Aramco : le conseil d'administration juge une introduction en Bourse à New York trop risquée

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Le 7 mars 2018, Khaled al-Faleh, ministre du pétrole saoudien et Pdg de Saudi Aramco, arrive à Londres avec d'autres dignitaires alors que le prince héritier Mohammed bin Salman rencontre le Premier ministre britannique Theresa May à Downing Street.
Le 7 mars 2018, Khaled al-Faleh, ministre du pétrole saoudien et Pdg de Saudi Aramco, arrive à Londres avec d'autres dignitaires alors que le prince héritier Mohammed bin Salman rencontre le Premier ministre britannique Theresa May à Downing Street. (Crédits : Simon Dawson)
Le prince héritier saoudien espèrait jusqu'ici obtenir une valorisation de la compagnie pétrolière à 2.000 milliards de dollars, c'est pourquoi la perspective de la mise sur le marché de 5% du capital est estimée à 100 milliards de dollars... Donald Trump lui-même pousse pour que l'introduction se déroule à New York, qui était le premier choix de l'Arabie saoudite. Mais les responsables saoudiens estiment que la procédure d'IPO à New York et ses règles complexes pourraient légalement altérer la souveraineté du royaume, et militent pour une révision à la baisse des ambitions et... une autre place de marché.

Le conseil d'administration de Saudi Aramco juge qu'une cotation à New York du géant pétrolier saoudien comporte trop de risques juridiques pour être envisagée, ont déclaré cinq sources proches du dossier à Reuters, ajoutant cependant que la décision finale reviendra au prince héritier Mohamed ben Salman.

En raison des liens historiques entre l'Arabie et les États-Unis, Mohamed ben Salman penchait pour New York avant que le projet d'introduction en Bourse (IPO) d'Aramco ne soit gelé l'an dernier, ont dit les sources, quand bien même des avocats de la compagnie pétrolière et certains conseillers avaient déjà soulevé ces problèmes juridiques.

New York permet d'avoir accès à la plus importante communauté d'investisseurs au monde, un élément essentiel pour une entreprise qui espère lever jusqu'à 100 milliards de dollars (90 milliards d'euros) via cette opération, un montant qui pourrait s'avérer difficile à atteindre sur d'autres places financières.

Le président américain Donald Trump a lui-même exhorté l'Arabie à choisir Wall Street.

Selon une source informée de ce projet d'IPO, le conseil d'administration d'Aramco, composé de ministres et de dirigeants de la compagnie, est parvenu, à l'issue d'une réunion ce mois-ci, à la conclusion selon laquelle une cotation aux États-Unis ne sera pas envisagée "sauf si Aramco obtient une immunité souveraine la protégeant de toute procédure juridique".

"C'est bien sûr difficile voire impossible à obtenir", a dit cette source.

Le projet de mise sur le marché de 5% du capital d'Aramco est un élément central du plan Vision 2030 élaboré par Mohamed ben Salman pour transformer l'Arabie saoudite en réduisant sa dépendance au pétrole.

Vers un projet plus réaliste

Le prince héritier espère obtenir une valorisation de la compagnie à 2.000 milliards de dollars mais ce montant est jugé trop ambitieux aussi bien par certains responsables saoudiens que par des banquiers.

Le choix d'écarter New York de la course et une révision à la baisse de la taille de l'opération indiqueraient que les technocrates au sein d'Aramco et du gouvernement saoudien militent en faveur d'un projet plus réaliste, ont dit les sources.

Cette IPO, qui était initialement prévue en 2017, suscite la convoitise des Bourses de New York, Londres, Hong Kong et Tokyo. Le groupe vise une double cotation, en Arabie saoudite et à l'étranger.

Les responsables saoudiens estiment cependant que la procédure d'IPO à New York et ses règles complexes pourraient légalement altérer la souveraineté du royaume, qui entend rester un actionnaire majeur avec probablement une participation de 95%.

"La cotation à New York n'est plus une option", a déclaré une source du secteur proche du processus d'IPO.

Ryad et Londres font désormais figure de favoris, avec une cotation uniquement saoudienne dans un premier temps avant une autre à l'international ultérieurement, ont dit quatre sources.

