Pourquoi les grands champions investissent-ils dans le sport de haut niveau?

Nicolas Richaud

Nicolas Richaud
Du deux-roues aux quatre-roues, il n'y a qu'un pas… que certains n'hésitent pas à franchir. La semaine dernière, Fernando Alonso, le pilote de Formule 1, a racheté la licence de l'équipe cycliste Euskaltel-Euskadi. qui était condamné à disparaître en fin de saison.
La somme mise sur la table par le double champion du monde et plusieurs de ses sponsors personnels ? 6 millions d'euros, de quoi remettre du carburant dans l'équipe basque désormais assurée de se maintenir parmi l'élite du cyclisme jusqu'en 2016, si l'Union Cycliste Internationale (UCI) approuve l'opération.
Ce n'est cependant pas la première fois qu'un sportif de haut niveau casse sa tirelire et investit ses deniers dans une équipe ou un club, qui officie parfois dans le même sport que lui. Rentabilité, image, générosité : quelles raisons poussent ces grands noms du sport à mettre ainsi la main à la poche ?
"En Europe, on ne peut pas dire que ce type d'investissement ait une visée économique", estime Didier Primault, économiste au centre de droit et d'économie du sport (CDES). "Le retour sur investissement dans des clubs de football, cela n'existe pas. Si l'on veut faire fructifier son argent, il y a quand même des secteurs plus porteurs."
Une situation qui diffère selon lui de l'autre côté de l'Atlantique. "Le fait que le sport soit un business comme un autre, c'est davantage dans la culture des Américains", poursuit Didier Primault. Et si au pays de l'Oncle Sam, les clubs bénéficiaires ne sont pas légions (hormis dans le football américain, les plus-values à la revente peuvent être intéressantes.
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Pour l'économiste du CDES :
En 2004, Le basketteur Tony Parker avait acquis de 5% des parts du club de sa jeunesse, le Paris-Basket Racing. Plus récemment, le footballeur espagnol Andres Iniesta, champion du monde et double champion d'Europe, a tiré du pétrin le club d'Albacete, (la province où il est né). En juin dernier, ce dernier avait des soucis financiers et risquait de se voir rétrograder en quatrième division, jusqu'à ce que le milieu de terrain de la Roja fasse un chèque de 240.000 euros.
"Lors de ces cas de figure, on voit qu'il s'agit surtout de donner un coup de main. Je ne vois pas bien quel intérêt financier ils peuvent avoir en investissant dans ces équipes. C'est plus de l'altruisme qu'autre chose", commente Didier Primault. "Et puis compte tenu de leurs revenus, ces investissements ne sont extrêmement douloureux pour eux."
En 2009, Tony Parker est devenu le deuxième actionnaire de l'ASVEL (Lyon-Villeurbanne) ainsi que vice-président du club. Un investissement pour l'après-carrière du meneur de jeu des Spurs ? "On ne peut pas l'affirmer, mais c'est certain que c'est une bonne manière de faire ses armes, et de voir comment cela se passe au-delà du terrain", répond l'économiste du CDES qui prend pour exemple Frédéric Forte, (basketteur champion d'Europe avec l'équipe de France en 1993), président du club de Limoges depuis 2004, alors qu'il a poursuivi sa carrière jusqu'en 2005. Pour Didier Primault :
Pour l'image ?
"Ces investissements ne sont généralement pas très suivis médiatiquement. Peu de gens savent par exemple que Zinédine Zidane a investi dans le Rodez Aveyron Football", souligne Didier Primault qui estime que ces investissements ne peuvent pas être assimilés à une opération séduction du grand public. Hormis peut-être dans le cas de Fernando Alonso. "C'est un peu particulier car il a beaucoup communiqué de lui-même sur cette transaction."
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Et à l'avenir, ce type d'investissement est-il voué à se développer ? "Oui, c'est possible car c'est un phénomène qui demeure encore très marginal à l'heure actuelle. Mais cela n'explosera pas non plus, car il n'y a quasiment que les footballeurs qui possèdent suffisamment de moyens pour réaliser ce type d'investissements", conclut Didier Primault.
Nicolas Richaud