Taxis vs VTC : 15 minutes "qui ne servent à rien" ?

 |   |  847  mots
Les VTC ne comptent pas se laisser faire et entendent bien faire annuler par tous les moyens possibles cette décision de leur imposer un délai de 15 minutes avant la prise en charge de leurs clients.
Les VTC ne comptent pas se laisser faire et entendent bien faire annuler par tous les moyens possibles cette décision de leur imposer un délai de 15 minutes avant la prise en charge de leurs clients. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Les VTC désapprouvent la volonté gouvernementale d'imposer un délai de 15 minutes, qui semble sortie du chapeau de Manuel Valls. Et ils comptent bien empêcher l'application ou la sortie du décret.

Voici 15 minutes qui n'ont pas fini d'agiter les esprits ni les réseaux sociaux. Il s'agit de ce délai que le gouvernement a décidé d'imposer aux véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) avant la prise en charge de leurs clients à compter du 1er janvier prochain.

Cette mesure, qui devait au départ ne concerner que les clients non abonnés des VTC, à quelques exceptions près, vaudra finalement pour tous leurs clients. Toutefois, cette règle destinée à apaiser la grogne des taxis qui accusent les VTC de concurrence déloyale, va-t-elle réellement être applicable, et surtout, (comment) sera-t-elle contrôlable en pratique ?

Les VTC n'ont pas l'intention de s'incliner

Pour les VTC, pas question de se laisser faire. Tous les moyens sont bons, pourvu que ce décret ne voit pas le jour. "On va se battre", lance Yves Weisselberger, le fondateur de SnapCar, l'une de ces sociétés de VTC.

Certes les taxis ont remporté la première manche, mais pour Camille Richard, président de la fédération des VTC, il s'agit d'un "combat d'arrière-garde" perdu d'avance par les taxis avec lesquels il assure du reste avoir toujours entretenu de très bonnes relations "depuis des siècles".

Celui-ci explique en effet que ce délai de 15 minutes ne rime à rien compte tenu des moyens de contournement, aussi bien juridiques que techniques à leur disposition. Leurs avocats sont d'ailleurs en train d'étudier les recours possibles afin que le décret ne sorte pas, ou, s'il sort, pour essayer de l'annuler ou de faire en sorte qu'il ne soit pas appliqué.

Les VTC misent sur le soutien de l'opinion publique et sur les réseaux sociaux

Cependant, les VTC comptent aussi beaucoup sur l'opinion publique. "Si la pression de l'opinion est importante, cela peut faire bouger les choses", espère Yves Weisselberger. Celui-ci évoque ainsi le prochain lancement d'une pétition en ligne. Les VTC souhaitent recueillir le plus grand nombre de soutiens, notamment grâce aux réseaux sociaux. Ils n'excluent pas non plus d'autres (très) prochaines actions.

En attendant, les réseaux sociaux semblent avoir déjà pris parti pour les VTC à en croire l'engouement suscité par le hashtag #PourNePasFaireDeConcurrence lancé sur Twitter par un client de VTC. Les VTC en ont profité pour créer un site du même nom qui recense les meilleurs des plus de 4.500 tweets d'internautes qui rivalisent d'imagination pour proposer des mesures extravagantes.

Ainsi certains internautes suggèrent par exemple d'imposer un délai de 15 minutes aux téléphones portables avant de lancer l'appel pour ne pas faire de concurrence aux téléphones fixes. D'autres proposent que le courrier électronique ne soit remis qu'à J+1 pour ne pas faire de concurrence au courrier postal. Bref, des mesures qui illustrent bien le grotesque de la situation entre VTC et taxis.

Le gouvernement va-t-il faire appel à des huissiers ?

Il faut en effet avouer que cette nouvelle mesure "pour mieux réguler la concurrence entre taxis et VTC" décidée par la ministre du Tourisme Sylvia Pinel et le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, peut surprendre, surtout dans un contexte concurrentiel. A ce propos, Yves Weisselberger ne mâche pas ses mots:

"Le décret est absurde dans sa sémantique même (...) et du point de vue de son exécution, il est tout aussi absurde".

Quoi qu'il en soit, même si ce décret était publié, serait-il appliqué, ou du moins, son application serait-elle contrôlable ? Si certains raillent la complexité de la manoeuvre, d'autres sont bien plus pragmatiques. A l'instar de Yan Hascoet fondateur et PDG de Chauffeur-privé. Selon lui, si le gouvernement veut contrôler l'application de cette règle, il le pourra. "Rien de plus facile: il suffit de faire appel à des policiers ou des huissiers", assure-t-il. Avant d'ajouter: "Après, la question est: le gouvernement le fera-t-il ?"

