Aéroports : d'autres règles en vue pour la privatisation de Lyon et Nice?

Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski
Alors que l'attribution aux Chinois de 49,9% des parts de l'Etat dans l'aéroport de Toulouse fait polémique, l'Etat devrait changer son fusil d'épaule pour la cession de ses parts dans les aéroports de Nice et Lyon, prévus selon nos informations en 2015.
Les acheteurs devront notamment disposer d'une expérience aéroportuaire, un point qui ne figurait pas dans les critères de choix de l'Etat formulés dans l'annexe 1 du cahier des charges fixant le processus de désengagement de l'Etat dans l'aéroport toulousain.
Pour certains observateurs, la volonté de l'Etat d'optimiser le prix de cession est à l'origine de l'absence de cette précision. C'est d'ailleurs ce critère qui ressort en tête dans le cahier des charges. Pour certains observateurs, ce cahier des charges explique non seulement pourquoi aucun spécialiste aéroportuaire étranger n'a déposé d'offres pour Blagnac et pourquoi les deux spécialistes français que sont Aéroports de Paris et Vinci ont perdu. Pour d'autres, c'est tout simplement le projet chinois qui était meilleur.
Dans la Ville rose, contrairement à deux consortium français, l'un emmené par Aéroports de Paris, l'autre par Vinci, aucun des deux investisseurs chinois composant le consortium Symbiose ne sont des spécialistes de l'aéroportuaire. Chef de file du consortium à hauteur de 51%, Shandong Hi-Speed Group est un acteur du ferroviaire tandis que le deuxième investisseur, Friedmann Pacific Asset Management (FPAM Group), est un gestionnaire d'actifs de Hong kong. Souvent cités, SNC Lavalin et l'aéroport de Shenzen ne sont que des partenaires techniques, qui n'ont pas mis un centime dans l'opération.
Côté chinois, on réfute ce manque d'expérience dans le secteur. «Le cahier des charges n'imposait pas d'acteurs aéroportuaires dans le consortium. Si cela avait été nécessaire, SNC Lavalin et l'aéroport de Shenzen en auraient fait partie», assure-t-on, précisant toutefois que la maison-mère de Shandong Hi-Speed Group détient une petite participation dans l'aéroport chinois de Jilian (8 millions de passagers annuels).
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Ne pas avoir un acteur aéroportuaire de plain-pied dans le consortium ne les a pas empêché de bâtir un projet jugé sérieux par les collectivités et l'Etat. «Notre projet est le meilleur», fait-on valoir. Parmi tous les critères examinés par les collectivités, il aurait été classé en tête, à l'exception de celui concernant le développement de l'immobilier. «La grande différence entre le projet chinois et les autres, c'est le développement vers la Chine. C'est très ambitieux », explique une source toulousaine.
Avec le prix évidemment. Les Chinois ont proposé 308 millions d'euros, contre, selon nos informations, environ 260 millions d'euros pour Vinci et 250 millions pour ADP. Ce prix, ajouté à une dette d'une centaine de millions d'euros, donne pour la plateforme de Blagnac une valeur d'entreprise d'environ 716 millions d'euros, soit 18 fois l'Ebitda (excédent brut d'exploitation) 2013 qui s'est monté à environ 39 millions d'euros.
"C'est beaucoup", commente un analyste du secteur, cité par Reuters. "Surtout si l'on compare aux 9 fois l'Ebitda de valorisation d'ADP. En Europe occidentale, confirme à La Tribune un expert, les prix d'acquisitions aéroportuaires se situent autour de 14-16 fois l'Ebdita. En extrapolant ce ratio de 18 aux aéroports de Nice et de Lyon, les deux prochains sur la liste des privatisations partielles, on obtient des valeurs d'entreprise comprises entre près de 1 milliard d'euros et plus de 1,6 milliard d'euros, selon les calculs de Reuters.
Le consortium chinois ne devrait pas être candidat à la cession des parts de l'Etat dans les aéroports de Nice et Lyon. Il a plutôt des visées sur d'autres plateformes européennes pour « construire un grand groupe aéroportuaire en Europe », selon des proches du consortium.
L'objectif immédiat est de se concentrer sur le «closing» de l'opération toulousaine. Un pacte d'actionnaires sera ensuite signé entre les différents actionnaires. Il donnera aux Chinois les moyens de mettre en œuvre leur projet.
Pour mettre fin au sentiment de défiance, les investisseurs chinois pourraient céder (au même prix) jusqu'à un tiers de leur participation (soit 16% du capital) à un ou des investisseur français.
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Mais cette opération ne devrait pas avoir lieu avant l'été prochain... Si elle a lieu. "Emmanuel Macron confirme que le consortium sino-canadien [chinois en fait, Ndlr] n'y serait pas opposé», a déclaré le président de la Région Midi-Pyrénées, Martin Malvy. Ce point interpelle néanmoins certains opposants aux Chinois. Car, dans le cahier des charges, il est écrit que le pacte d'actionnaires prévoira l'engagement de l'acquéreur de ne pas céder tout ou partie de la participation pendant au moins trois ans.
Fabrice Gliszczynski
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