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ClimatEnergie & Environnement

Énergies vertes : un certain retard, mais de grandes ambitions

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 10 avril 2018 à 05:30 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:06

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Le Quotidien Numérique

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L'Île-de-France, dont seulement 5% de la consommation énergétique proviennent aujourd'hui de sources vertes, prépare un nouveau plan régional ambitieux. Outre la géothermie, la Région mise surtout sur la méthanisation.

La France ne brille pas en matière d'énergies renouvelables, puisqu'elle est en retard sur les objectifs intermédiaires qui lui permettraient de respecter ses engagements à l'horizon 2020 et 2030. Et sa région capitale ne se distingue pas dans ce tableau médiocre. Au contraire.

Globalement, l'Île-de-France est très déficitaire en matière d'énergie. Responsable de plus de 30% de la consommation nationale, elle ne peut se prévaloir que d'environ 7,5% de la production française d'énergie, et ne produit elle-même que 11% de ce qu'elle consomme. Sa facture énergétique, essentiellement fossile, s'élève à 23 milliards d'euros par an, dont 70% supportés par ses 12 millions d'habitants. Anticipant un accroissement de sa population de 10 à 15% d'ici à 2030, il lui faut à tout prix augmenter sa production pour réduire sa dépendance. Ce qui passe nécessairement par les énergies renouvelables, d'ailleurs indispensables pour contribuer aux objectifs nationaux.

L'Île-de-France peaufine son plan régional de l'énergie, qui doit être présenté en conseil régional à la fin mai. Cet exercice, le premier du genre, affirme-t-on dans l'équipe dirigée par Valérie Pécresse, doit remplacer une juxtaposition d'initiatives isolées et une dispersion des subventions par une véritable stratégie. Il affiche de grandes ambitions : alors que les énergies renouvelables ne représentent aujourd'hui que 5% de sa consommation, l'objectif pour 2020 est fixé à 11%, puis 25% en 2030 et 45% en 2050. Programmes d'efficacité énergétique pour les bâtiments publics et dans les transports, soutien financier à la production, création d'un cadre incitatif à l'exploitation des potentiels régionaux, lobbying pour faire sauter certains freins réglementaires... La Région est prête à faire feu de tout bois, affirme Jean-Philippe Dugoin-Clément, son vice-président chargé de l'Écologie et du Développement durable.

Territoire peu propice à l'éolien et au solaire

Mais le territoire ne se prête guère aux énergies renouvelables les plus répandues, éolien, solaire ou hydroélectricité. Certes, il jouit d'une ressource en vent très correcte. Mais aux oppositions riveraines s'ajoutent une forte densité de bâti - même si toute la région n'est pas urbanisée - ainsi que de nombreuses infrastructures, notamment des lignes aériennes incompatibles avec les champs d'éoliennes.

Quant au solaire, l'ensoleillement n'y est pas plus médiocre qu'en Allemagne, champion européen de cette énergie, mais il ne permet pas aujourd'hui de monter des projets compétitifs. En effet, le solaire francilien ne peut remporter d'appels d'offres nationaux sans tarifs régionalisés, destinés à rééquilibrer les différences d'ensoleillement. À terme, la Région mise néanmoins sur cette énergie pour atteindre ses ambitieux objectifs. Côté hydroélectricité, on comprend aisément que le territoire n'est pas propice aux grands barrages, même s'il compte quelques projets de micro-hydroélectricité.

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Mais c'est ailleurs que l'Île-de-France puise son énergie. Jouissant d'un fort potentiel, la région capitale affiche de nombreux projets de géothermie.

Prisée dans les années 1970, cette ressource fournie par des aquifères dont la température augmente d'environ 1°C tous les 30 mètres, était depuis tombée en désuétude, avant de connaître un regain d'intérêt auprès des énergéticiens et des États.

Notamment grâce à la nappe du Dogger - profonde de 1.600 à 2.000 mètres, avec une température qui varie de 55 à 85°C, l'Île-de-France présente la plus forte concentration mondiale de sites, avec les deux-tiers des opérations françaises. Plusieurs communes se sont récemment converties, dont Dammarie-les-Lys (Seine et Marne), La Courneuve (Seine-Saint Denis) ou encore Cachan (Val-de-Marne). Un fonds régional de garantie permet de rembourser les investissements dans des forages onéreux qui ne seraient pas couronnés de succès.

À côté de la géothermie, les incinérateurs d'ordures ménagères, les pompes à chaleur et le bois chauffage individuel représentent l'essentiel des énergies renouvelables aujourd'hui consommées en Île-de-France.

Terrain de jeu idéal pour la méthanisation

Pour passer à la vitesse supérieure, la région mise en premier lieu sur la méthanisation, qui présente un potentiel significatif, lié à la présence d'importants volumes de déchets de diverses natures : agriculture, sylviculture, industrie agroalimentaire, etc. La densité des gisements de déchets, leur diversité ainsi que la qualité des infrastructures de transports, y compris des cours d'eau bien aménagés, sont autant de facteurs favorables au développement de cette énergie.

Cette technologie fondée sur la dégradation par des micro-organismes de la matière organique en milieu anaérobie (sans oxygène) transforme la biomasse organique en digestat, pouvant servir de fertilisant, et en biogaz. Ce dernier peut à son tour être transformé en électricité et en chaleur, en biométhane carburant, ou encore injecté dans le réseau de gaz naturel, particulièrement dense sur le territoire. Autant de facteurs qui font de la région un territoire idéal pour cette énergie, à condition de surmonter les réticences des habitants. Ces derniers, qui estiment subir les nuisances liées à des infrastructures essentiellement utiles aux habitants de Paris intra-muros, ne sont pas les plus enclins à accueillir de nouveaux projets.

Énergies Posit'if, opérateur de la transition énergétique en Île-de-France, créé en 2013 à l'initiative de la Région et de collectivités locales, s'emploie à travailler avec les acteurs du financement participatif. En favorisant la concertation et un ancrage local des projets au service du territoire et de ses habitants, cette démarche améliore l'acceptation tout en facilitant la mobilisation de l'épargne privée.

«Nous intervenons comme apporteur de capital aux côtés des développeurs et des collectivités, et favorisons la mise en relations entre les acteurs territoriaux», ajoute son directeur, Raphaël Claustre.

Outre un accompagnement lors de la phase d'études et un investissement minoritaire au capital permettant de boucler les plans de financement, Énergies Posit'if s'implique dans la durée dans la gouvernance des projets.

La structure participe au capital de sociétés de projets comme Bi-métha 77, l'un des premiers projets d'injection de biogaz en Seine-et Marne, qui valorisera à partir de 2020 à la fois des déchets d'origine agricole et coproduits végétaux, et des boues de la station d'épuration de Dammarie-les-Lys. La Région soutient également Equimeth, un projet d'injection de biométhane issu de la méthanisation de fumier équin, aujourd'hui opéré par Cap Vert Energie à Fontainebleau.

Les réseaux de chaleur (plus d'une centaine, alimentés à 40% en énergies renouvelables) et la récupération de chaleur fatale (produite par des sites industriels, le traitement thermique de déchets, les réseaux de transport...), sont deux autres pistes prometteuses. La chaleur des eaux usées ou des data centers représenterait selon une récente étude de l'Ademe un potentiel de 26.600 gigawattheures, dont 6.500 facilement valorisables.

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En plus de ce verdissement du mix énergétique, la région mise sur la mobilité durable, l'agriculture urbaine et un vaste programme de rénovation énergétique des bâtiments, pour se mettre sur une trajectoire conforme à l'accord de Paris, limitant à 2°C au plus la hausse des températures.

Dominique Pialot

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