La solution: supprimer le statut d'auto-entrepreneur ?

En fin de compte, ces 15 minutes de délai permettront-elles de résoudre le problème des VTC et des taxis ? "Sûrement pas!", tranche, lapidaire, le patron de la fédération historique des VTC pour qui, "le gouvernement gère en réalité les intérêts de certains grands groupes comme la compagnie G7".

Selon lui, le nœud du problème est ailleurs: c'est cet "auto-entrepreneuriat organisé, industrialisé par un système de logistique lourde qui est à l'origine de la conjoncture actuelle".

"Certes, les nouvelles plateformes de réservation innovantes sont en position de concurrencer les taxis , mais c'est principalement parce qu'elles centralisent et industrialisent un statut fiscal d'auto-entrepreneuriat conçu pour le lancement d'activités individuelles. Les taxis ne sont pas en reste: ils constituent de façon détournée la moitié de ces nouveaux entrants dans cette profession alors qu'ils prétendent subir une concurrence déloyale".

Camille Rechard propose donc une (autre) solution brutale:

"Si on enlève le statut d'auto-entrepreneur, ça règle le problème".

Pour aller plus loin: Taxis vs VTC: le match continue sur la Toile

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/10/2013 à 11:44 :
Signez la pétition du collectif Les Dodos contre ce décret, contre ces 15min, pour la concurrence, pour l'emploi, pour le consommateur : http://www.mesopinions.com/petition/social/laissez-creer-40-000-emplois/10824
a écrit le 20/10/2013 à 10:21 :
Dd
a écrit le 18/10/2013 à 14:28 :
Ce qu'il faut c'est enregistrer le client avant qu'il ne paye... La loi qui cherche à contraindre la technologie n'a aucune chance !
a écrit le 18/10/2013 à 12:58 :
Encore du corporatisme d'un service qui est trés mal organisé (essayez de trouver un taxi dans Paris notamment), qui est aux mains de personnes n'ayant absolument pas la notion de 'services', qui donne une trés mauvaise image de la France aux étrangers (sorite d'aéroport et gares), qui "rale" de tout par principe, qui protège son 'petit' environnement sans l'avoir fait évolué d'un iota depuis des années.
Encore un corporatisme qui participe à la chute progressive de la France et qui est protégé par des syndicats et politiciens que le développement de la France n'intéresse pas, mais qui chasse le 'bulletin de vote'

