Conflits d'intérêt : le comité "déontologie" de la pharma assure que les pratiques s'améliorent

Le comité de déontovigilance des entreprises du médicament estime que la publications des avantages conférés par l'industrie pharmaceutique aux professionnels de santé a contribué à la moralisation du secteur. Mais il reste des efforts à fournir pour mieux définir "la frontière entre liens et conflits d'intérêt" pour éviter des déconvenues aux industriels, juge l'organisation
Jean-Yves Paillé
L'industrie pharmaceutique veut des règles pour ne pas être mise en accusation, avance le Codeem.
"L'industrie pharmaceutique veut des règles pour ne pas être mise en accusation", avance le Codeem. (Crédits : CC0 Public Domain)

Sept ans après le début de d'affaire Mediator, les pratiques sur les avantages accordées aux professionnels de santé se sont-elles améliorées ? Oui, estime le Codeem (comité de déontovigilance des entreprises du médicament), une institution créée en 2011 par La Fédération des entreprises du médicament, suite au scandale du Mediator. L'organisation entend "faire respecter les règles d'éthique de la profession" et tenter de rassurer le grand public et les acteurs politiques et institutionnels en prônant la moralisation du secteur.

Grégoire Moutel, président de l'organisme, a estimé mercredi 19 avril, que tranparence.gov, une base de données publique qui recense les avantages (frais de restauration, d'hospitalité,...) accordés par l'industrie pharmaceutique aux professionnels de santé, encourage les groupes pharmaceutiques à mieux moraliser ces pratiques.

Saisi par le Leem, principaux lobby pharmaceutique français, le Codeem a analysé la base de donnée, et a décortiqué les avantages octroyés par chaque entreprise. Il a évalué ce qui s'apparente à de mauvaises pratiques. "Nous avons été agréablement surpris", soutient Grégoire Moutel, expliquant "avoir recensé 4% d'avantages situés en zone d'alerte". Cette zone d'alerte est un seuil à ne pas dépasser pour les montants des repas (60 euros), et les nuits dans des chambres d'hôtel à 350 euros, fixés par les Dispositions déontologiques de la profession, des engagements pris par l'industrie le 12 janvier 2016. "Ce sont des chiffres correspondant à ceux du marché des congrès à l'international", avance le président du Codeem.

Y a-t-il des conflits d'intérêts potentiels ? Le comité de déontovigilance de l'industrie pharmaceutique ne veut pas s'avancer sur le sujet. "Nous en informons et en discutons avec les entreprises concernées, mais nous ne sommes pas là pour les sanctionner", défend Grégoire Moutel.

Pourtant, le Codeem va devoir multiplier les efforts pour aider les entreprises du médicament à polir leur image auprès de la société civile et des acteurs institutionnels. Récemment, Servier a été médiatisé pour avoir octroyé plus de 80.000 euros de frais de restauration et de transport au cardiologue Jean-Jacques Mourad, conseiller santé d'Emmanuel Macron . Ou encore, une étude du Formindep, association prônant "une formation médicale indépendante au service des seuls professionnels de santé et des patients", a révélé que les étudiants médecins sont mal protégés contre l'influence des laboratoires pharmaceutiques.

Une base de données bientôt plus transparente

En outre, un nouveau défi va se présenter au Comité de déontovigilance, cette année. La base de transparence publiera les rémunérations perçues dans le cadre des conventions passées entre entreprises et acteurs de santé, c'est-à-dire des participations à des congrès, ou à des essais cliniques. "Cela va potentiellement être explosif pour les médias, il faut que le secteur du médicament s'y prépare", prévient Grégoire Moutel.

"Nous devrons faire un effort de pédagogie complexe, ce sera un vrai débat. Que vaut la nature d'un partenariat scientifique ? Quel est le montant raisonnable, quel est l'autorisation de cumul. Toucher 5.000 euros par an pour un acteur santé dans le cadre d'un essai est raisonnable, par exemple", ajoute-t-il.

Le Codeem promet ainsi de travailler cette année sur une clarification de "la frontière entre liens et conflits d'intérêt, et établir une liste d'éléments d'alerte pouvant entraîner le passage d'un lien à un conflit d'intérêt". En clair, l'organisme veut prévenir plutôt que guérir : "L'industrie pharmaceutique veut des règles pour ne pas être mise en accusation."

Le Codeem assure être indépendant des labos pharmaceutiques

Pour mieux se faire entendre, le Codeem, créé à l'initiative du Leem, va également devoir convaincre sur son indépendance. Certaines organisations comme le Formindep, doutent fortement de l'indépendance de cette institution. Dans un billet incisif, publié sur Mediapart en 2015, elle y voyait un comité Théodule, c'est-à-dire là pour ne pas résoudre les problèmes. "L'ensemble des membres sont exclus de tous liens avec l'industrie pharmaceutique et on publié une déclaration d'intérêts", fait valoir Grégoire Moutel.

Jean-Yves Paillé

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Commentaire 1
à écrit le 20/04/2017 à 8:22
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C'est loin d’être convaincant, beaucoup de promesses surtout on peut aussi se dire que les institutions ont été mieux infiltrées. Tant qu'il n'y aura pas de surveillance de comité de citoyens renouvellés régulièrement pour surveiller les agisseme...

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