Manipulation du génome : "Il nous manque un groupe international d'experts"

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Le Comité d'éthique de l'Inserm prévoit une réunion, mardi 1er novembre à Buenos Aires, avec des experts venant d'Amérique latine. Elle portera sur les implications  des techniques de l'édition du génome sur l'homme, explique le président du Comité d'éthique de l'Inserm.
Le Comité d'éthique de l'Inserm prévoit une réunion, mardi 1er novembre à Buenos Aires, avec des experts venant d'Amérique latine. "Elle portera sur les implications des techniques de l'édition du génome sur l'homme", explique le président du Comité d'éthique de l'Inserm. (Crédits : Flickr/Charles Clegg. CC License by.)
Le président du Comité d'éthique de l'Institut national de la santé et de la recherche plaide pour la création d'un groupe international d'expert, comparable au GIEC sur le climat, afin de définir un cadre éthique sur la manipulation du génome. Une méthode thérapeutique qui peut potentiellement soigner des maladies graves, mais qui pose de nombreuses questions.

"Comment appliquer les nouvelles biotechnologies et comment en débattre ?" Tel était le thème d'une audition publique au Sénat, jeudi 27 octobre, à laquelle étaient conviés une trentaines de sénateurs et de députés. Une vingtaine de scientifiques étaient également présents pour faire part de leur expertise et avis sur la progression de l'édition génomique. Cette audition est censée mener à la naissance d'un débat public sur le sujet en France, à commencer par le Palais du Luxembourg et le Palais Bourbon.

"Il nous manque une structure de type GIEC"

Interrogé lors de l'audition, Hervé Chneiweiss, président du Comité d'éthique de l'Institut national de la santé et de la recherche (Inserm), a plaidé pour la création d'un groupement international d'experts sur l'édition du génome.

"Il nous manque une structure de type GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, NDLR). Ce qui a pu être mis en place au sujet de la modification du climat devrait fournir une réflexion internationale pour être mis en place dans le domaine des sciences du vivant. Car les interventions aujourd'hui sur le génome, les modifications génétiques, sont produites grâce aux progrès du séquençage génomique, au big data. Cela représente la convergence d'un grand nombre de technologies.

Pour rappel, les méthodes de manipulation du génome, telles que le CRISPR (ciseau moléculaire), consistent à couper une partie de l'ADN et remplacer le ou les gènes qui font défaut par un autre gène sain, ou à les modifier. Elle peut potentiellement permettre de soigner des cancers ou encore guérir des maladies génétiques.

Selon Hervé Chneiweiss, les risques induits par cette technique d'édition génomique traduisent la nécessité de créer un Groupe d'experts intergouvernemental sur le sujet:

"Selon la méthode utilisée pour l'édition du génome, on a droit à un scalpel ou à une  tronçonneuse, c'est-à-dire des techniques plus ou moins précises. Il faut voir quelle technique on utilise et dans quel contexte, il faut une expertise et un rapport sur le sujet", avance-t-il

Car, mal réalisée, cette édition du génome peut mener à l'altération de gènes qui n'étaient pas ciblés au départ, ou même à leur suppression. Ainsi, en 2002, un petit garçon avait développé une leucémie suite à une thérapie génique ayant mal tourné.

Des utilisations de CRISPR sur l'homme prévues dans les prochains mois

Si Hervé Chneiweiss évoque l'urgence de créer un groupement international pour orienter l'utilisation des méthodes de manipulation du génome, c'est aussi parce que l'utilisation de la méthode CRISPR sur l'homme est une réalité. En août, une équipe dirigée par l'oncologiste Lu You, de l'université de médecine de Chengdu dans la province du Sichuan, a annoncé qu'elle allait prochainement utiliser la technique du CRISPR pour des patients atteint d'un cancer du poumon et pour lesquels, la chimiothérapie, la radiothérapie a échoué. Et aux Etats-Unis, en juin, un panel consultatif du National Institute of Health s'est prononcé en faveur de l'utilisation de la technologie du CRISPR. Des chercheurs de l'Université de Pennsylvanie comptent utiliser cette technique sur les personnes atteintes de mélanome, sarcome ou myélome, trois types de cancers. Ils espèrent pouvoir le faire à la fin de l'année au plus tôt.

Des réunions internationales prévues pour définir un cadre éthique

Pour réfléchir au niveau international aux questions d'éthiques posées à la recherche biomédicale par les nouvelles technologies d'édition du génome, l'Inserm a pris l'initiative de lancer en mars une réunion regroupant des experts venant de toute l'Europe pour définir un cadre éthique concernant la technologie du CRISPR. Le comité d'éthique de l'Inserm a ainsi publié en février 2016 une note sur les questions éthiques posées à la recherche biomédicale par les nouvelles technologies d'édition du génome.

Le Comité d'éthique de l'Inserm prévoit une nouvelle réunion, mardi 1er novembre à Buenos Aires, dans le cadre du Congrès du forum international de bioéthique des organismes de recherche, avec des experts venant d'Amérique latine. "Elle portera sur les implications  des techniques de l'édition du génome sur l'homme", explique le président du Comité d'éthique de l'Inserm.

En 2017, l'Inserm prévoit également une réunion en Afrique. Le continent est particulièrement concerné par la manipulation du génome. En Afrique, la réflexion tourne notamment autour de la possibilité de modifier génétiquement les moustiques avec la méthode du CRISPR, afin de les rendre résistants au paludisme pour que leur descendance devienne résistante à son tour.

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Commentaires
a écrit le 27/10/2016 à 19:36 :
Quand on voit les c....ries que peuvent dire certains experts, on peut se poser des questions. Et cela dans tous les domaines.
a écrit le 27/10/2016 à 17:17 :
Merci pour cet article et ils ont entièrement raison, plus de gens seront intégrés à ce processus moins ils auront de risques de se planter.

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