Dubaï : Thierry Antinori, le "big boss" des ventes d’Emirates

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Thierry Antinori a commencé sa carrière dans le transport aérien en 1986 à Air France, avant d'intégrer en 1997 la Lufthansa, puis être recruté par la compagnie du Golfe en 2011.
Thierry Antinori a commencé sa carrière dans le transport aérien en 1986 à Air France, avant d'intégrer en 1997 la Lufthansa, puis être recruté par la compagnie du Golfe en 2011.
En cette fin d'année, La Tribune publie chaque jour le portrait d'un ou d'une Français(e) qui connaît le succès à l'étranger. Aujourd’hui, Thierry Antinori, "Executive Vice President Chief Commercial Officer" de la compagnie aérienne en pleine croissance Emirates Airlines.

Le futur PDG de la plus grande compagnie aérienne mondiale sera peut-être un jour français. Non pas qu'Air France-KLM aspire à devenir un jour plus gros qu'American, l'actuel leader du secteur, mais parce qu'un Français est aujourd'hui dans le top management d'Emirates, compagnie à la croissance fulgurante qui fonce à toute allure vers la première place mondiale.

Il s'agit de Thierry Antinori, âgé de 52 ans, qui a rejoint la compagnie de Dubai en octobre 2011 comme Executive vice-président Passengers Sales Worldwide. Ses fonctions, qui incluent les opérations commerciales, la distribution, les accords interlignes, l'optimisation des recettes, le développement du réseau de ventes et le programme de fidélisation Skywards, se sont élargies en juillet dernier à la direction du cargo. Son titre a du coup changé. Il est aujourd'hui "Executive vice-président, Chief commercial officer". Autrement dit, le "big boss" des ventes d'Emirates, lesquelles s'élèvent à une vingtaine de milliards de dollars.

Cet élargissement des responsabilités montre que Thierry Antinori a su s'imposer au sein d'Emirates. Ce qui n'allait pas de soi pour un Français arrivant dans une entreprise très anglo-saxonne, comptant une flopée de Britanniques, d'Indiens ou d'Australiens. Au dessous du directeur général, Tim Clark, 63 ans, Thierry Antinori est l'un des six Exécutive vice-président. Mais, l'étendue du périmètre de ce diplômé de l'Essec lui donne une place de choix dans l'organigramme, au point que certains observateurs le considèrent comme le numéro 2 d'Emirates.

Diplômé de l'Essec

Ce Français d'origine italienne, né à Metz, n'a, en fait, travaillé que très peu en France depuis qu'il est entré dans le monde du travail en 1985. Sa carrière se caractérise par deux traits. Elle est quasiment consacrée au transport aérien et s'est réalisée pour l'essentiel à l'étranger. Il a en effet débuté sa carrière à Air France (1986-1997) avant de partir chez Lufthansa (1997-2010), puis Emirates. Une réussite unique dans le transport aérien français.

Tout a commencé en 1986. Après une année passée dans une entreprise de conseil qui intervenait auprès de la grande distribution, Thierry Antinori postule à Air France et intègre la direction de ventes pour la région parisienne. Tout de suite il se distingue parmi ses pairs et attire l'œil de sa hiérarchie.

"On voyait qu'il était au dessus du lot, qu'il avait le sens du commerce dans le sang. Il bouillonnait d'idées nouvelles et travaillait activement la relation avec ses équipes ", se souvient Etienne Rachou, directeur des ventes de Paris et d'Île-de-France à partir de 1987, aujourd'hui directeur général des alliances à Air France.

Relation particulière avec l'Allemagne

En 1988, Thierry Antinori a la charge la gestion des lignes entre la France et l'Allemagne mais aussi la Suisse et l'Autriche. C'est le début d'une relation très forte entre Thierry Antinori et l'Allemagne, un pays à deux pas de sa Lorraine natale, dont il maîtrise parfaitement la langue. En 1990, il est envoyé à Munich pour prendre la tête de l'Allemagne du Sud. En 1992, il revient à Paris pour une fonction plus politique : chef de cabinet de Jean-Didier Blanchet, le directeur général d'Air France, présidée par Bernard Attali. Air France est au fond du trou. Fin 1993, Le gouvernement remplace Bernard Attali fin 1993 par Christian Blanc. Jean-Didier Blanchet quitte aussi l'entreprise.

Mais Thierry Antinori est maintenu dans ses fonctions, avant d'être nommé en octobre 1994, directeur général d'Air France en Allemagne, en poste à Francfort. Il a 33 ans et c'est peut-être le tournant de sa carrière.

1997, Lufthansa le débauche d'Air France

En deux ans et demi, le chiffre d'affaires outre-Rhin bondit de 70% pendant que les coûts diminuent de 20%. Lufthansa n'est pas insensible à ce succès et le recrute en 1997 au poste de vice-président pour l'Europe de l'ouest et du sud. Il a 36 ans. Ensuite, il ne cessera de grimper les échelons au sein de la compagnie allemande, au point de devenir vice-président exécutif des ventes, du marketing et de la distribution, et membre du directoire de la compagnie Lufthansa.

