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Entreprises & FinanceIndustrie lourde

"Rusal va renforcer ses positions en Europe"

Propos recueillis à Moscou par Emmanuel Grynszpan

Publié le 02 mars 2010 à 16:40 - Mis à jour le 02 mars 2010 à 16:40

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Rusal, premier producteur au monde d'alumine et d'aluminium, est coté sur Nyse-Euronext et à la Bourse de Hong Kong depuis janvier dernier. Le directeur de la stratégie du groupe, Artem Volynets, commente les projets financiers et industriels du géant russe.

La Tribune - Comptez-vous faire de nouveau appel aux marchés financiers après l'IPO de janvier dernier ?

Artem Volynets - Nous venons de vendre 11% des actions Rusal, ce qui est suffisant pour faire face à nos obligations envers les créanciers. Nous ne prévoyons pas de faire de nouveau appel aux marchés dans l'immédiat. En revanche, nous envisageons d'émettre des actions sur le marché russe dès que la législation nous le permettra. Etant donné que notre structure est domiciliée à Jersey, nous devons attendre qu'il soit possible de placer des produits de type ADR/GDR sur le marché russe, comme cela se fait pour les sociétés russes cotées sur le LSE ou le Nyse.

- Pourquoi choisir le marché russe alors que vous êtes déjà sur les places de Hong-Kong et Euronext ?

- Il me semble logique de proposer nos actions aux investisseurs russes dans la mesure où 15% de notre production est vendue localement et parce que l'essentiel de nos capacités de productions se situent sur le territoire russe. Ce placement secondaire améliorera en outre la liquidité du titre.

- Quel bilan dressez-vous de cette introduction en bourse simultanée à Hong-Kong et sur Euronext ? Le titre a commencé par reculer sévèrement. A Paris, il a perdu 17% depuis sa cotation.

- C'est une étape très importante de notre développement et nous sommes persuadés qu'à long terme notre valorisation va croître. Malheureusement nous sommes arrivés dans une période d'effondrement des cours. Cela dit, notre concurrent chinois Chalco a subit les mêmes fluctuations. La performance de notre titre est similaire à celle du marché. Les banques d'investissement qui furent nos partenaires pour le placement vont commencer à publier des rapports et analyses financières régulièrement à partir du 3 mars. Ce sera un facteur qui contribuera à éveiller l'intérêt des investisseurs.

- RusAl a été le 1er groupe russe à tenter l'option Hong-Kong et Euronext. Pensez-vous que d'autres suivront cette voie ?

- Nous avons effectivement ouvert la voie. Jusqu'ici la seule option pour les russes était l'occident, les marchés londoniens et New-Yorkais. Ce choix de l'Asie est parfaitement logique pour des groupes orientés matières premières du fait de l'énorme consommation chinoise, qui ne fait que croître. D'autre part, une cotation simultanée avec Euronext nous permet d'être coté 24h sur 24 et ouvre l'accès aux investisseurs américains et européens qui ne sont pas présents à Hong-Kong. Ce faisant, nous avons simplement augmenté notre capacité à répondre à la demande de titres. C'est un bon équilibre. De nombreuses sociétés russes ont suivi ce placement avec un grand intérêt. J'ai personnellement discuté avec plusieurs dirigeants de sociétés russes et d'ex-URSS. Ceux qui ont beaucoup de clients en Asie sont très intéressés par Hong-Kong.

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- Votre dette, qui atteignait 14,9 milliards de dollars fin 2009 avant l'introduction en Bourse, a fortement inquiété vos créanciers. Dans quelle mesure pèse-t-elle sur le développement de RusAl ?

- Nous venons de rembourser 2 milliards à nos créditeurs. Nos marges frôlent les 25% et notre cash-flow va nous permettre de rembourser facilement 3 milliards de dette avant leur terme de 2013. Il est possible que nous trouvions des sources de financement supplémentaires pour relancer les investissements d'ici-là. Nous sommes déjà en négociation avancée avec des créanciers.

