores et déjà répondu favorablement à ce plan, très proche de l'objectif de 3.700 départs.

Des accords sur le temps de travail ont également été signés dans les sites hors-Allemagne d'Opel, dont celui de Saragosse en Espagne où la rémunération des heures de nuit et jours fériés a baissé. Et les effectifs ont déjà fondu au Royaume-Uni de près de 400 personnes.

Résister à la pression politique

Cela n'a pas été une promenade de santé. Carlos Tavares a traversé une courte mais intense période de pression avant de parvenir à un accord avec les syndicats. Le patron de PSA a dû tenir tête au puissant IG Metall, rejoint par une classe politique allemande prête à tout pour éviter une surenchère des partis populistes déjà très offensive sur les questions migratoires. Carlos Tavares a appliqué la même méthode qu'ailleurs : établir un rapport de force, tempéré par des promesses de pérennité des sites industriels.

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Mais d'après lui, le plan de redressement d'Opel n'est pas encore achevé. Il existe encore de nombreuses sources d'efficience tandis que les mesures prises n'ont pas encore produits tous leurs effets. Il reste ainsi à régler la question de la R&D d'Opel qu'il est question de céder...

« La charge de travail confiée par General Motors à Opel diminue régulièrement, et elle finira par tomber à zéro. Nous devrons trouver une solution stable et responsable à ce problème à moyen terme », a indiqué Carlos Tavares au quotidien économique.

Ainsi, Carlos Tavares va maintenir le cap et continuer à mettre les équipes sous pression. « Le PSA élargi a encore beaucoup de potentiel et d'idées pour s'améliorer encore », prétend le patron du groupe. Les synergies industrielles n'en sont encore qu'à leur début entre Opel et le reste du groupe. Plusieurs modèles doivent arriver sur des plateformes communes comme les berlines compactes (Corsa, Astra) et plus grandes (Insignia). Le redéploiement industriel est également en cours pour baisser les points morts de plusieurs sites, tandis qu'Opel adopte peu à peu les motorisations PSA, autre source d'économies d'échelle.

Des résultats semestriels remarquables

Pour l'heure, PCD reste la première source de profit du groupe. Le résultat opérationnel de ce périmètre a augmenté de 30% au premier semestre (1,8 milliard d'euros) même si les 502 millions apportés par Opel sont appréciables. Le chiffre d'affaires de 38,6 milliards d'euros (+40%) prend en compte l'apport d'Opel (9,9 milliards). Sur le périmètre historique, il a tout de même augmenté de 11% sur le semestre.

Cette dynamique n'est pas prête de s'arrêter là puisque PSA n'a pas encore atteint son rythme de croisière commercial. L'arrivée de la C5 Aircross en Europe, attendue à la fin de l'année, et d'un deuxième SUV pour la marque DS promet une année 2019 très dynamique, tandis que PSA va intégrer sa 508, et que l'année 2020 verra l'arrivée d'une nouvelle 2008 (un modèle à gros volumes).

À lire également

  • Comment les SUV ont sauvé un semestre mitigé pour PSA

Tout cela en attendant une nouvelle gamme Opel. Michael Lohsheller a récemment indiqué que ses équipes travaillaient sur une nouvelle identité de marque. « Une nouvelle germanité », ose Mark Adams, patron du design, qui signifie un style plus affirmé et épuré. Opel promet de lever le voile sur un prototype avant la fin de l'année pour préfigurer le design de la prochaine gamme. Les marchés, eux, ont déjà vu et entendu l'essentiel de ce qu'ils n'attendaient pourtant pas si tôt, et ont acheté des titres PSA à la pelle ce mardi 24 juillet, faisant monter le titre de près de 15% ! De quoi mettre « sous le tapis » le fiasco chinois et le retrait forcé mais coûteux d'Iran... Pour le moment !

Nabil Bourassi

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