Fin 2010, il est nommé à la présidence d'Austrian Airlines

Il est le seul étranger ayant atteint un tel niveau au sein du groupe allemand. Mieux, fin 2010, Thierry Antinori est nommé PDG d'Austrian Airlines, filiale en grande difficulté de Lufthansa dans le but de la redresser. Un tremplin pour diriger un jour Lufthansa ? Pourquoi pas. A cette époque, celui qui est nommé président du directoire de Lufthansa, Christoph Franz n'est autre que l'ancien PDG de Swiss, une compagnie achetée par Lufthansa en 2005. On ne le saura jamais.

Alors qu'il doit entrer en fonction le 1er avril 2011, Thierry Antinori annonce quelques jours plus tôt qu'il quitte brusquement Lufthansa. Pourquoi ? Silence radio. Peu de temps après, la rumeur de son recrutement par une compagnie du Golfe commence à sortir. En octobre 2011, Emirates annonce son recrutement. 

Thierry Antinori s'est donc révélé au sein de compagnies étrangères. Aurait-il eu la même carrière à Air France ? Impossible à dire. Seule certitude, la compagnie tricolore n'a pas été en mesure de le retenir. 

 

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Commentaires
a écrit le 24/12/2013 à 20:52 :
Qu'il reviendra chez AF !
Réponse de le 25/12/2013 à 11:37 :
On a déjà eu un débat sur ce personnage. Certains l'encensent et trouvent formidable qu'un français réussisse à l'étranger. D'autres dont je fais partie n'ont pas la même analyse, j'avais été taxé de jalousie et décrié.
Je ne peux que me répéter. Pour moi ce Monsieur se vend au plus offrant sans tenir compte de critères moraux comme la reconnaissance ou ses devoirs à la mère patrie et à ses concitoyens. Je veux bien reconnaître que l'intérêt des postes proposés atténue sa responsabilité à mes yeux.
Ce Monsieur a bénéficié d'un système éducatif français gratuit et républicain, d'avantages sociaux(sécurité sociale) de stabilité politique, de démocratie, de sécurité et de droit à la justice en bref du modèle européen et maintenant il joue contre la France, l'Europe et sa famille. Où est l'intérêt de la France à ce qu'un français occupe un poste à haute responsabilité chez Emirates?
Cette compagnie ne cesse de casser l'aviation civile européenne en employant des asiatiques à des conditions morales et financières plus que discutables. L'aviation civile européenne va évoluer comme la marine marchande, elle va disparaître. Il faut vraiment faire un choix de société entre un capitalisme international pur et dur, non régulé ou un capitalisme responsable. Évidemment, les lecteurs de ce journal libéral sont plutôt en faveur du premier modèle, je considère moi que le capitalisme à besoin d'être régulé et je ne suis pas socialiste. Les critères de jugement envers une personne qui fait une brillante carrière internationale sont relatifs. Je suis choqué qu'on puisse honorer sans se poser d'autres questions que la lecture de son CV une personne qui a trahi sa famille.

Il ne reviendra jamais à Air France car Air France n'a pas les moyens de lui offrir un salaire à la hauteur de son exigence.
Réponse de le 25/12/2013 à 22:21 :
Je suis l'auteur du message auquel vous avez répondu et je suis d'accord avec vous sur le fait que le capitalisme pur et dur est une voie qui mène à la perte du modèle européen à terme. J'emploie le terme de modèle européen car en dépit de la crise qui frappe notre continent depuis quelques années, force est de constater que c'est celui qui a le mieux réussi si l'on considère le bien être général et l'allocation des richesses (le but du capitalisme étant d'amasser des richesses, enfin je crois). Le bilan est aussi positif concernant les points que vous abordez (formation, éducation, etc...). Les réformes nécessaires pour optimiser l'accès à l'éducation sont d'ailleurs inspirées des idées fondatrices du modèle européen. Je crois aussi, peut-être à tort, que la majorité des lecteurs de ce journal partagent un avis similaire au mien, exception faite des trolls en tous genres qui ne viennent sur ce site que pour poster des messages visant à susciter polémiques et débats de bas niveau.
Ce qui m'a intéressé chez ce personnage, hormis son parcours au sein des grandes majors européennes et son éducation Made in France, c'est le niveau de compétences managériales. Il est effectivement regrettable qu'Air France et Lufthansa n'aient ou retenir les compétences de ce monsieur, et c'est un drame en quelque sorte qu'il ait fini chez Emirates, compte tenu sa très bonne connaissance des compagnies visées explicitement par la compagnie de Dubaï. Le départ d'Europe de ce type de profil est malheureusement symptomatique de la difficulté qu'ont les entreprises européennes à se restructurer et surtout le reflet de l'incapacité de l'Union Européenne à faire respecter des règles de concurrence transparentes et acceptables. Malheureusement le monde de l'entreprise et les gouvernements semblent de plus en plus déconnectés en Europe et c'est bien dommage.

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