Prometteuse, mais loin d'être concrète, l'industrie photovoltaïque française, encouragée par une directive européenne, devrait prendre son envol dans la deuxième moitié de la décennie. Mais elle devra faire vite face à l'arrivée annoncée dans le Doubs de l'acteur chinois DAS Solar dès 2025.C'est une certaine secousse dans l'industrie photovoltaïque française. Le Chinois DAS Solar a annoncé l'acquisition d'une friche industrielle sur la commune de Mandeure, près de Montbéliard (Doubs), avec l'intention d'y construire un bâtiment qui abritera trois lignes d'assemblage de panneaux photovoltaïques. Le tout pour une capacité de trois gigawatts dès juin 2025, contre 109 millions d'euros d'investissement.
La création d'une usine en Europe est « motivée par la demande de l'Union européenne d'une part de fabrication européenne » dans ce domaine, a précisé Shi Si, vice-présidente de DAS Solar, lors d'un point presse rapporté par l'AFP.
À l'heure actuelle, 90% de la production mondiale de panneaux photovoltaïques provient d'Asie. Mais l'Europe a instauré en 2023 la réglementation Industrie Zéro Emission nette (Net Zero Industry Act, ou directive NZIA). Celle-ci fixe des objectifs ambitieux, avec notamment la production en Europe de 40% des panneaux photovoltaïques installés sur le continent à compter de 2030.
« C'est avec un projet comme celui-ci que nous allons assurer notre souveraineté énergétique ? », ironise anonymement mais avec acidité un acteur de la filière. En effet, si cette annonce va générer la création localement de 450 à 600 emplois, les composants devraient venir principalement des partenaires chinois de la société née seulement en 2018. Elle dispose déjà de 14 usines en Chine pour un effectif de 8.900 salariés et une capacité cumulée de 55 GW de production annuelle. Dans ce contexte, le temps presse pour les industriels français du marché. Pour certains, c'est déjà trop tard...
« Avec les panneaux solaires chinois pas chers, l'énergie solaire devient compétitive. Contrairement aux États-Unis, l'Europe ne s'est pas du tout protégée en ne relevant pas ses droits de douane sur cette technologie. J'estime dès lors que sur le photovoltaïque, nous avons perdu la bataille et qu'il sera très difficile de revenir dans la course sans rupture technologique », conclut un grand patron français qui s'est beaucoup investi sur cette question et qui se montre sceptique sur l'avenir de ces gigafactories françaises.