Taxe carbone : la Russie emboîte le pas à la Chine

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La Russie envisage d'interdire à ses compagnies aériennes de payer la taxe européenne sur la pollution aérienne, qui suscite la fronde de plusieurs autres pays. Cette annonce fait écho aux déclarations d'un diplomate chinois qui a indiqué dans le Wall Street Journal de ce lundi qu'il trouvait "censé" que les compagnies chinoises achètent des avions à Boeing plutôt qu'à Airbus quand elles se voient taxer en Europe sur les émissions carbones.

Et maintenant la Russie. Le pays de Vladimir Poutine envisage d'interdire à ses compagnies aériennes de payer la taxe européenne sur la pollution aérienne, qui suscite la fronde de plusieurs autres pays, dont les Etats-Unis et la Chine, a indiqué lundi le vice-ministre russe des Transports Valeri Okoulov. "On prévoit de légiférer pour interdire aux compagnies aériennes russes de payer ces quotas", a déclaré Valeri Okoulov, cité par l'agence Itar-Tass.

La législation européenne, entrée en vigueur le 1er janvier 2012, oblige les compagnies opérant dans l'UE, quelle que soit leur nationalité, à payer pour l'équivalent de 15% de leurs émissions de CO2, soit 32 millions de tonnes, pour lutter contre le réchauffement climatique. Elles devront s'acquitter de cette obligation au printemps 2013.

Cette législation suscite de nombreuses protestations: 26 des 36 membres de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) y sont opposés. Début février, la Chine a interdit à ses compagnies aériennes de payer la taxe, emboîtant le pas à une mesure similaire prise par la Chambre des représentants américaine. Moscou avait déjà menacé en février de limiter en retour le survol de la Sibérie par les compagnies aériennes de l'Union européenne.

Nouveau tacle de la Chine

De son côté, l'ambassadeur de Chine auprès de l'Union européenne trouve "censé" que les compagnies chinoises achètent des avions à Boeing plutôt qu'à Airbus quand elles se voient taxer en Europe sur les émissions carbones, dans des propos rapportés lundi par le Wall Street Journal. EADS, la maison mère d'Airbus, avait révélé jeudi que le gouvernement chinois bloquait des commandes d'Airbus en représailles à l'imposition d'une taxe carbone à toutes les compagnies opérant dans l'Union européenne.

L'ambassadeur, Wu Hailong, estime que quand les compagnies chinoises sont frappées par cette mesure, "il est censé pour elles de se tourner vers Boeing". "Il n'est pas raisonnable d'imposer une taxe carbone (à des compagnies non-européennes) quand l'avion est fabriqué par une compagnie européenne", a-t-il encore déclaré. Pékin n'avait pas encore réagi aux propos du patron d'EADS, Louis Gallois, selon lesquels la Chine a bloqué des commandes de dix superjumbo A380 et 35 long-courriers A330, dont 25 sont déjà en fabrication. Les commandes d'avions "sont dans une grande mesure des décisions commerciales d'une campagnie, mais elles seront bien entendu influencées par la position du gouvernement sur la taxe carbone", a déclaré l'ambassadeur.

12 milliards de dollars de commandes suspendues en Chine

Dans une lettre conjointe, Airbus, Air Berlin, Air France, British Airways, Iberia, Lufthansa, Virgin Atlantic et les équipementiers français Safran et allemand MTU préviennent que la situation devient insupportable pour l'industrie aéronautique européenne. Ils estiment que "dans le climat économique actuel, l'Europe peut difficilement se permettre" une guerre commerciale avec la Chine et le reste du monde. Les commandes suspendues en Chine se montent à 12 milliards de dollars, mille emplois sont menacés chez Airbus et mille autres chez les sous-traitants, affirme l'avionneur dans la lettre.

Beaucoup de pays opposés à la taxe carbone préparent des taxes spéciales et même une limitation des droits de trafic, préviennent les signataires, en demandant aux Premiers ministres d'intervenir pour trouver une solution au conflit au sein de l'Organisation de l'aviation civile internationale.

 

À lire, l'article de Fabrice Gliszczynski : Taxe carbone dans l'aérien : un an pour désarmorcer la bombe

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Commentaires
a écrit le 12/03/2012 à 18:09 :
Enfin des pays serieux qui mettent un STOP aux malades de la taxation.
a écrit le 12/03/2012 à 17:23 :
Bravo ! On va encore se prendre une bâche avec nos écolos .
a écrit le 12/03/2012 à 16:02 :
Et si, au contraire, l'Europe avait tout à gagner d'une guerre commerciale avec le reste du monde ? Le degré de désindustrialisation des USA laisse loin derrière celui de l'Europe et la Chine (ou les autres pays émergents) ne doivent leur croissance qu'à l'exportation de leurs matières premières ou produits manufacturés vers l'Union Européenne, ce pays des Bisounours qui pratique seule, absolument seule, le libre-échangisme le plus suicidaire dans un monde où le protectionnisme plus ou moins caché fait rage. Faisons comme les Etats-Unis ou la Chine : fermons, interdisons, pratiquons le dumping sous les mêmes prétextes fallacieux (l'eau d'Evian interdite en Chine parce qu'elle présente un risque sanitaire, etc.) et nous verrons où se trouve l'épicentre véritable de l'économie mondiale - au contraire de toutes les idées reçues.

L'Union Européenne, c'est le premier PIB du monde, la plus large épargne du monde, le plus grand réseau de grandes entreprises industrielles et de PME technologiques, le plus grand nombre d'ouvriers qualifiés et d'ingénieurs, les plus grandes réserves d'or, etc. Que les lâches veuillent s'aplatir, ça les regarde. Mais qu'ils ne présentent pas leurs hantises personnelles comme des faits économiques. Nous ne cherchons pas la lutte, mais s'il faut en découdre, le résultat du combat en surprendra plus d'un.
Réponse de le 12/03/2012 à 17:23 :
Tout à fait d'accord, l'Europe est le dindon de la farce de la mondialisation et il est grand temps que cela cesse. La Chine serait la grande perdante d'une guerre commerciale contre l'Europe car autant on peut se permettre de déplacer nos usines en Inde, Brésil, Turquie ou même au Magreb (exple Renault à Tanger), autant je me demande à qui la Chine va vendre ses produits puisque son premier client est justement l'Europe. Hélas nos dirigeants se défileront comme toujours face aux menaces. Il est vraiment grand temps que ce Continent arrête de se culpabiliser vis à vis des puissances étrangères à cause de l'Histoire (colonisation, guerres, etc) et que enfin en réponde avec la poigne qui a justement fait la force de l'Europe pendant des siècles !

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