Energie, érosion, inondations : les mille et une applications des jumeaux numériques
Annelot Huijgen, avec Cécile Chaigneau et Florence Falvy
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Depuis bientôt dix ans, l'estuaire de la Gironde fait l'objet de modélisations numériques pour faciliter la navigation et de multiples autres applications.
Déjà utilisés dans certaines villes et régions, ces doubles virtuels du territoire sont appelés à se multiplier pour faciliter les décisions de politiques publiques. En Gironde, dans l'Hérault ou encore en Vendée, les jumeaux numériques offrent des applications nombreuses notamment pour la transition écologique.
Construire le jumeau numérique de la France : c'est le défi que proposent de relever l'IGN, le Cerema et l'Inria. Ce projet de réplique virtuelle, annoncée au printemps dernier, s'appuie sur les ressources disponibles et toutes les bonnes volontés. Les acteurs publics et privés, comme les assureurs, sont invités à se joindre aux treize partenaires actuels pour constituer une « équipe de France du jumeau numérique ».
Un appel initié par le consortium en mai 2024 a généré plus de 200 contributions d'entreprises, collectivités, établissements de recherche et fédérations. De quoi saisir la nature des besoins : la planification écologique et l'aménagement durable est, avec 30 % des réponses, la plus citée, mais les thématiques suivantes : la gestion des forêts (20 %), de la ressource en eau (20 %) et du littoral (15 %), y sont directement liées.
L'estuaire de la Gironde en open source
En Gironde, « le plus grand estuaire d'Europe a cette particularité que les navires ont besoin de suivre l'onde de la marée pour pouvoir naviguer. Nous utilisons depuis longtemps des capteurs pour mesurer les mouvements des vagues et l'évolution du bouchon vaseux mais ces données ne nous permettaient pas de nous projeter, surtout à l'aune du changement climatique », explique Fabrice Klein, chargé de l'innovation et des partenariats au Grand port maritime de Bordeaux.
Pour ce faire, il a orchestré, à partir de 2015, la création d'un premier modèle 3D, qui a évolué en jumeau numérique, Gironde XL 3D, lancé en 2023. « La grande différence c'est que les données sont désormais synchronisées automatiquement. De plus, ce qui rend notre démarche a priori unique est que nous avons choisi de le proposer en open source pour adresser d'autres enjeux du territoire », détaille-t-il.
Gironde XL 3D est hébergé dans le cloud et accessible via la plateforme Lisos, son interopérabilité étant garantie pour permettre, en mode collaboratif, à des entreprises, des collectivités mais aussi des scientifiques et même des bénévoles, de se fonder sur ses données et de l'enrichir des leurs. Ainsi, le bureau d'études Aventa l'a utilisé pour modéliser la houle pour l'interconnexion électrique France-Espagne par le golfe de Gascogne, Artelia pour mieux gérer l'implantation du parc éolien au sud d'Oléron ou encore l'autorité de gestion du fleuve Saint-Laurent au Canada pour prévoir son évolution.
Annelot Huijgen, avec Cécile Chaigneau et Florence Falvy