Vaccination antigrippe : à cause du Covid-19, la demande a bondi, "nos usines tournent 7 jours/7"

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Olivier Bogillot, président de Sanofi France, explique que les usines de production de vaccin anti-grippe travaillent sept jours sur sept en ce moment. La fenêtre de tir pour produire un vaccin, c'est une course poursuite.
Olivier Bogillot, président de Sanofi France, explique que "les usines de production de vaccin anti-grippe travaillent sept jours sur sept en ce moment. La fenêtre de tir pour produire un vaccin, c'est une course poursuite". (Crédits : Sanofi France)
Les besoins de tous les pays demandeurs seront-ils satisfaits ? où en est la mise au point du vaccin anti-Covid-19 ? Va-t-on relocaliser certains principes actifs? ... à la veille du lancement de la campagne de vaccination contre la grippe, le 13 octobre, l'AFP a interrogé le président de Sanofi France, Olivier Bogillot.

La campagne de vaccination contre la grippe démarre le 13 octobre et pourrait être très suivie dans le contexte de pandémie de Covid. Les fabricants ont déjà augmenté leur production, explique Olivier Bogillot, président de Sanofi France, dans un entretien avec l'AFP.

OLIVIER BOGILLOT - Vous avez augmenté la production de 20% pour le vaccin contre la grippe, sera-ce suffisant pour répondre aux besoins?

Nous avons anticipé assez vite que la concomitance entre la grippe saisonnière et le Covid-19 serait un problème. Nous avons aussi été contactés beaucoup plus tôt que lors d'une campagne de grippe classique par certains pays qui nous ont dit qu'ils auraient besoin de plus de doses. Notre rôle, c'est d'être en capacité de fournir les doses. Les usines de production de vaccin anti-grippe travaillent sept jours sur sept en ce moment. La fenêtre de tir pour produire un vaccin, c'est une course poursuite. Toutes nos usines tournent à plein. La plupart des Etats se sont dit qu'on aurait besoin de plus de vaccins. Après, est-ce qu'on va en distribuer plus, quelle est la réalité du taux de vaccination que l'on va avoir, du nombre de patients? C'est très difficile à savoir.

L'un des vaccins que vous développez contre le Covid-19, en collaboration avec le britannique GSK, est espéré mi-2021. Où en est-on et connaît-on son prix (Sanofi avait un temps évoqué un vaccin à moins de 10 euros)?

Tout s'accélère dans le cadre du Covid, mais un vaccin normalement, c'est plutôt dix ans. Il est difficile de donner un prix car on n'a pas fini de calculer ce que cela va nous coûter. La phase 1-2 des essais cliniques [sur l'homme, Ndlr] a été lancée le 24 septembre. Sanofi est en train de dépenser des centaines de millions de dollars au niveau international pour pouvoir recalibrer des lignes de production, recruter des personnes, acheter des matières premières. Notre objectif à fin 2021, c'est d'avoir 1 milliard de doses.

Dès que l'on aura les résultats de la phase 2, on lancera la production à grande échelle. Si les résultats de la phase 3 [la toute dernière phase des essais sur l'homme, Ndlr] sont négatifs, vous prenez les lots et vous les jetez! La relation entre les Etats et les industriels pour que ce risque soit partagé est assez saine, nous travaillons ensemble et nous fixons des objectifs de calendrier, pour qu'à la sortie il y ait un prix qui soit accessible et abordable pour les populations du monde entier.

Le gouvernement a appelé à la relocalisation de certains principes actifs, dont celui du paracétamol (dont Sanofi est l'un des producteurs mondiaux), afin d'éviter des pénuries. Cela va dans le bon sens?

Les crises sont des moments d'accélération. Les pénuries étaient connues avant: nous étions dans les discussions avec les pouvoirs publics sur les ruptures d'approvisionnement. Sanofi est un peu moins soumis à ces problèmes que d'autres car environ 70% des principes actifs que l'on utilise sont fabriqués en Europe. Les coûts de production y sont plus élevés, la réglementation européenne est plus sévère, cela nécessite des investissements réguliers. Il pourrait y avoir un "premium" pour ceux qui produisent en Europe. Pourquoi a-t-on manqué de curares, d'hypnotiques durant la crise? Car ce sont très largement des produits génériques avec des prix assez faibles. Le doliprane [produit par Sanofi, Ndlr] se vend aujourd'hui 2,19 euros dans le commerce. Une production de son principe actif en France aurait-elle une conséquence économique ? Peut être, mais je pense qu'il faudra l'assumer.

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