A suivre...
a écrit le 18/10/2013 à 5:25 :
Encore un petit malin!!! qui a trouvé le mal de sa profession les auto-entrepreneurs, après les artisans du bâtiment, voilà les VTC. Ce statut est donc le mal de la France des petites boîtes et là le mot petite est péjoratif, le mal de chaque "petite"profession, sa difficulté à se mettre en action dans un nouveau conteste économique. En France nous avons tendance à faire appel à l'Etat, les entreprises aiment le critiquer mais demande son intervention en permanence ou à critiquer son concurrent vrai ou imaginaire mais jamais malheureusement à sa mauvaise gestion. Dans le circuit économique un nouvel acteur n'est pas un fardeau mais un aiguillon pour se relancer et ceux qui ne suivent pas meurent et d'autres naissent, le circuit normal d'une économie saine. Je croyais les VTC plus intelligents sur le plan de l'action économique non aussi petits que les taxis traditionnels. J'oubliais nous sommes en France.
a écrit le 17/10/2013 à 23:45 :
Ici cela ressemble curieusement aux lettres anonymes de la première guerre mondiale. A Savoir des personnes entrain de pleurer dans les chaumières a longueur de journée. Et pournepasfairedeconccurence aux taxis, un delai de 15 minutes sera imposer aux clients des vtc afin de pratiquer la fellation au chauffeur privé. Pratique habituement pratiquer aux TAXIS!!!! sauf que la attente 15m et non 1h habituellement aux heures de pointes a la recherche de ce dernier.vous pouvez éteindre votre écran a tchao bon dimanche
a écrit le 17/10/2013 à 21:21 :
Les taxis affirment payer très cher leurs licences alors que celles-ci leur ont été données gratuitement dans les années 60 70... C'est un système digne des charges du moyen âge : acheter une charge de taxi, plutôt que de réussir par ses capacités et son talent... Il faut supprimer cette abérration, favoriser l'innovation et les créations d'emploi liées aux systèmes modernes (réservation par smartphones etc) plutôt que de protéger les intérêts d'un lobby de dinosaures prêts à corrompre les ministres et autres pour
garder leur monopole.
Réponse de le 18/10/2013 à 12:01 :
L'argument du prix des licences systématiquement mis en avant par les taxis est scandaleux. Ce sont eux, les taxis, qui ont mis en place ce système d'achat/revente des licences pour se faire du blé et spéculer sur la pénurie.
a écrit le 17/10/2013 à 21:12 :
Autre exemple de la sale mentalité des taxis parisiens.
Aéroport de Roissy: 23h.30
Je suis dans la file d'attente depuis bien 30mn voire plus.
Mon tour arrive.
Je dis que je veux aller à Rosny sous bois.
Devant le peu de rapport de cette course, le taxi démarre, me laissant en plan, en disant qu'il a fini sa journée!
J'ai été pris en charge ensuite par un autre taxi, heureusement pas français, hélas pour le prestige de la France, qui m'a embarqué de bonne grâce, m'a déposé en à peine 30 mn et je lui ai expliqué le chemin pour rejoindre Roissy au plus vite.
Les taxis français sont effectivement pratiquement des sortes de fonctionnaires!
Honte à eux!
Mes prochains taxis seront tous des VTC! Même si je dois les attendre 30 mn!
a écrit le 17/10/2013 à 19:27 :
ce sujet est vraiment un symbole de l ineptie des lois francaises et du disfonctionnement administratif et politique de ce pays
ici on favorise encore la rente au detriment de l innovation .
jusqu ou ce pays va s enfoncer dans la médiocrité ?
a écrit le 17/10/2013 à 19:25 :
15 minutes d ' attente? Super, c ' est 2 fois plus rapide que lorsque j ' essaie de prendre un taxi entre 16 et 17 heures a Paris. En plus le chauffeur a les cheveux propres, ne sent pas le chacal et connait le chemin
Réponse de le 18/10/2013 à 9:40 :
Des" fonctionnaires" qui ont payé leur charges (comme sous l'ancie régime) et qui ahetent des Skoda pour assurer leur privilèges (dans le sens de l'ancien régime).
a écrit le 17/10/2013 à 18:28 :
Contrairement à ce qui a pu être indiqué, ci dessous, la licence de taxi est gratuite, entièrement gratuite. En réalité, les taxis ont exigé de l'Etat un numérus clausus (un nombre limité) sur les licences, puis ont instauré entre eux un droit de présentation du successeur à l'administration. Cela était au départ occulte et totalement illégal, mais l'administration fermait les yeux, et délivrait, gratuitement, une licence nouvelle a qui était présenté par un taxi se retirant de la profession. Le taxis se faisait évidemment payer pour présenter un successeur. D'où l'idée, totalement fausse, que la licence est payante. Non, un taxi se fait payer pour présenter à l'administration un quidam, et l'administration ne délivre une licence à qui est présenté, la licence étant toujours délivré gratuitement. La preuve de la détention de la licence est une plaque à apposer sur le véhicule et qui doit valoir trente euros (prix d'une plaque d'immatriculation). Comme le droit de présentation était illégal, les taxis ont exigé de l'Etat et des parlementaires qu'ils le rendent légal, ce qui a été fait, c'est aujourd'hui l'article L 3121-2 du code des transports. Maintenant, les taxis, pour justifier la restriction de concurrence à l'égard des VTC, viennent dire qu'ils paient cher leur licence. Non, les taxis se sont volontairement enfermés et ont enfermé l'Etat dans un système payant. En réalité, obtenir une licence de l'Etat ne coûte pas plus cher que de déposer un formulaire à l'administration pour obtenir un permis de conduire. C'est la présentation d'un futur taxi par un ancien taxi qui coûte environ 200 000 euros qui vont dans la poche du taxi pas dans celle de l'Etat.
a écrit le 17/10/2013 à 17:13 :
Les taxis sont foutus! Même le président de leur fédération a dit la semaine dernière: "Beaucoup ont une mentalité de salarié" Tout est dit.
a écrit le 17/10/2013 à 16:33 :
Hier soir 23H boulevard Magenta, Paris, je demande un taxi. Je fais signe à plusieurs taxis en lumière verte allumée de s'arrêter. Aucun ne s'arrête si ce n'est un qui redémarre parce que la course ne l'intéresse pas. J'appelle donc un VTC depuis mon smartphone qui arrive en 2 min et se fait une course de 15 euros.
LES TAXIS NE VEULENT PAS TRAVAILLER ! Laissons les autres le faire sans leur mettre de bâtons dans les roues.
a écrit le 17/10/2013 à 16:24 :
Quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi les VTC n'ont pas a payer de licence comme les taxis traditionnels? Quitte a instaurer une licence, autant la faire payer a tous plutot que de reflechir a des solutions aussi absurdes qu'introduire un temps d'attente obligatoire...
Réponse de le 17/10/2013 à 16:35 :
Les taxis paient une licence car il faut une autorisation administrative pour exercer ce métier et qu'il y a peu de places disponibles. Les taxis se revendent ensuite entre peux ces licences en fonction de la loi de l'offre et de la demande. Mais attention, le prix élevé (200 000 euros) se justifie par la rentabilité du métier. Les taxis remboursent leur licence en moins de 10 ans.
Réponse de le 17/10/2013 à 16:58 :
@jeff: merci pour ces explications. Je trouve tout cela absurde, en instaurant ces barrieres l'Etat a artificiellement verouille le marche au detriment de tous: taxis qui paient cher, clients mecontents, nouveaux arrivants sur le marche... Comment empecher l'innovation et favoriser la rente. C'est aberrant...
Réponse de le 18/10/2013 à 12:07 :
@Al: merci pour ces explications. Dans ce cas, pourquoi l'Etat ne continue-t-il pas a delivrer de nouvelles licences? (ce qui de facto tuerait le petit business du droit de presentation...). Pourquoi l'Etat a-t-il cede? Ca n'en demeure pas moins aberrant...
Réponse de le 21/10/2013 à 10:22 :
Tyler, si l'état essaye d'augmenter le nombre de licences de taxi, ces derniers vont tout bloquer. Ça s'est déjà produit et aucun gouvernement ne veut s'y risquer. Si l'état ne freine pas le développement des VTC, les taxis vont tout bloquer. Et là encore, aucun gouvernement n'osera le faire.

