Les fonds d'investissement et les laboratoires pharmaceutiques ont investi plus de 700 millions de dollars entre 2011 et 2016 dans les solutions thérapeutiques basées sur le microbiote, des milliards de microbes protégeant l'organisme. Et deux levées de fonds de 12 et 24 millions d'euros par les biotechs DayTwo et BiomX, viennent d'être annoncées par Seventure Partners, un des principaux financeurs du secteur. La surabondance ou le manque de certaines espèces de bactéries ou de champignons est lié à de...
Si les biotechs s'y intéressent depuis le début des années 2010, les investissements des fonds de capital-risque et des fonds des laboratoires pharmaceutiques ont crû fortement à partir de 2014. Dernière preuve de l'engouement des investisseurs: la startup israélienne DayTwo (aidant à réguler le microbiote pour prévenir les maladies métaboliques) a levé 12 millions d'euros auprès Health for Life Capital (branche de Seventure Partners) qui se revendique "premier véhicule mondial finançant l'innovation dans le microbiote") et Johnson & Johnson. Une autre société israélienne, BiomX, qui restaure le microbiote, a levé 24 millions d'euros toujours auprès de Health for Life Capital et Johnson & Johnson, mais également auprès de Takeda et de la société biopharmaceutique Orbimed, a annoncé Seventure Partners, mercredi 7 juin.
"On pense que le microbiote va générer des plus-values. Le domaine croit plus vite que ce qu'on attendait", explique àLa TribuneIsabelle de Crémoux présidente du fonds d'investissement Seventure Partners.
Plus de 700 millions de dollars pour les thérapies basées sur le microbiote
Les maladies gastro-intestinales représentent à elles seules 36% de ces investissements. Le rôle du microbiote intestinal (flore intestinale) dans ses pathologies fait partie des axes de recherche les plus avancés.
"Le microbiote intestinal est le plus important de tous, car il représente deux à dix fois le nombre de cellules qui constituent le corps humain",rappelle l'Inserm.
Ce qui en clair a poussé les chercheurs à se focaliser dans un premier temps sur cet organe faisant progresser rapidement les connaissances autour de celui-ci. Parmi les sociétés travaillant dans le microbiote et les maladies gastro-intestinales, on retrouve les français Eligo (qui crée des antibiotiques intelligents qui ne déséquilibrent pas le microbiote) et Enterome. Ce dernier a levé 56 millions d'euros pour ses recherches dans le microbiote et les solutions thérapeutiques, dont 14,5 millions d'euros de Nestlé Health Science l'année dernière.
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Premiers pas en oncologie, aire thérapeutique prometteuse
Enterome travaille également en immuno-oncologie et s'est associé à BMS en novembre 2016 dans cette aire thérapeutique. En clair, la société française travaille sur la stratification des patients selon leur microbiote pour déterminer des biomarqueurs pour les nouveaux anticancéreux de BMS en immunothérapie (stratégie activant les défenses immunitaires contre les tumeurs), des traitements prometteurs auxquels les patients répondent très différemment. Il s'agit de déterminer quels patients seront les plus sensibles à ses traitements. L'oncologie ne représente que 7% des investissements privés aujourd'hui, mais "la R&D en est à ses débuts, cela va croître à l'avenir", selon Isabelle de Crémoux.
Parmi les autres aires thérapeutiques qui bénéficient d'importants investissements, on retrouve le Clostridium difficile, une bactérie qui entraine des infections et des troubles de la digestion, avec 162 millions de dollars investis entre 2011 et 2016. On retrouve la société qui a levé le plus de fonds, Seres Therapeutics. Elle développe des traitements oraux pour prévenir de l'arrivée du Clostridium difficile. Rebiotix quant à lui réalise des transplantations de microbiote pour contre les infections dues à cette bactérie.
Néanmoins, la greffe de microbiote est une pratique courante. Dans le détail, on greffe le microbiote d'une autre personne sur le malade pour l'équilibrer et apporter des effets bénéfiques pour la santé, ce que fait Rebiotix, mais aussi MaaT Pharma outre l'oncologie.
"Ces techniques sont en phase III, pour la plupart, mais sont déjà utilisées largement au sein des hôpitaux en accord avec le patient. Les industriels cherchent à obtenir l'autorisation pour industrialiser cette pratique sans avoir besoin de demander l'aval des patients", analyse Isabelle de Crémoux.
Les États-Unis en première ligne
Parmi les sociétés les mieux financées, on retrouve une majorité de sociétés américaines, puis des sociétés françaises, avant les biotechs japonaises ou israéliennes, qui commencent à émerger. La dirigeante de Seventure Partners estime que les États-Unis "sont largement avantagés en raison des importantes sommes injectées dans la recherche académique et par les investisseurs privés". Washington a investi pas moins de 500 millions d'euros dans un projet de recherche dédié au microbiote, l'année dernière.
En France, le secteur est boosté par l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) "dans le top 3 mondial de la recherche académique dans ce domaine", avance-t-elle. Meilleur exemple du poids de l'institution: la création d'Enterome, le numéro 1 français du microbiote dans la recherche thérapeutique en termes de capital, fondé en 2008, est une société issue de l'institution et s'appuyant sur des recherches de l'Inra. Ce dernier a également contribué à la levée de fonds de dix millions d'euros réalisée par MaaT Pharma en 2016.