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ClimatEnergie & Environnement

Mauvaise passe pour EDF, nuages sur la filière nucléaire française

Dominique Pialot

Publié le 20 juin 2019 à 09:39 - Mis à jour le 20 juin 2019 à 10:04

L'Autorité de sûreté nucléaire impose à EDF de réparer toutes les soudures avant la mise en service de Flamanville, repoussée d'au moins trois ans.

L'Autorité de sûreté nucléaire impose à EDF de réparer toutes les soudures avant la mise en service de Flamanville, repoussée d'au moins trois ans.

Benoit Tessier

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Alors que le PDG de l’entreprise publique présente ce 20 juin aux syndicats un projet de scission du groupe en deux entités, contre lequel ils sont vent debout, l’Autorité de sûreté nucléaire lui impose de procéder à la réparation de soudures défectueuses avant la mise en service de l’EPR de Flamanville. Nouveau retard et nouveau surcoût, alors que l’exécutif entend se prononcer sur l’avenir de la filière nucléaire française après le démarrage de l’EPR.

C'est dans un courrier en date du 19 juin que l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a répondu à une sollicitation de EDF datant de début juin. A la suite de la découverte tardive de défauts sur de nombreuses soudures de l'EPR de Flamanville, l'opérateur avait entrepris d'en réparer près d'une soixantaine. Restaient huit d'entre elles, difficiles d'accès car situées sur le circuit de vapeur traversant l'enceinte du bâtiment réacteur et reliant le générateur de vapeur à la turbine située dans un bâtiment auxiliaire.

L'ASN confirme dans son courrier que, «au regard du nombre et de la nature des écarts affectant ces soudures, (...) leur rupture ne peut plus être considérée comme hautement improbable et qu'il n'est donc plus possible de leur appliquer une démarche d'exclusion de rupture».

EDF avait le choix entre le renoncement à l'exclusion de rupture (garantie qui exclut absolument tout risque de rupture), ce qui imposait de refaire les études de sûreté et d'apporter des renforcements en conséquence au réacteur ou la réparation. L'exploitant a préféré opter pour la seconde solution, mais en les repoussant à 2024, après une mise en service de l'EPR en 2020, arguant que la réparation avant mise en service reporterait celle-ci au plus tôt à la fin 2022.

Réparations réalisables avant mise en service

« La stratégie proposée par EDF soulève d'importantes difficultés au plan de la justification du point de vue de la sûreté du fonctionnement du réacteur pendant plusieurs années dans un état dégradé, souligne Yves Marignac, du cabinet WISE. Sur le plan réglementaire, elle impliquerait également pour l'ASN d'autoriser la mise en service du réacteur dans un état non conforme à son décret d'autorisation de création (DAC), puisque l'exigence d'exclusion de rupture pour ces tuyauteries y est inscrite », ajoute-t-il.

« La remise en conformité des soudures de traversées avant la mise en service du réacteur est techniquement réalisable », estime l'ASN.

«Le report des opérations de réparation après la mise en service du réacteur soulèverait plusieurs difficultés, notamment au regard de la justification de la sûreté du réacteur durant la période transitoire.»

« La suite logique devrait être le dépôt par EDF d'un dossier technique présentant les modalités prévues pour la réparation avant mise en service de ces huit soudures, qui restera à instruire par l'ASN avant une décision formelle d'autorisation de la mise en œuvre de cette réparation », analyse Yves Marignac.

L'opérateur tablait sur un chargement du combustible en fin d'année pour un démarrage au premier semestre 2020... avec déjà 8 ans de retard sur le calendrier initial. Côté financier, alors que le budget est déjà passé de 3,5 milliards d'euros en 2007 à près de 11 milliards, il est bien difficile d'évaluer précisément les conséquences de ces nouveaux déboires.

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«EDF analyse actuellement les conséquences de cette décision sur le planning et le coût de l'EPR de Flamanville et fera, dans les prochaines semaines, un point précis sur la suite du projet», a réagi l'électricien dans un communiqué.

« Compte tenu du délai nécessaire à cette instruction, des études préalables et le cas échéant des essais sur maquette à réaliser par EDF avant l'exécution de ces réparations très délicates, le délai de trois ans et demi envisagé par EDF semble d'ores et déjà optimiste », souligne encore Yves Marignac.

Invitée sur Radio Classique, la secrétaire d'Etat à la Transition écologique Brune Poirson a déclaré : « Il appartient à EDF de tirer toutes les conséquences de cette recommandation et rapidement ».

«Nous avions anticipé des scénarios potentiellement pessimistes et nous maintenons le cap qui est de fermer nos quatre centrales à charbon d'ici la fin du quinquennat et les deux réacteurs de Fessenheim en 2020 », a-t-elle assuré.

Mais les éventuelles conséquences de ce nouveau retard sur la feuille de route énergétique française dépassent la fermeture des centrales à charbon.

En effet, le gouvernement avait annoncé en début d'année que sa décision concernant l'avenir de la filière en France, et notamment la construction de nouveaux EPR optimisés serait décidé mi-2021 sur la base d'un programme de travail avec la filière portant sur sa capacité industrielle, ses coûts de construction, ses moyens de financements, etc.

Mais « c'est la sagesse d'attendre que Flamanville ait fait la preuve de son fonctionnement avant d'engager des décisions», estimait en début d'année le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire.

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Cette dernière séquence est du pain béni pour les anti-nucléaires. « EDF n'a cessé d'être dans le déni depuis 2013, en refusant de reconnaître l'existence de ce problème, puis en refusant la réparation, puis en voulant réparer après redémarrage, a ainsi déclaré Greenpeace dans un communiqué. Cette attitude scandaleuse au regard de la sûreté nucléaire qui aboutit aujourd'hui à une décision sans appel de l'ASN décrédibilise tout le programme EPR et la stratégie industrielle d'EDF. »

Dominique Pialot

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