Essence, gaz, électricité... Pourquoi les prix de l'énergie flambent

Avec la reprise économique, le prix du carburant à la pompe ainsi que les tarifs réglementés de gaz et d'électricité ont sensiblement augmenté ces derniers mois. Si le prix du pétrole devrait se stabiliser dans les mois à venir, la tendance haussière devrait, elle, se poursuivre pour le gaz et l'électricité. Explications.

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Si les prix à la pompe ont fortement augmenté en juin et en juillet dernier c'est parce qu'ils sont directement tirés par le cours du pétrole brut, qui a augmenté de quasi 100% par rapport à octobre 2020, pour évoluer ces derniers jours autour de 70 dollars le baril.
Si les prix à la pompe ont fortement augmenté en juin et en juillet dernier c'est parce qu'ils sont directement tirés par le cours du pétrole brut, qui a augmenté de quasi 100% par rapport à octobre 2020, pour évoluer ces derniers jours autour de 70 dollars le baril. (Crédits : Pixabay / CC)

A l'heure des grandes migrations estivales, la hausse des prix à la pompe ne passe pas inaperçue. Selon les derniers chiffres officiels du ministère de la Transition écologique, le litre de gazole valait 1,43 euro en moyenne la semaine dernière et celui du super sans plomb 1,58 euro. Des prix en hausse respective de 12% et 16% depuis le début de l'année.

Problème pour le porte-monnaie des ménages français, cette flambée des prix ne concerne pas uniquement les carburants. Les tarifs réglementés du gaz et de l'électricité, eux aussi, grimpent sensiblement depuis plusieurs mois. Comment expliquer cette flambée du prix de l'énergie ?

"Chaque énergie (le pétrole, le gaz et l'électricité) a sa dynamique propre mais il y a une forte corrélation entre les trois. C'est, par ailleurs, une hausse qui devrait s'inscrire dans le temps et non simplement conjoncturelle", avance Jacques Percebois, directeur du Centre de recherche en économie et droit de l'énergie.

Le cours du pétrole dopé par la reprise économique

Le pétrole d'abord. Si les prix à la pompe ont fortement augmenté en juin et en juillet dernier c'est parce qu'ils sont directement tirés par le cours du pétrole. "Aujourd'hui, on atteint en moyenne 70 dollars le baril", rappelle Jacques Percebois. Cela représente une hausse de quasi 100% par rapport à octobre 2020, où le cours du pétrole WTI, la référence américaine, était à son plus bas niveau.

"Deux principales raisons expliquent cette hausse : la reprise économique mondiale, notamment en Asie où la Chine est très demandeuse. Et, la bonne discipline des membres de l'Opep et de leurs alliés avec lesquels ils forment l'Opep+", explique l'économiste.

Après s'être déchirés sur les volumes de production pendant plusieurs semaines, les membres du cartel sont parvenus à trouver un accord le 18 juillet dernier. Ils ont ainsi décidé de rouvrir modestement les vannes de production après l'avoir drastiquement coupée l'an dernier pour faire remonter les cours.

Cette faible hausse de la production, (seulement + 400.000 barils par jour depuis août) a largement été critiquée par Washington. La semaine dernière, l'administration Biden a ainsi reproché à l'Opep+ de "ne pas en faire assez" pour fournir suffisamment le marché. Ce qui représente, selon la Maison Blanche, une menace pour la reprise de l'économie mondiale qui peine à sortir de la crise sanitaire.

Un troisième facteur contribue aussi à la hausse du cours du pétrole : la difficulté pour les Etats-Unis d'augmenter leur production au moment où Joe Biden prévoit de geler l'octroi des concessions d'hydrocarbures sur les terres fédérales, par souci climatique.

Cette hausse des prix du pétrole sera-t-elle durable ?

"Parmi les pays producteurs, aucun n'a intérêt à une envolée considérable du cours. Finalement, tout dépendra de l'hiver et de la situation sanitaire mondiale. Si la situation s'aggrave, avec la propagation du variant Delta, on peut s'attendre à une stabilisation, voire à une légère baisse du cours du pétrole", anticipe Jacques Percebois.

De son côté, l'Agence internationale de l'énergie (AIE), a révisé à la baisse son estimation de la demande mondiale pour 2021 "en raison de la détérioration de la situation sanitaire due à la progression de la pandémie".

Le gaz et l'indispensable reconstitution des stocks

Après avoir bondi de 10% en juillet, les tarifs réglementés du gaz naturel vendu par Engie en France ont continué leur envol avec une hausse de 5,3% le 1er août dernier. Comme pour les carburants, cette hausse est largement imputable à la reprise économique mondiale. Mais ce n'est pas le seul facteur.

"L'Europe doit reconstituer ses stocks. Et, traditionnellement, le stock est constitué l'été pour pouvoir répondre à la forte demande en hiver, tirée par la demande en chauffage. Or, l'hiver dernier a été très long et très froid et les stocks sont particulièrement bas", explique Jacques Percebois.