Selon trois sources, une cotation d'Aramco à Wall Street exposerait l'Arabie saoudite à la loi Jasta ("Justice Against Sponsors of Terrorism Act"), qui autorise des plaintes contre un Etat pour des attentats commis contre des intérêts américains.

Changement climatique

Cette loi ouvre ainsi la voie à des procédures contre l'Arabie saoudite de la part de ceux qui la mettent en cause pour les attentats du 11 septembre 2001. Ryad dément toute responsabilité dans ces attaques, commises par un commando composé en majorité de Saoudiens.

Le royaume pourrait aussi être confronté à la menace d'un projet de loi baptisé Nopec ("No Oil Producing and Exporting Cartels Act"), visant à permettre des poursuites contre les pays étrangers accusés d'entente pour limiter les approvisionnements en pétrole et fixer les cours.

Aramco pourrait enfin être concernée par les procédures judiciaires en cours aux Etats-Unis contre des compagnies pétrolières accusées de favoriser le changement climatique, ont indiqué les sources.

Priée de dire si le projet de cotation à New York était abandonné, Aramco a déclaré dans un communiqué qu'elle "continuait de discuter avec son actionnaire sur les activités de préparation à l'IPO". "L'entreprise est prête et le moment (de l'opération) dépendra de la conjoncture du marché et celui choisi par l'actionnaire", a-t-elle dit.

Le processus d'IPO a été suspendu pour permettre à Saudi Aramco de finaliser la prise de contrôle du groupe de pétrochimie Saudi Basic Industries (Sabic) et l'opération devrait désormais intervenir en 2020 ou début 2021.

Aramco a déjà demandé aux grandes banques internationales de soumettre leurs propositions en vue d'éventuellement décrocher un rôle dans le projet d'IPO, selon deux sources proches du dossier. Elles seront invitées à défendre leurs plans début septembre à Londres, a dit l'une des deux sources.

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Commentaires
a écrit le 02/09/2019 à 20:00 :
Aux yeux de la loi islamique et selon les hadiths de Mahomet, cette introduction est illégale, car les éventuels acheteurs ne peuvent pas toucher le produit, le voir et connaitre son prix.
a écrit le 01/09/2019 à 21:23 :
Tant que l'arabie saoudite se contentait de peser sur la politique régionale par le soft power de sa puissance financière, investir dans Aramco était sans danger politiquement et financièrement parlant.

On n'en est plus là. MBS a acquis le réputation mondiale d'un despote sanguinaire et l'Arabie conduit et participe a des massacres de civils à l'extérieur de ses frontières.

Aramco est devenu une cible stratégique pour les ennemis de l'AS, toujours plus nombreux et plus déterminés.
L'Arabie Saoudite elle même commence à connaître l'instabilité politique du fait de la politique inique du prince, ce qui ne permet plus d'écarter la possibilité d'une révolution de palais.

Pour autant MBS ne peut pas non plus repousser la privatisation partielle, il en a absolument besoin pour dégager les fonds nécessaires à la diversification de son économie. Les précédentes tentatives de levées de fond ont été décevantes et les prochaines seront encore plus difficiles.
a écrit le 31/08/2019 à 11:06 :
Quand on voit la valorisation des majors pétrolières aujourd'hui, ce n'est pas très brillant (depuis vingt ans, elles valent la même chose). La forte valorisation d'Aramco ne vaut que par sa taille et sans doute pas par ses qualités intrinsèques; ce qui est déjà un problème en soi pour les saoudiens.
a écrit le 31/08/2019 à 9:19 :
L'entreprise la plus rentable au monde!... La poule aux œufs d'or! Le rêve, quoi!
Réponse de le 31/08/2019 à 11:51 :
Ce n'est pas l'entreprise la plus rentable au monde mais la plus importante par la taille et le chiffre d'affaires, nuance.
a écrit le 30/08/2019 à 18:23 :
Si l'IPO est réalisée à Ryad, aucun intérêt. Si l'IPO est réalisé à New York, Londres, il va falloir fournir des documents financiers inattaquables afin de calculer la rentabilité effective et c'est là où le bât blesse, et non pas toutes les autres excuses (Nopec and so on).
Le cours de Aramco est lié essentiellement au cours du brut. Si on veut investir dans le secteur "production de brut" et prix: il y a des ETF, c'est plus simple.
Cordialement

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