Diagnostics : la concentration des labos met Roche sous pression en France

 |   |  723  mots
Pour tenter de gonfler sa croissance dans un marché français morose, Roche Diagnostics tente de se développer dans le marché hospitalier.
Pour tenter de gonfler sa croissance dans un marché français morose, Roche Diagnostics tente de se développer dans le marché hospitalier. (Crédits : Reuters)
Roche Diagnostic, filiale du géant pharmaceutique suisse, voit son rythme de croissance décliner en France. Ses clients, les laboratoires d'analyses médicales, ont gagné plus de pouvoir dans les négociations sur les achats d'appareils de diagnostic, suite à un vaste mouvement de concentration. Cela s'ajoute à la pression de l'Assurance maladie sur les remboursements d'actes de biologie.

En quelques années, le secteur de la biologie médicale a radicalement changé.  En  2010, on comptait plus de 4.000 laboratoires privés pratiquant des analyses médicales. Aujourd'hui, ils ont été regroupés dans quelques centaines de structures, suite à une série d'acquisitions réalisées récemment par de grands groupes comme Labco, Eurofins, ou Cerba. La société suisse Roche Diagnostic, filiale du laboratoire pharmaceutique Roche, qui conçoit des appareils et dispositifs d'analyses médicales pour ces derniers, juge que le mouvement de concentration s'est "accélérée en 2016 et 2017".

Si cela facilite le démarchage des structures et permet de diminuer certaines dépenses pour les industriels du diagnostic, leur chiffre d'affaires issu des ventes est mis sous pression, explique Bernard Colombo, président de la partie France.

"Avec ces mouvements de concentration, les laboratoires d'analyse ont obtenu un pouvoir de négociations plus fort sur les prix. Ils l'utilisent et continueront à utiliser. On parle d'égal à égal."

Roche Diagnostic France, qui propose des appareils et outils pour des analyses de biologie médicale (urines, sang,...), des séquençages d'ADN et des biopsies, voit sa croissance ralentir dans l'Hexagone. Chiffrée "à 1%" en 2015, elle est tombée à "0,5%" l'année dernière, détaille Bernard Colombo. Alors que dans le monde, le chiffre d'affaires de la filiale de Roche a augmenté respectivement de 6% et 5% en 2015 et 2016.

La filiale du géant suisse reste toutefois le leader des ventes en France, avec 300 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel par an (20% du marché). Car malgré sa faible croissance, Roche Diagnostics France s'en sort mieux que la moyenne du marché hexagonal. Le dernier rapport du Syndicat des industries de diagnostics in vitro (Sidiv), publié il y a quasiment un an, montre que la croissance en 2015 était atone pour les industriels du secteur, stagnant à 1,4 milliard d'euros de revenus en France cette année-là. Entre 2010 et 2014, le marché était même dans le rouge, avec un chiffre d'affaire en baisse de 1,8%, selon le Sidiv..

Les diagnostics mis à contribution par la sécu

Bernard Colombo se résigne à cette concentration, jugeant qu'elle va "dans le sens de l'Histoire". Mais il émet un avis totalement différent sur les lois de financement de la sécurité sociale (LFSS), qui pèsent également sur le secteur, selon lui..

"Il faut sortir de ce système en silo et avoir une vision sur plusieurs années plutôt qu'une seule comme le fait le PLFSS. Il est nécessaire de se rendre compte de ce qu'apportent les diagnostics au reste de la santé. Ils ne représentent que 2% des dépenses de santé, alors que 60 à 70% des décisions médicales sont prises à partir des résultats d'un test", argue le patron de Roche Diagnostics France.

Les dernières lois de financement de la sécurité sociale ont entraîné des baisses de remboursements des actes de biologie médicales et poussent les professionnels de santé à diminuer le nombre d'analyses, en particulier celles jugées peu pertinentes. Le PLFSS 2018 prévoit quant à lui 225 millions d'euros d'économies grâce à des "actions de pertinence et d'adaptations tarifaires des actes de biologie, imagerie", ainsi que "110 millions d'euros de maîtrise médicalisée".  Ce qui inquiète fortement certaines organisations professionnelles dédiés aux laboratoire d'analyse, les clients des fabricants de diagnostics. Le Syndicat des biologistes craint que ces mesures rendent "la situation intenable dans un contexte de très faible évolution de l'activité des laboratoires de biologie médicale privés".

Les hôpitaux comme voie de développement

Pour tenter de gonfler sa croissance dans un marché français morose, Roche Diagnostics entend saisir une nouvelle opportunité : le marché hospitalier. "Nous avons jusque-là mis plus l'accent sur le marché privé que le marché hospitalier", explique Bernard Colombo. Désormais il espère changer la donne en profitant de la mise en place des 135 Groupements hospitaliers de territoire (GHT) destinés à mieux coordonner l'offre de soins sur les territoires.

"Si ces groupements ont un pouvoir accru de pression sur les prix, cela va aussi nous permettre de rationaliser notre offre. On va regarder projet par projet. Par ailleurs, une partie des activités de diagnostics délocalisées dans le privé vont revenir dans ces hôpitaux et l'obsolescence de certains appareils va créer des opportunités," avance-t-il.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :