Solaire : qui est GreenYellow, la pépite que pourrait avaler TotalEnergies ou Engie ?

Le groupe Casino cherche à vendre sa filiale GreenYellow, spécialiste des petites installations solaires sur les toitures des supermarchés, des entrepôts et des bâtiments des collectivités locales. Peu connue du grand public, l'entreprise connaît une très forte croissance et s'est massivement développée à l'international, notamment en Amérique Latine et en Asie du Sud. Des caractéristiques qui ont de quoi séduire les mastodontes du secteur, comme TotalEnergies et Engie, qui cherchent à accélérer la cadence dans les renouvelables.

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Une centrale solaire déployée par GreenYellow.
Une centrale solaire déployée par GreenYellow. (Crédits : GreenYellow)

Casino l'a confirmé ce lundi 16 mai. Le groupe de distribution cherche bien à se séparer de sa filiale GreenYellow, dédiée à la production d'énergie solaire, d'ici la fin de l'année. Selon les informations des Echos et du Figaro, cette vente pourrait atteindre 1,5 milliard d'euros et susciterait l'intérêt de poids lourds du secteur, dont les français Engie et TotalEnergies, qui souhaitent grossir à toute vitesse dans ce domaine, ou encore le portugais EDP. GreenYellow ne fait pas de l'œil qu'aux industriels. Plusieurs fonds d'infrastructure étudieraient également le dossier, dont le français Ardian, le suédois EQT et le suisse Partners Group, ou encore les américains KKR et Blackstone. Qui est donc cette pépite, peu connue du grand public ? Et, surtout, pourquoi attise-t-elle tant les convoitises ?

Une naissance chez Casino

L'entreprise est née il y a quinze ans au sein du groupe Casino d'une idée simple : exploiter la surface inutilisée des toitures des magasins du groupe de distribution pour y installer des panneaux solaires. En 2018, le fonds Tikehau Capital et Bpifrance, séduits par ce modèle, prennent 28% du capital, en échange de 150 millions d'euros.

Aujourd'hui, GreenYellow se présente comme "l'acteur de référence du solaire décentralisé" et "l'allié de la transition énergétique des entreprises et des collectivités locales". La filiale du groupe Casino s'est en effet spécialisée dans les petites installations solaires en toitures, et non sur les grandes fermes au sol.

"L'idée, pour nous, est de travailler sur des lieux d'ores et déjà urbanisés, là où il n'y a pas de conflits d'usages", expliquait il y a quelques mois à La Tribune, Otmane Hajji, président de la société depuis sa création.

Son crédo : déployer à grande échelle des petits projets

Les installations de GreenYellow (de 100 kilowatts à quelques mégawatts) sont ainsi déployées sur les toits des supermarchés et magasins, sur les ombrières des parkings, mais aussi sur les toits des lycées, collèges, écoles, théâtres, etc. Son crédo : déployer à grande échelle des petits projets. Au total, la société revendique plus de 520 centrales photovoltaïques, installées ou en cours d'installation.

A côté de cette activité de développeur et de producteur d'électricité solaire, GreenYellow propose des solutions d'efficacité énergétique aux entreprises très énergivores, notamment dans la distribution agroalimentaire et non alimentaire, la logistique et l'industrie. Un moyen pour ces entreprises de diminuer leur empreinte carbone, mais aussi et surtout leur facture. GreenYellow s'est aussi lancée sur le marché de la mobilité avec le déploiement de bornes de recharge pour les véhicules électriques dans le cadre d'un partenariat avec le néerlandais Allego. Objectif : installer 1.500 bornes sur le territoire national d'ici la fin de l'année. GreenYellow s'adresse aussi aux particuliers en tant que fournisseur alternatif de gaz et d'électricité, mais pourrait bientôt mettre un terme à cette activité, devenue très risquée avec la crise des prix de l'énergie provoquée par le conflit en Ukraine.

Une entreprise internationale...

Outre cette extension sur de nouveaux métiers, GreenYellow s'est aussi largement développée géographiquement, avec 16 implantations réparties sur les quatre continents. Désormais, trois projets sur quatre sont développés en dehors de l'Europe. Sa forte activité en Amérique latine tient à la présence historique du groupe Casino via des enseignes locales au Brésil et en Colombie. A présent, GreenYellow met le turbo au Vietnam et plus largement en Asie du Sud.

"Nous sommes l'entité du groupe Casino qui a la présence internationale la plus forte", se targue Otmane Hajji.

 Aujourd'hui, la croissance de GreenYellow s'étend bien au-delà du groupe Casino. "Plus de 90% de nos clients sont en dehors du groupe Casino", nous affirmait son président. Fin 2021, sa base photovoltaïque installée et en construction s'élevait à 740 MW, soit une progression annuelle de 31%. La société avait déjà enregistré une croissance similaire de son parc en 2020, année pourtant marquée par le premier confinement. Fin 2021, son Ebitda s'établissait, quant à lui, à 80 millions d'euros, en hausse de 30% par rapport à 2020.

...à la recherche d'argent frais

Pour "financer ses ambitions de croissance", l'entreprise, dont le siège social est basé à Saint-Etienne, a envisagé une introduction en Bourse en 2021, sans toutefois mener à terme ce projet. La même année, elle a malgré tout récolté quelque 200 millions  d'argent frais, via une levée de fonds auprès d'un investisseur institutionnel et la mise en place d'une ligne de crédit syndiquée de 87 millions d'euros. Ce besoin de financement est aujourd'hui d'autant plus important que GreenYellow a récemment changé de modèle. L'entreprise ne cède plus ses actifs pour financer ses investissements, mais s'appuie désormais sur un modèle de détention sur le long terme.

De son côté, le groupe Casino s'est engagé dans un plan de cession de 4,5 milliards d'euros d'ici la fin 2023. Fin avril, il lui restait encore 1,2 milliard de ventes à réaliser. La vente de cette pépite, au profil très international, pourrait bien satisfaire les appétits de mastodontes comme TotalEnergies et Engie. La major pétro-gazière vise le top cinq mondial des producteurs d'électricité verte et multiplie les acquisitions dans ce domaine tandis qu'Engie ne cache pas ses ambitions de croissance externe pour devenir "un champion des énergies renouvelables". Il y a quelques semaines, Jean-Pierre Clamadieu, son président, avait ainsi clairement manifesté l'intérêt du groupe pour les activités renouvelables d'EDF. Pour l'heure, aucun des deux groupes n'a fait de commentaire sur leur éventuel intérêt pour GreenYellow.

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