Pourquoi les groupes agroalimentaires comptent beaucoup sur le microbiote

Juliette Boulay

Juliette Boulay
Notre microbiote intestinal nous rend-il obèse ? C'était l'une des questions posées lors du dernier congrès de la Société francophone du diabète, en mars dernier. La communauté scientifique n'est d'ailleurs pas la seule à s'intéresser à cet ensemble de micro-organismes présents naturellement dans les intestins. De plus en plus de groupes agroalimentaires et pharmaceutiques suivent avec attention les publications des chercheurs sur le sujet, et n'hésitent pas à investir. Car le microbiote joue un rôle significatif sur l'efficacité du système immunitaire, le fonctionnement de l'appareil digestif et même celui du cerveau. Insérés dans des yaourts ou des compléments alimentaires, ces micro-organismes pourraient être utilisés pour prévenir certaines maladies cardio-vasculaires, le diabète ou encore l'obésité.
Il ne s'agit cependant pas d'élaborer des produits qui se substitueraient aux médicaments. Au contraire, les compléments alimentaires, les aliments enrichis ou encore les denrées destinées à une alimentation particulière (DDAP) devraient intervenir soit en amont, pour prévenir certaines pathologies, soit en accompagnement d'un traitement médical.
Ainsi, des personnes prédiabétiques pourraient, à terme, consommer des produits contenant des micro-organismes qui rééquilibreraient leur flore intestinale et repousserait le diabète. C'est l'un des objets de recherche de la startup Valbiotis, qui a même l'ambition de faire certifier les effets de son complément alimentaire sur la santé auprès de l'Autorité européenne de sécurité des aliments. De son côté, Danone se penche sur la corrélation entre prévention des maladies cardio-vasculaires et consommation régulière de yaourt.
Pour les patients, mais aussi les groupes agroalimentaires, la recherche dans le microbiote est donc un enjeu de taille. "Un enjeu de santé publique", affirment même Danone et Tereos. Ces entreprises multiplient donc les partenariats avec des laboratoires et des instituts de recherche spécialisés. Elles ont par exemple investi aux côtés du producteur de levures Lesaffre dans le fonds Health for Life Capital, géré par la société Seventure Parnters. Au total, 50 millions d'euros ont été placés dans ce fonds dédié aux sciences de la vie pour financer en partie des startups spécialisées dans le développement de denrées alimentaires censées pallier les déséquilibres nutritionnels.
Le but : "toujours mieux comprendre l'impact des ingrédients que nous fabriquons sur la santé", explique Anne Wagner, directrice Recherche et développement chez Tereos.
Chez Danone, Christine M'Rini, directrice R&D Sciences de la Vie pour la division produits laitiers frais de Danone, assure que "mieux comprendre le microbiote est la base du produit du futur".
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Reste à savoir la forme que prendront ces produits. Si l'industrie pharmaceutique mise sur des compléments alimentaires dont l'aspect rappelle les médicaments, Danone parie sur les aliments.
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"Il faut donner de l'importance à l'usage, au goût, produire des aliments très sains qui soient à la fois bons pour la santé et agréables à manger". Ce faisant, avec ses produits fermentés, Danone aurait "beaucoup plus de potentiel que l'industrie pharmaceutique qui aborde la nutrition via la pilule", conclut le docteur M'Rini.
Juliette Boulay