Nucléaire : le gouvernement annoncerait la fermeture de réacteurs d'ici 2028

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(Crédits : CC / Pixabay)
Dans un document officiel, le gouvernement annonce entre 0 et 6 fermetures de réacteurs nucléaires civils d'ici 2028.

L'exécutif va annoncer fin novembre entre 0 et 6 fermetures de réacteurs nucléaires d'ici 2028 dans le cadre de la future programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), hors celles déjà actées des deux réacteurs de Fessenheim qui seront les seules du quinquennat, selon un document gouvernemental obtenu par l'AFP.

Lire aussi : Fessenheim se cherche un avenir après l'atome

La subtile différence entre "réacteur" et "centrale"

Le document recense trois scénarios :

  • Le premier scénario, soutenu par le ministère de la Transition écologique, prévoit six fermetures de réacteurs outre Fessenheim d'ici 2028, et six de plus d'ici 2035, sur les 58 du parc nucléaire français actuel d'EDF.

  • Le deuxième, dit "intermédiaire", ne prévoit aucune fermeture supplémentaire d'ici la fin de la PPE en 2028, et 12 entre 2028 et 2035.

  • Enfin le troisième, poussé par Bercy, ne prévoit aucune fermeture d'ici 2028, neuf entre 2028 et 2035, et la construction de 4 EPR d'ici 2040.

40% d'électricité renouvelable d'ici 2030 à 2034

L'objectif de 50% d'électricité nucléaire est atteint en 2035 dans les deux premiers, mais attend 2040 dans celui de Bercy. Les scénarios prévoient une part de 40% d'électricité renouvelable, atteinte en 2030, 2032 ou 2034 suivant les trois cas.

Lire aussi : Energie: le gouvernement travaille sur 50% d'électricité nucléaire en 2035

Sollicité par l'AFP sur ces informations, Matignon n'a pas fait de commentaires "sur des scénarios préparatoires à une décision". Très attendus, les arbitrages finaux d'Edouard Philippe et d'Emmanuel Macron sont désormais imminents: "des annonces seront faites la semaine prochaine", a confirmé Matignon.

"On est obligé de faire une opération-vérité"

Interrogé dimanche dernier lors du Grand rendez-vous Europe 1-CNEWS-Les Échos au sujet de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), qui définira la stratégie de la France sur dix ans et doit être publiée avant la fin du mois, le ministre de la Transition écologique François de Rugy a répondu que 2035 était "l'échéance sur laquelle nous travaillons".

La loi de transition énergétique de 2015 prévoyait que cette part du nucléaire soit ramenée à 50% "à l'horizon 2025". Mais Nicolas Hulot, le prédécesseur de François de Rugy qui a démissionné fin août, avait abandonné cet objectif, jugé irréaliste, sans fixer de nouvelle date précise, mais en évoquant un horizon entre 2030 et 2035.

"On est dans ces échéances-là, on est obligé de faire une opération-vérité", a précisé le ministre. "La loi de 2015 faisait référence à une promesse de 2012, et entre 2015 et 2017 il ne s'est pas passé grand-chose. Donc on a perdu du temps, et donc on va fixer le cap".

Actuellement, le nucléaire représente plus de 70% de la production d'électricité française, contre une part inférieure à 30% en moyenne en Europe.

Un mixte à 50/50 ?

Quand François de Rugy était candidat à la primaire de la gauche de 2017, il prônait une sortie du nucléaire à l'horizon 2040 et l'objectif de 100% d'électricité d'origine renouvelable en 2050.

"Mais je suis dans un gouvernement, nommé par Emmanuel Macron (...) Son programme c'était 50/50, donc on est dans ce cadre-là", a-t-il dit dimanche.

"Notre stratégie n'est pas en train d'étouffer la filière nucléaire française, mais son avenir n'est pas garanti", a-t-il ajouté, avant de mentionner la faillite d'Areva et les incertitudes qui entourent les nouveaux réacteurs EPR, en termes de "fiabilité, sécurité et compétitivité".

