"Comment appliquer les nouvelles biotechnologies et comment en débattre ?" Tel était le thème d'une audition publique au Sénat, jeudi 27 octobre, à laquelle étaient conviés une trentaines de sénateurs et de députés. Une vingtaine de scientifiques étaient également présents pour faire part de leur expertise et avis sur la progression de l'édition génomique. Cette audition est censée mener à la naissance d'un débat public sur le sujet en France, à commencer par le Palais du Luxembourg et le Palais Bourbon.
Interrogé lors de l'audition, Hervé Chneiweiss, président du Comité d'éthique de l'Institut national de la santé et de la recherche (Inserm), a plaidé pour la création d'un groupement international d'experts sur l'édition du génome.
Pour rappel, les méthodes de manipulation du génome, telles que le CRISPR (ciseau moléculaire), consistent à couper une partie de l'ADN et remplacer le ou les gènes qui font défaut par un autre gène sain, ou à les modifier. Elle peut potentiellement permettre de soigner des cancers ou encore guérir des maladies génétiques.
Selon Hervé Chneiweiss, les risques induits par cette technique d'édition génomique traduisent la nécessité de créer un Groupe d'experts intergouvernemental sur le sujet:
Car, mal réalisée, cette édition du génome peut mener à l'altération de gènes qui n'étaient pas ciblés au départ, ou même à leur suppression. Ainsi, en 2002, un petit garçon avait développé une leucémie suite à une thérapie génique ayant mal tourné.
Si Hervé Chneiweiss évoque l'urgence de créer un groupement international pour orienter l'utilisation des méthodes de manipulation du génome, c'est aussi parce que l'utilisation de la méthode CRISPR sur l'homme est une réalité. En août, une équipe dirigée par l'oncologiste Lu You, de l'université de médecine de Chengdu dans la province du Sichuan, a annoncé qu'elle allait prochainement utiliser la technique du CRISPR pour des patients atteint d'un cancer du poumon et pour lesquels, la chimiothérapie, la radiothérapie a échoué. Et aux Etats-Unis, en juin, un panel consultatif du National Institute of Health s'est prononcé en faveur de l'utilisation de la technologie du CRISPR. Des chercheurs de l'Université de Pennsylvanie comptent utiliser cette technique sur les personnes atteintes de mélanome, sarcome ou myélome, trois types de cancers. Ils espèrent pouvoir le faire à la fin de l'année au plus tôt.
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Pour réfléchir au niveau international aux questions d'éthiques posées à la recherche biomédicale par les nouvelles technologies d'édition du génome, l'Inserm a pris l'initiative de lancer en mars une réunion regroupant des experts venant de toute l'Europe pour définir un cadre éthique concernant la technologie du CRISPR. Le comité d'éthique de l'Inserm a ainsi publié en février 2016 une note sur les questions éthiques posées à la recherche biomédicale par les nouvelles technologies d'édition du génome.
Le Comité d'éthique de l'Inserm prévoit une nouvelle réunion, mardi 1er novembre à Buenos Aires, dans le cadre du Congrès du forum international de bioéthique des organismes de recherche, avec des experts venant d'Amérique latine. "Elle portera sur les implications des techniques de l'édition du génome sur l'homme", explique le président du Comité d'éthique de l'Inserm.
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En 2017, l'Inserm prévoit également une réunion en Afrique. Le continent est particulièrement concerné par la manipulation du génome. En Afrique, la réflexion tourne notamment autour de la possibilité de modifier génétiquement les moustiques avec la méthode du CRISPR, afin de les rendre résistants au paludisme pour que leur descendance devienne résistante à son tour.
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