L'arrivée du premier cargo de GNL en provenance des Etats-Unis dans le terminal de regazéification de Wilhelmshaven en Allemagne, le 3 janvier 2023.
Reuters
En faisant pression sur les pays européens, premiers clients du gaz russe, Vladimir Poutine a finalement permis au secteur du GNL américain d'engranger des parts de marchés et des recettes records. Pour le Vieux continent, qui doit payer au prix fort son GNL, il s'agit d'accélérer le développement des alternatives (énergies renouvelables, nucléaire, hydrogène) pour assurer sa souveraineté énergétique et décarboner son industrie. Décryptage.
En se servant du gaz naturel pour faire pression sur les pays européens, Vladimir Poutine aura finalement obtenu l'effet contraire : perdre ses premiers clients et faire le bonheur des majors gazières des Etats-Unis spécialisées dans les livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL). Sur les 11 premiers mois de 2022, celles-ci ont bondi de 137% par rapport à la même période de 2021, selon les données de Kpler, citées par l'agence Reuters.
En volume, les livraisons de GNL des Etats-Unis devraient dépasser en 2022 les 55 milliards de m3, ce qui est deux fois et demi le niveau de l'année dernière, soit 34 milliards de m3 supplémentaires, bien plus que les 15 milliards de m3 promis par Joe Biden, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le 24 février, et l'imposition de sanctions à Moscou par les pays occidentaux.
Et si l'on tient compte des livraisons de GNL américain au Royaume-Uni et à la Turquie qui sont reliés aux pays de l'UE via des gazoducs, le volume total pourrait atteindre 75 milliards de m3, contre 44 milliards de m3 en 2021.
Si le président des Etats-Unis, Joe Biden, avait rassuré les Européens après l'invasion de l'Ukraine en leur promettant 15 milliards de m3 supplémentaires, c'est finalement le double qui aura été livré, les compagnies gazières américaines répondant d'abord à l'aubaine de prix multipliés par 10 sur le marché de gros plutôt qu'à des considérations strictement politiques.
Tous les pays européens se bousculaient pour s'assurer d'avoir leurs réserves gazières suffisamment remplies avant le début de l'hiver! Une cherté dont se sont plaints d'ailleurs l'Allemagne par la voix de son ministre de l'Economie, Robert Habeck, parlant de prix « astronomiques » et la France, notamment Emmanuel Macron, lors de son récent déplacement aux Etats-Unis, car les prix élevés du gaz rendent moins compétitif son secteur industriel. Mais du côté de Washington, on a renvoyé les Européens à la classique loi de l'offre et de la demande.
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