Sous la menace, Medivation accepte de discuter avec Sanofi

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L'hostilité entre la direction de Medivation et Sanofi a pris fin.
L'hostilité entre la direction de Medivation et Sanofi a pris fin. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
La biotech américaine refuse l'offre de rachat de 10 milliards de dollars de Sanofi. Mais elle a accepté de signer un contrat de confidentialité avec le géant pharmaceutique français qui menaçait de faire démettre sa direction. Ce dernier se retrouve en bonne position dans la course au rachat de cette pépite en oncologie, également convoitée par Amgen et Pfizer.

Un énième refus mais avec un goût beaucoup moins amer. La biotech américaine Medivation, spécialisée dans les anticancéreux, a dit non à la nouvelle offre de rachat de la big pharma française. Après avoir laissé inchangée une offre à 9,3 milliards de dollars entre avril et juin (52,50 dollars par action), Sanofi venait de la porter à 10 milliards de dollars.

Sanofi ne parvient toujours pas à s'emparer de Medivation, mais a réussi à mettre fin aux hostilités avec la direction de la biotech américaine. Celle-ci a accepté de signer un accord de confidentialité avec le groupe français, mardi 5 juillet.

Trois mois de pressions sur la direction

Pour rappel, Medivation refusait depuis avril toutes discussions avec le géant pharmaceutique. Après en avoir brandi la menace pendant plusieurs semaines, Sanofi avait alors déposé un dossier auprès du gendarme boursier américain afin de pouvoir demander aux actionnaires de Medivation de forcer la direction de la biotech américaine à partir, et de remplacer chaque membre du Conseil d'administration de Medivation. Sanofi avait même annoncé une liste de candidats potentiels.Une procédure de révocation de la direction par les actionnaires possible dans le Delaware.

Et pour justifier cette menace, le groupe français avançait qu'en refusant de négocier avec lui, la direction de Medivation agissait contre les intérêts de ses propres actionnaires...

La direction de Medivation a cédé sous la pression

Le conseil d'administration de Medivation a donc fini par céder. Kim Blickenstaff, président de la biotech américaine depuis 2005, déclare d'ailleurs dans le communiqué de la société: "Medivation a une valeur rare [...] et génère des retours financiers exceptionnels pour nos actionnaires. La direction s'engage à examiner toutes les voies pour améliorer la capacité de Medivation à délivrer de la plus-value. Notre décision de signer cet accord est cohérente avec notre focalisation sur l'intérêt de nos actionnaires."

En échange, Sanofi renonce à sa tentative de renverser le conseil d'administration de Medivation.

Et maintenant ?

Medivation estime certainement pouvoir obtenir une offre supérieure. L'offre de Sanofi, de 58 dollars par action, est en deçà du cours actuel du titre. Suite à l'annonce de Sanofi, il grimpait encore de 2,73% mardi, atteignant les 61,76 dollars.

Medivation le répète dans son communiqué: il est convaincu que son pipeline et son blockbuster, le Xtandi, un traitement contre le cancer de la prostate, représentent une très grande valeur sur le marché, sous-entendant qu'il attend une somme plus élevée pour une éventuelle acquisition. Le Xtandi a généré environ 1,9 milliard de dollars de chiffre d'affaires en 2015, (+69% sur un an), et ses revenus devraient encore gonfler cette année.

Les déclarations de Sanofi ces dernières semaines ont conforté Medivation dans sa position exigeante. "L'acquisition de Medivation est une priorité pour Sanofi et "nous sommes déterminés à y procéder". Le groupe français expliquait lors de l'annonce de ses résultats 2015, que l'oncologie représente une activité "importante sur le long terme pour sa future croissance".

Or s'il parvenait à racheter Medivation, il obtiendrait un retour "positif immédiat" sur son chiffre d'affaires, notamment grâce au Xtandi. Par ailleurs, si Sanofi n'est pas seul en course, les candidats sérieux se précisent. Medivation aurait signé un accord de confidentialité avec les Américains Amgen et Pfizer. Ce dernier, à la recherche de création de valeur ne devrait rien lâcher après l'échec du rachat d'Allergan. Medivation espère qu'en dévoilant ses comptes à ses trois géants pharmaceutiques, il obtiendra le meilleur prix.

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Commentaires
a écrit le 06/07/2016 à 14:53 :
Il n'y a guère de suspens... le marché des pharma est un subtil partage entre grands acteurs qui dealent leurs zones d'influence pour maintenir le prix des médicaments le plus élevé possible. Les créations de biotechs américaines correspondent à des parts de marché que l'on achète. Elles sont donc toutes destinées à fusionner avec d'autres entités. Pour maintenir leur niveau de profit les gouvernement revoient le rôle des intermédiaires : médecins, hôpitaux, pharmaciens. En effet ces derniers sont pour le moment locaux, ils ne projettent rien, les pharmaceutiques, oui. En France nous devons prendre la mesure du regroupement des "Healths" américaines aussi bien dans l'assurance, les soins, que les matériels pour constituer des ensembles capables de conquérir des marchés. Devant cette inertie, les petites concessions données à Sanofi font figure de goutte d'eau, ce qui ne peut nous satisfaire réellement.

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