La saison 2024 ne tiendra pas ses promesses. Un bilan morose qui arrive en point d’orgue de problèmes structurels déjà identifiés, et que dénonce le président de la section régionale du Groupement des Hôteliers et des Restaurateurs, le GHR-Corsica.LA TRIBUNE - À quelques jours de la rentrée, peut-on esquisser le bilan de la saison estivale en Corse ?
CESAR FILIPPI - Quelques mots suffiraient à dire ce qui marche, mais il faudrait une encyclopédie pour rendre compte de ce qui ne va pas et qui conduit aujourd'hui les professionnels à une situation catastrophique : la confirmation de la baisse de la fréquentation amorcée avec la Covid, aggravée par l'inflation, qui porte le coup de grâce après toutes les problématiques subies depuis des décennies dans l'indifférence générale.
Quelles sont les principales problématiques que vous pointez du doigt ?
Je ne les pointe pas, je les rabâche en permanence et en vain : des surcoûts d'exploitation par rapport au Continent de l'ordre de 25% selon l'étude de 2018 commandée par la CCI de Corse au réputé cabinet Goodwill-Management, des transports maritimes et, plus encore, aériens, insuffisants, inadaptés et prohibitifs, la concurrence occulte de quelque 600.000 lits non-marchands, réalisés avec la passivité pour ne pas dire la connivence de l'État, l'absence récurrente de personnels qualifiés, une promotion défaillante, des banques aux abonnés absents. La Corse a une économie touristique broyée par les injustices, les inégalités et les dysfonctionnements sous le regard impassible de la classe politique nationale et territoriale.
Doit-on redouter de nombreux dépôts de bilan ?
À la faveur de la rentrée judiciaire 2024, les présidents des deux tribunaux de commerce de l'île avaient dressé des constats alarmants pour le tourisme, mais également pour le BTP et les commerces de proximité. Eux aussi semblent prêcher dans le désert car ni l'État ni le monde politique, à commencer par la Collectivité de Corse, n'ont réagi. Alors oui, il y aura à coup sûr des dépôts de bilan, le nombre ne sera pas connu avant l'entrée dans l'hiver, mais c'est inéluctable et il sera plus important que l'année dernière. Pour notre part, nous n'avons pas attendu le signal d'alarme des juges. Dès son arrivée sur le terrain syndical national au mois de mars 2023, le GHR-Corsica demandait officiellement la constitution urgente d'une cellule de crise, mais quatre réunions consécutives à la préfecture de Corse, desquelles la Collectivité de Corse et les banques étaient opportunément absentes, n'ont débouché sur rien !