- Quels sont vos projets de développement à l'international ?

- Dans l'immédiat, notre développement se concentre en Sibérie pour la simple raison que notre avantage compétitif majeur est les bas tarifs de l'électricité. Nous y avons deux projets fantastiques : les fonderies Bogoutchansk et Taïshet, qui vont apporter une capacité de plus d'un million de tonnes supplémentaire par an. Mais au préalable, nous devons achever la construction du barrage hydroélectrique de Bogoutchansk et rembourser 3 milliards de dollars de dettes.

- La crise a-t-elle significativement modifié la structure des exportations de RusAl ?

- Nous exportons 85% de notre production. Le principal client est l'Europe, qui achète 40% de notre production tandis que nous fournissons environ 50% de la demande européenne. Nous comptons beaucoup sur ce marché évidemment et nous allons y consolider nos positions pour la bonne et simple raison que la production locale d'aluminium est dans une situation complexe. L'augmentation constante des tarifs de l'électricité réduit considérablement les marges des producteurs européens et nous donne un gros avantage compétitif. Vient ensuite l'Asie avec 30%. La Chine achète 10% de notre production. Les Etat-Unis représentent 10% et le reste du monde 5%.

- Les fonderies sibériennes de RusAl sont proches du fabuleux marché chinois. Mais ne craignez-vous pas l'essor des concurrents locaux ?

- La croissance de la demande chinoise pour l'aluminium devrait être quelque part entre 15 et 23%, soit 3 millions de tonnes supplémentaires cette année. Quant aux concurrents chinois, ils connaissent une pression considérable sur les tarifs électriques, ce qui nous laisse un avantage concurrentiel croissant en perspective. Si un plancher du cour de l'aluminium s'est formé récemment autour de 2.000 dollars, c'est en large partie du au fait qu'il s'agit du seuil de rentabilité des producteurs chinois.

- L'Inde présente-t-elle des opportunités comparables à la Chine ?

- Pour l'instant l'Inde ne fait pas partie de nos clients, mais c'est un marché qui nous intéresse. La Chine et l'Inde possèdent des potentiels énormes car ce sont des pays en voie d'urbanisation et d'industrialisation rapides. Or l'aluminium est consommé par les pays très urbanisés. En Europe de l'Ouest, la consommation est de 25kg d'aluminium par personne et par an. Pour l'instant elle est de 10kg par personne en Chine et nous estimons qu'elle a déjà doublé pendant les 5 à 7 dernières années. D'ici 2015, 250 millions de chinois vont migrer vers les villes. C'est presque la population des USA ! Cela va créer une énorme demande (transports, construction, emballages). En Inde, la consommation n'est que de 1,8 kg par personne. La Banque Mondiale estime que 280 millions d'Indiens ruraux vont migrer vers des zones urbanisées d'ici 2030.

- Vous écoulez 15% de votre production dans les pays de l'ex-URSS (Russie comprise). Comment se porte ce marché aujourd'hui ?

- Notre marché domestique possède un vaste potentiel. Il suffit de savoir qu'à l'époque de l'URSS, nous n'exportions pas d'aluminium et la demande domestique était de 3,5 millions de tonnes par an contre un peu moins d'un million de tonnes aujourd'hui.

- Vous vous définissiez il y a encore un an comme une géant de l'énergie aussi bien que de l'aluminium. Votre intérêt pour la production d'électricité a-t-il diminué à cause de la crise ?

- Pour nous, l'aluminium, c'est de l'énergie sous forme solide. La propriété de centrales électrique reste donc très importante pour nous. C'est un facteur de protection contre les variations des tarifs de l'électricité, qui représente le gros des coûts de production de l'aluminium. Or, l'inflation est moindre en Sibérie par rapport au reste du monde, ce qui creuse encore davantage notre avantage compétitif sur nos concurrents.

Propos recueillis à Moscou par Emmanuel Grynszpan

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