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Prix des carburants : la faute aux marges des pétroliers ?

Stanislas Jourdan

Publié le 29 novembre 2011 à 14:54

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Une étude de l'Association nationale de consommateurs et usagers (CLCV) s'inquiète de l'augmentation des marges des raffineurs et distributeurs de carburants, et préconise des mesures pour les limiter.

La conclusion de l'étude du CLCV sur le prix des carburants n'étonnera pas grand monde : l'industrie pétrolière a bel et bien augmenté ses marges depuis 10 ans. Profitant notamment du choc pétrolier de 2008, les marges "aval", qui concernent les activités de raffinerie et de distribution, ont augmenté de 34% pour le sans-plomb 95, et 76% pour le gazole, entre 2001 et octobre 2011.

Ces fortes augmentations ont surtout profité aux raffineurs, qui ont presque triplé leur marge sur le gazole et l'ont augmentée de 50% sur le sans plomb, tandis que les distributeurs, malgré la forte concentration du secteur, n'ont pu accroître leur marge "que" d'environ 30% sur les deux carburants étudiés.

Un taux de marge stable depuis 10 ans

Si la réalité de ces augmentations ne fait pas de doute, il faut toutefois en relativiser l'importance. Car, en pourcentage du prix du baril brut, les taux de marge des distribueurs ont en réalité diminué de moitié, passant de 40% en 2001 à environ 20 % en 2011. Même phénomène pour les marges des raffineurs, qui ont fondu de 25% depuis 2001, atteignant leur niveau le plus bas en 2011 avec seulement 11,6% de taux de marge par rapport au baril.

Par ailleurs, l'augmentation des marges a finalement peu de répercussions sur le prix final, puisqu'elles ne constituent en tout que 12% du prix final du gazole et environ 9% du prix du sans-plomb. Des taux d'ailleurs à peu près stable depuis 10 ans comme le témoigne ce graphique :

"C'est bien là le problème !" proteste Thierry Saniez, responsable du baromètre des prix du carburant de l'association de consommateur. Selon lui, les pétroliers n'ont pas à aligner leurs marges sur le prix du baril. "Que le baril soit à 50 ou à 100 dollars, leurs coûts de production restent à peu près les mêmes. Cette répercution des prix est donc illégitime" explique-t-il.

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Il est vrai qu'en se penchant sur l'évolution de la composition du prix du carburant hors prix du baril, on observe une hausse de 30% pour le gazole et de 15% pour le sans-plomb 95. Cela dit, l'Etat est également coupable de cette hausse, puisque les taxes ont augmenté de 22% et 14% sur cette période.

Effet d'aubaine ou manque de concurrence ?

S'il est clair que l'année 2008 a été marquée par un fort effet d'aubaine de la part des raffineurs, qui ont soudainement augmenté leur marge de 400% avec la flambée du baril, d'autres raisons plus structurelles expliquent la situation.

L'association évoque notamment la concentration du secteur de la distribution. Elle expliquant dans son communiqué : "la densité du réseau s'étant divisé par plus de trois en trente ans il est possible que des positions dominantes se soient créées localement sur des zones de chalandises. La concentration ancienne de la distribution de fioul domestique explique aussi un niveau de marge plus élevé que la moyenne".

En ce qui concerne les marge au niveau du raffinage, le CLCV invoque également "un sous-investissement des groupes pétroliers dans le raffinage en Europe" qui serait selon elle "largement responsable de cette tension sur la marge".

"Les professionnels doivent s'expliquer"

Face à cet état de fait, l'association joue son rôle de lobbyiste. "Il faut sensibiliser les pouvoirs publics et la population sur le fait qu'il y a des marges de manoeuvre" explique Saniez qui rappelle que seulement 30% du prix du carburant est directement imputable au prix du baril. "Les 70% restants, ce sont les taxes et les marges. Or, on peut jouer sur ces variables !", argumente Saniez.

Dans son communiqué, l'association de défense des consommateurs et usagers préconise plusieurs mesures pour limiter l'impact de l'augmentation du baril sur les consommateurs : "Les professionnels doivent s'expliquer sur leur hausse structurelle et envisager une baisse. A tout le moins, ils pourraient s'engager à restreindre cette marge quand le prix du baril est élevé (au-delà de 100 dollars par exemple). Les autorités de la concurrence pourraient également étudier si la diminution du nombre de stations-services n'a pas créé des positions dominantes sur certaines zones de chalandise."

"Le marché du fioul, historiquement plus concentré, mériterait aussi l'attention des autorités de la concurrence." indique le communiqué.

L'association milite aussi pour le principe d'une taxe modulable, dont le taux baisserait à mesure que le baril augmente, de manière à adoucir la hausse du prix du carburant pour les consommateurs. Une TIPP flottante a d'ailleurs déjà été mis en place en France, entre 2001 et 2002.

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D'autant que, pour beaucoup de Français, la facture d'essence est une "dépense contrainte" souligne le CLCV. Quelque soit le prix du carburant,de nombreuses personnes ont besoin de prendre leur voiture, ne serait-ce que pour se rendre à leur lieu de travail. "C'est pourquoi il faut intervenir", conclut Thierry Saniez.

Cliquer ici pour consulter le baromètre carburants du CLCV

Stanislas Jourdan

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