Un rapport commandé par le ministre de l'Économie Bruno Le Maire et le prédécesseur de François de Rugy, Nicolas Hulot, prônait la construction de six EPR à compter de 2025, rapportaient Les Échos en août.

"Je ne vois pas comment on pourrait décider aujourd'hui de commander de nouveaux EPR alors que la fiabilité technologique n'est pas démontrée et la compétitivité économique non plus", a commenté François de Rugy.

(avec agences)

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a écrit le 21/11/2018 à 10:04 :
Une opération-vérité ? Cela va tellement de soi que l'on se demande pourquoi autant de cachoteries et de tergiversations sur des fermetures au final modestes et que d'autres pays ont engagé rapidement. On se doute qu'il y a des problèmes de budgets, mais il faudra bien payer les prolongations, le renouvellement et quoi qu’il arrive, la gestion des déchets. Faut-il intégrer tous ces coûts dans le prix du KWh ou rester dans une forme d’incertitude ? incertitude qui se prolonge. On se demande pourquoi tout cela n’aurait pas été intégré dès le départ dans les modèles.

Quand à l'EPR, s’il avait pu nous débarrasser de déchets encombrants, mais cela semble être un échec. On aura beau arguer de perte d’expertise ou de manque d’expérience, à 10 Milliards le projet, n’importe quelle entreprise normale en aurait tiré les conséquences.

Financièrement, cette obstination du tout nucléaire…et du rien d’autre, dénote avec le reste du monde.
Les opérateurs ne vont tout de même pas bricoler quelques solutions, ou se trouver des excuses ? Quoi que, ils en sont capables, l’expérience le prouve. D’où l’intérêt de l’opération vérité qui devra certainement s’inscrire dans la durée.
Pour les gouvernants, dans ce contexte d’incertitude technologique, de mutations mondiales, de pressions financières auto-alimentées par le conservatisme ambiant, il sera difficile de prendre une décision rationnelle, en connaissance de cause.
Côté réduction de la consommation, cela ressemble déjà à une transition manquée.
Un article qui fait un comparatif simple à comprendre : https://www.usinenouvelle.com/article/avenir-du-nucleaire-energies-renouvelables-taxe-carbone-le-vrai-du-faux.N770969
a écrit le 20/11/2018 à 16:42 :
le pétainisme industriel dans toute sa splendeur.
a écrit le 20/11/2018 à 16:37 :
Ils ferment les vieilles centrales nucléaires, et veulent que nous roulions tous en voitures électriques, alimentaient comment ? Comme, ils favorisent les véhicules "plug-in" et non les électriques autonomes qui seraient équipées d'un générateur, il faudra choisir, entre le chauffage, la climatisation, et la préparation des repas, ou, la recharge de 20 millions de véhicules.
Réponse de le 21/11/2018 à 1:30 :
Les estimations de RTE (l'opérateur de réseau) à l’horizon 2035 pour un déploiement d’environ 10 millions de véhicules électriques tablent sur une consommation électrique supplémentaire de 40 TWh, soit 7 % de la consommation française.

En mettant en regard ce chiffre et la tendance à la stagnation, voire à la baisse (-0,5 % par an), de la consommation électrique française, celle-ci ne sera impactée qu’à la marge par une arrivée massive de véhicules électriques.

Le simple enjeu sera de gérer l’appel de puissance pour le réseau de cette recharge dans sa dimension spatiale (concentrée en ville) et temporelle (à 18h-19h, en rentrant du travail, lors de la pointe de consommation actuelle).
a écrit le 20/11/2018 à 16:25 :
Ils ont décidés de faire une OPÉRATION VÉRITÉ. Jusqu'à maintenant, ce n'était que des mensonges ?
a écrit le 20/11/2018 à 15:01 :
C'est extraordinaire. Il aura fallu la démission d'Hulot et les manifestations des gilets jaunes pour que le gouvernent se dise : "les gars, il faut faire qque chose. Ca se voit trop qu'on ne fait rien pour l’environnement. Il faut qu'on fassent croire aux français que l'argent qu'on leur ponctionne sert la transition énergétique. Annonçons le fermeture de centrales nucléaires. Ça ne coûte rien : ce sera après le quinquennat et, de toutes façons, EDF trouvera une manière de forcer le gouvernement du futur à prolonger leur vie".