Si la demande de gaz est très forte aujourd'hui c'est aussi pour les besoins de production d'électricité, notamment en Chine, qui remplace ses centrales au charbon par des centrales au gaz. En Europe, cette demande de gaz pour la production d'électricité est directement tirée par le prix de la tonne de CO2, qui a bondi, dépassant les 50 euros alors qu'elle se négociait 25 euros il y a encore quelques mois. Or cette hausse fait augmenter la consommation de gaz pour la production d'électricité au détriment du charbon.

A ces éléments, s'ajoute "la stratégie de rétention de la Russie, qui limite ses exportations vers l'Europe", souligne l'économiste. Le géant du gaz russe Gazprom entend mettre en service son très controversé gazoduc Nord Stream 2 d'ici la fin de l'année 2021. Afin d'arriver en position de force sur le marché et bénéficier pleinement de la forte demande, l'entreprise russe limite actuellement les flux de ses autres pipelines vers l'Union européenne jusqu'à l'inauguration du nouveau gazoduc.

Mais les fortes tensions sur le marché mondial du gaz n'expliquent pas, à elles seules, la poussée tarifaire du gaz tricolore. Cette dernière est aussi alimentée par la hausse du coût des certificats d'économie d'énergie (CEE), un dispositif qui oblige les fournisseurs de gaz ou d'électricité à financer des économies d'énergies.

L'électricité et le lourd coût de la transition énergétique

Le 1er août dernier, les tarifs réglementés de vente d'électricité d'EDF ont augmenté en moyenne de 0,5% après avoir augmenté de 1,9% en février dernier. Cette hausse concerne quelque 26 millions de foyers en France.

"Contrairement au gaz et au pétrole dont le prix s'établit sur des marchés mondiaux, l'électricité relève de considérations nationales, voire européennes, précise Jacques Percebois. En France, l'augmentation du prix de l'électricité s'explique essentiellement du fait de la hausse du prix du gaz car plus de 20% de l'électricité en Europe est produite à partir du gaz", poursuit le spécialiste.

En France, le mix électrique repose largement sur le nucléaire (plus de 70%), mais le tarif réglementé doit tenir compte du complément de marché. "Grosso modo, le tarif réglementé dépend pour les ¾ du coût du nucléaire et pour un quart du prix établi sur le marché de gros, qui est largement influencé par ce qui se passe en Allemagne [qui est très demandeuse de gaz pour produire de l'électricité, ndlr]", résume Jacques Percebois. ​​Sur le marché de gros, le mégawattheure avoisinait la barre des 100 euros ces derniers jours, alors qu'il n'a été que de 46 euros en moyenne en 2020.

L'économiste s'attend par ailleurs à "une sensible augmentation des tarifs en février 2022 car les coûts de production d'électricité vont augmenter". Ils seront tirés notamment par les besoins de modernisation des réseaux pour accueillir davantage d'énergies renouvelables.

"Nous pouvons concevoir qu'en pleine année électorale, le gouvernement hésite à augmenter trop fortement les tarifs réglementés. La seule marge de manœuvre dont il dispose serait de réduire les taxes, notamment la Contribution au service public de l'électricité (CSPE), qui permet de financer le surcoût des énergies renouvelables. Mais pour cela, il faudra l'accord du Parlement", explique le spécialiste.

"La tendance va être haussière et nous allons assister à une très forte volatilité des prix", anticipe encore Jacques Percebois. Et de prendre comme exemple le dimanche 8 août dernier : "Le prix du marché de gros à 14h s'établissait à -63 euros du mégawattheure, et le soir, à 20 heures, à plus de 68 euros". La raison de ce passage en territoire négatif et de ce grand écart sur la même journée ? Un trop plein d'électricité en heures creuses, lié à une forte production d'énergie solaire et éolienne, et un manque de capacité de production aux heures de pointe. Un phénomène qui souligne la nécessité de développer d'importantes capacités de stockage, et ce particulièrement dans un scénario où le nucléaire représenterait moins de 50% du mix électrique.

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Commentaires 6
à écrit le 18/08/2021 à 23:16
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Pour engraisser ceux qui détruisent le monde en ronflant.

à écrit le 18/08/2021 à 22:24
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A la pompe l'automobiliste paie des taxes et très peu de pétrole...

à écrit le 18/08/2021 à 21:57
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Pour l'électricité et le gaz, avant, il n'y avait qu'un fournisseur EDF/GDF. Aujourd'hui, il y a plethore de vendeurs et pas beaucoup de producteurs...et il faut bien que tout ce petit monde mange et les actionnaires ponctionnent !

le 18/08/2021 à 22:32
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Pour info vous êtes actionnaire de EDF, Engie, Orange, etc grâce aux participations de l'état... Votre poncif sur l'actionnaire vorace est risible bien que réel puisque l'état est le premier actionnaire à réclamer des hausses de dividendes pour...

à écrit le 18/08/2021 à 18:59
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Bref! Quand on taxe , c'est toujours proportionnel, mais on se sent irresponsable!

à écrit le 18/08/2021 à 18:37
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J'ai juste remarqué sur mes factures que le kWh électrique est trois fois plus cher que le kWh gaz (je lorgnais une pompe à chaleur mais elle doit être très performante pour ne pas faire exploser la facture énergétique annuelle, sous la simple annonc...

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