Electricité : l'Europe divisée sur la réforme du marché européen...tout comme sur le nucléaire

Réunis pendant trois jours à Amiens, les 27 ministres européens de l’Énergie sont prêts à réfléchir à des pistes de réforme du marché de détail de l’électricité. Mais très prudemment. La volonté de la France de réformer en profondeur le marché européen de l’électricité n'a pas convaincu. D'autant que la réunion a été le théâtre des oppositions en Europe sur la question du nucléaire.

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Les consommateurs française ne profitent pas du prix de revient relativement compétitif de l'énergie nucléaire.
Les consommateurs française ne profitent pas du prix de revient relativement compétitif de l'énergie nucléaire. (Crédits : Frederic Paulussen)

La réforme du marché de l'énergie est-elle le nouveau serpent de mer européen ? Selon la présidence française de l'Union européenne, « une majorité de pays européens » travaillent sur des « pistes de réflexion » afin de mieux réguler le marché de détail de l'électricité.

Les consommateurs européens sont en effet frappés de plein fouet par une hausse sans précédent des prix de l'électricité, sans en comprendre d'ailleurs les raisons. C'est particulièrement le cas en France où notre parc nucléaire est sensé produire de l'énergie à bon marché au bénéfice des consommateurs. C'est du moins la promesse fait depuis le lancement du programme nucléaire en France dans les années 70.

« Il y a un consensus sur le fait qu'un marché intégré rend d'immenses services. Il y a aussi une majorité d'États qui considère qu'il faut le faire évoluer, en particulier sur le marché de détail », a ainsi indiqué, samedi, la ministre française de la Transition écologique, Barbara Pompili, à l'issue d'une réunion de trois jours avec ses homologues à Amiens.

« La Commission européenne a pris en compte ces pistes : par exemple l'accès pour les consommateurs à des prix fixes sur une plus longue durée, la protection contre les défaillances de fournisseurs, ou encore des règles plus strictes sur le stockage du gaz », a précisé la ministre.

La question des prix de l'énergie pour les consommateurs a fait l'objet d'une session de travail spécifique samedi, au dernier jour de cette rencontre informelle des ministres de l'Energie de Vingt-Sept, alors que les cours du gaz et de l'électricité s'envolent depuis l'automne.

Urgent d'attendre

Toutefois, les Vingt-Sept comme d'ailleurs la Commission européenne, temporisent dans l'attente de la publication du rapport de l'Agence de coopération des régulateurs de l'énergie (ACER), attendu en avril.

La France soutient l'idée d'une réforme plus structurelle du marché européen de l'électricité, où les prix de gros s'alignent aujourd'hui sur ceux du gaz. Un mécanisme jugé « obsolète » par Paris, qui voudrait que ses citoyens bénéficient plus directement des coûts bas de la production nucléaire. Barbara Pompili a ainsi réaffirmé, mais prudemment, la volonté française que les prix reflètent mieux la production de chaque pays, mais sans pour autant remettre en cause l'architecture globale du marché.

Problème, cette initiative française n'est guère soutenue en Europe. La Commission européenne elle-même se montre très réservée sur une réforme en profondeur du marché de l'électricité qui a, selon elle, « rendu service à l'Europe ».

« Nous sommes en train d'analyser si le système peut être amélioré et comment », a simplement commenté Kadri Simson, commissaire l'Énergie, présente à Amiens. Elle estime d'ailleurs que les outils permis par Bruxelles (aides, abattement fiscaux...) pour répondre, de manière conjoncturelle, à une flambée des prix, sont un « point de référence » des interventions publiques sans « distorsion de concurrence ». Le débat ne fait donc que commencer.

Toujours divisé sur le nucléaire

Même si le sujet n'était pas officiellement au programme de la réunion, l'intention de Bruxelles de considérer le nucléaire comme une énergie « durable» dans le classement européen des investissements verts (taxonomie) a continué de susciter des remous en Europe. Les « anti » nucléaire, Autriche et Luxembourg, menacent même une action en justice contre l'inclusion du nucléaire (ou du gaz) dans les énergies plus ou moins vertes. Berlin a également manifesté son désaccord.

Les Vingt Sept avaient jusqu'à vendredi minuit pour réclamer des modifications à la Commission, avant qu'elle ne publie le texte définitif. Celui-ci sera considéré adopté après quatre mois, sauf rejet par une majorité simple au Parlement européen ou par une majorité qualifiée de 20 États.

La France a confirmé samedi avoir transmis sa contribution, réaffirmant sa volonté que le nucléaire soit considéré énergie bas carbone,  tout en demandant des aménagements sur des contraintes qui pourraient compliquer le recours à l'atome.

La Pologne, également partisane du nucléaire, réclame des clarifications sur les contraintes de la taxonomie pouvant rendre difficile la mise en œuvre de centrales dans le pays. Au total, une douzaine de pays soutiennent le nucléaire en Europe. Les opposants au nucléaire estiment de leurs côté que l'inclusion du nucléaire dans les énergies durables pourrait miner la crédibilité de la taxonomie.

(avec AFP)

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Commentaires 14
à écrit le 24/01/2022 à 8:06
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D'ailleurs on devrait l’appeler UED au lieu de UE, Union européenne divisée.

à écrit le 24/01/2022 à 2:25
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C'est quoi ce pays Luxembourg entrez qvec des chars la bas et changer leur drapeaux avec celes de la France.

à écrit le 23/01/2022 à 20:29
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c'est sur, les francais ne comprennent pas!!!!!!!!!!!! les socialistes et les ecolos ont annonce qu'ils allaient sauver la planete ' sans que ca coute rien a personne', avec de l'electricite ' fabriquee par personne'........en Allemagne ou y a plus d...

à écrit le 23/01/2022 à 16:42
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Il est assez triste de voir que l'Allemagne qui a une des électricités les plus polluantes d'Europe, fait la loi à Bruxelles. C'est la prime au pollueur. En 2021 le charbon a été la première source d'électricité allemande représentant plus de 27% de...

à écrit le 23/01/2022 à 16:26
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Le blackout massif au niveau europeen est dans les tuyaux, ils vont finir par y arriver. Et là, il y a aura plusieurs centaines de milliers de mort: les hopitaux n ont pas des jours et des jours de groupes electrogenes en reserve ... Lisez le livre...

à écrit le 23/01/2022 à 10:06
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Bonjour, pour moi la solution serait : Nationalisation d’EDF Suspension des ENRi Relance d’un parc Nucléaire massif Découplage du système Européen de l’électricité au niveau des Marchés Reprise des ENRi en complément

à écrit le 23/01/2022 à 9:47
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Pendant que l'électricité coule, les ministres européens s'accordent sur les pistes... Que chaque pays gère sa production en soutenant si possible les autres.. Cette UE fédérale c'est une idéologie stérile qui va conduire à une catastrophe..

à écrit le 23/01/2022 à 9:19
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S"accorder sur des pistes de réflexions concernant la couleur de la nappe de la prochaine table de réunion étant leur principale occupation à nos 13% de confiance. Ça va les gars on se fatigue pas trop comme d'habitude ? Et vous êtes payés combien à ...

à écrit le 23/01/2022 à 9:12
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Il n'y a rien à réfléchir : On Nationalise EDF.

à écrit le 23/01/2022 à 9:01
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"Pompili a ainsi réaffirmé, mais prudemment, la volonté française que les prix reflètent mieux la production de chaque pays,". Or, avant 2015, année où la ministre Ségolène Royal a modifié le décret français définissant la méthode de calcul du tarif ...

à écrit le 23/01/2022 à 8:16
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Cette europe ne sert que le grand capital. Celle des peuples une chimere. Aucune nostalgie de m'en etre tire.

à écrit le 23/01/2022 à 6:01
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Il est urgent de reconstruire des réacteurs du modèle 70 et non des EPR qui nous ruinent et ne sont toujours pas opérationnels .

à écrit le 22/01/2022 à 21:29
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Chaque pays devrait pouvoir produire comme il lui semble sa propre énergie pour son propre peuple au tarif le plus bas (juste) et éventuellement vendre les surplus sur un marché dédié. L'inter connexion des réseaux devrait le permettre. Si ce n'est p...

à écrit le 22/01/2022 à 21:14
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Déjà ce n'est pas simple de prendre une décision seule sur un sujet aussi complexe et en si peut de temps . Alors à 27 ! On sait d'ores et déjà que cette transition sera la première marche pour un conflit de grande ampleur qui restera dans l'histoire...

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