Il faudrait compléter l'article La Tribune parce qu'il y a qque chose qui m'échappe. Peut-être faut-il vraiment faire mettre les bœufs avant la charrue, à savoir commencer par établir un plan pour les énergies renouvelables ; de là, on pourra déduire les centrales à fermer en fonctions de l'accroissement des capacités du renouvelable.
a écrit le 20/11/2018 à 13:03 :
En 2035 notre parc de réacteurs aura près de 60 ans d'âge. C'est pas 6 réacteurs qu'il faudrait fermer d'ici 2036 mais 58.

Les réacteurs étaient conçus pour 40 années de vie, EDF a réussi à cou(t) de chantage à leur donner 10 ans de vie en plus au prix d'un grand carénage estimé à plus de 50 Mds€.
Leur redonner 20 ans de plus serait prendre des risques énormes en regard des dégâts causés par un accident nucléaire.

Bref, le gouvernement procrastine... il est bien plus prompt à nous assommer de taxes écologiques pour nous faire payer l'ISF.
a écrit le 20/11/2018 à 11:28 :
C'est bien vu : la pollution S'Arrete Bien aux Frontières : diesel essence fioul charbon…. les centrales électriques allemandes, polonaises, roumaines….vont nous fournir l'électr.
a écrit le 20/11/2018 à 11:03 :
Il me semble normal de renouveler le parc des réacteurs, notons que 75 % de l’électricité consommée est d’origine nucléaire contre 25 % de renouvelable dont 13 % pour les barrages et un petit 5 % pour nos 4000 moulins à vent. Le développement d’une électricité de masse passe par de l’énergie nucléaire sinon c’est le charbon, la bougie et le cheval. Notons que les émissions de CO2 de la France sont très basses – moins de 1 % et que les centrales à charbon représentent quelque 20 % des émissions de gaz à effet de serre. Enfin ne perdons pas de vue que ce sont les gaziers qui parlent le mieux des éoliennes.
Réponse de le 21/11/2018 à 1:38 :
Tous les pays autour de nous passent aux 100% renouvelables à part pour une petite part la Grande Bretagne et la Finlande. Lors de la canicule 2003 il a fallu arrêter 17 réacteurs et sortir les éventails. Et les réseaux les plus sûr sont dans l'ordre la Suisse, l'Allemagne et le Danemark. La France n'arrive qu'au 8e rang en Europe donc plus de coupures de courant et de bougies avec le nucléaire qu'avec les renouvelables. Et ce qui fait reculer le gaz et le charbon dans le monde ce n'est pas le nucléaire qui n'est pas compétitif mais ce sont les renouvelables, voir New Energy Outloook 2018 de Bnef, Carbon tracker, rapport Groupe Lazard, wolrd nuclear Industry status report etc entre multiples autres études sur le sujet.
a écrit le 20/11/2018 à 9:03 :
"et en même temps" on veut développer la voiture électrique , quelle blague !
a écrit le 20/11/2018 à 8:44 :
il faudrait lui demander comment il va recharger toutes les batteries des voitures qui rouleront toutes a l'electricite a partir de 2020 sous peine de camp, comme du bon vieux temps beni des democraties pas liberales pour deux sous des pays de l'est....
a écrit le 20/11/2018 à 8:32 :
Un Ministre et un Ministère avec un seul but: casser notre production d'électricité et nous renvoyer au Moyen-Age. Il faut supprimer ce Ministère, toujours conduit par un écolo, et le remplacer par un Ministère de l'énergie.

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