Bref, les taxis ont un pouvoir de nuisance dont ils se servent car il fonctionne.
a écrit le 17/10/2013 à 16:24 :
Ca devient absurde. Le gouvernement actuel doit avoir le courage que n'ont pas eu les précédents, par clientélisme électoral, et trouver une solution définitive à ce problème.
a écrit le 17/10/2013 à 16:19 :
Comment contrôler : faire appel à des policiers ou huissiers, d'accord : mais concrètement, ils procéderont comment ? Ils vont faire une commande pour tester le délai d'arrivée ? LE droit français autorise-t-il un policier à provoquer l'infraction ? (ainsi, a-t-il le droit de commander de l'héroine pour faire condamner le dealer ?) ... je ne crois pas : l'infraction sera donc quasiment impossible a caractériser !!! ... (& c'est tant mieux!)
a écrit le 17/10/2013 à 15:57 :
Ce sont les Artisans Taxis (pas la Cie G7 citée pour défendre les VTC...!!) qui seront les principales victimes économiques de cette libéralisation . Rappel : les VTC n'ont pas à payer
l'achat d'une licence pour être Artisan taxi; Si le Gouvernement laisse faire, il faudra qu'il prenne en charge le remboursement des licences....et là la concurrence ne sera plus déloyale...!!
Réponse de le 17/10/2013 à 16:22 :
@les artisans taxis : l'administration ne vend pas de licence... et n'a donc rien à rembourser ! SI un marché parallèle s'est mis en place entre taxis... c'est LEUR problème !
Réponse de le 17/10/2013 à 16:38 :
@ Lyon69

Bien dit!!!
Réponse de le 17/10/2013 à 16:42 :
Tout à fait d'accord.
Si les taxis veulent continuent à s'échanger à prix d'or des licences qui n'ont aucun avenir et qui seront bientôt rendues obsolètes par la technologie, c'est LEUR problème!
Réponse de le 17/10/2013 à 16:43 :
En fait, non, c'est Charles Pasqua, donc l'administration qui a permis en 1995 la mise en place de ce système pervers. J'habite Paris depuis 1995 justement et depuis 1995 j'entends que ce système ne fonctionne pas et qu'il faut tout remettre à plat. La commission Attali a tiré la sonnette d'alarme en 2008 auprès de Sarkozy et... rien.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :