Comment Jean-Daniel Guyot est devenu le capitaine de Trainline

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En 2009, Jean-Daniel Guyot crée Captain Train, agence de voyage en ligne.
En 2009, Jean-Daniel Guyot crée Captain Train, agence de voyage en ligne. (Crédits : Trainline)
L'agence de voyage en ligne, désormais rachetée par Trainline, n'aurait peut-être jamais vu le jour si Jean-Daniel Guyot n'avait pas essuyé auparavant quelques échecs entrepreneuriaux.

C'est à l'époque où le site de la SNCF n'était pas aussi performant qu'aujourd'hui que Jean-Daniel Guyot, qui a d'ailleurs fait ses premiers pas à la SNCF, décide de créer un site qui améliore l'expérience d'achat. Objectif : faire en sorte que chaque seconde gagnée puisse l'être. Aucun détail n'est omis. Et toutes les conditions générales de vente, souvent illisibles il faut le reconnaître, sont réécrites en français intelligible et traduites dans d'autres langues. L'agence de voyage en ligne Captain Train voit le jour en 2009. "C'est uniquement une billetterie sèche", prévient Jean-Daniel Guyot.

"Nous ne faisons pas un travail d'agent de voyage. Nous sommes un intermédiaire entre les opérateurs ferroviaires et les clients. Nous sommes un distributeur indépendant et européen, présent dans une vingtaine de pays. Notre moteur d'itinéraire permet de jongler avec les différentes offres de billets (TER, TGV, car...), que nous combinons afin de proposer un prix de trajet."

Mais cette plateforme, désormais rachetée par Trainline, n'aurait peut-être jamais vu le jour si Jean-Daniel Guyot n'avait pas essuyé auparavant quelques échecs.

Le pari du développeur sur Mac

Après des études d'ingénieur à l'Insa, d'où il sort diplômé en architecture des systèmes d'information, ce Nancéien effectue son stage de fin d'études à la SNCF. Sa mission ? Développer le premier logiciel Mac pour le groupe public en 2004. Car à l'époque, il existe un logiciel "Riho", contenant tous les horaires de la SNCF. Chaque trimestre, le CD est vendu 8 euros, mais à l'époque il n'existait pas de version Mac. Il faut dire que peu de gens étaient alors équipés d'un ordinateur Macintosh. C'est pour cela qu'on demande au passionné de développement logiciel qu'est Jean-Daniel Guyot d'y remédier. Une mission taillée pour le jeune diplômé qui a toujours aimé construire et programmer, et qui s'intéresse en outre au design d'interface, "que l'on ne doit pas remarquer s'il est bien fait", précise-t-il. "J'ai toujours essayé de lier les deux", explique celui qui aime que l'informatique soit au service de l'humain.

Une fois le logiciel sorti, Jean-Daniel Guyot décide de monter sa propre entreprise afin d'offrir ses services à d'autres clients. Et il a le nez creux, car en 2007, l'iPhone sort. C'est alors le grand retour du Mac. Mais peu de gens sont capables de développer sur ce système d'exploitation. Il met donc à profit son expertise pour la société Wizzgo, sorte de "magnétophone en ligne", qui permet de visionner ou d'écouter des émission de TV sur format iPod ou vidéo. Mais malgré le succès rencontré (400.000 utilisateurs en six mois seulement!), l'entreprise doit mettre la clef sous la porte à cause de lourdes condamnations, suite aux plaintes de toutes les chaînes de télévision. Cependant, depuis, la législation a évolué, ce qui a permis à une entreprise comme Molotov de s'inscrire dans cette veine.

De l'idée au projet

Le jeune entrepreneur et son équipe réfléchissent alors à un secteur dans lequel ils seraient en mesure d'apporter de la valeur. Et tout de suite, Jean-Daniel Guyot pense aux billets de train. Surtout qu'à l'époque, le site de la SNCF collectionnait les problèmes techniques à en rendre fous les utilisateurs. Avec son équipe, il décide alors de concentrer toute son énergie à la vente de billets de train en ligne. Mais uniquement des billets de trains, et non pas des forfaits train et hôtel comme le propose la SNCF aujourd'hui par exemple. Le tout, sans aucune publicité en ligne pour apaiser l'expérience utilisateur.

A l'époque, les étoiles sont alignées pour l'entrepreneur. Et pour cause, l'Autorité de la concurrence vient de condamner la SNCF à 5 millions d'euros d'amende le 5 février 2009 pour avoir empêché les agences de voyage en ligne de vendre de billets de train. Jean-Daniel Guyot se souvient encore précisément de cette date salvatrice pour lui. "La procédure a tout de même duré sept ans", se rappelle-t-il. "Le groupe avait donné l'exclusivité à Expédia, qui est associé à Voyages-SNCF.com". Désormais, ce dernier doit laisser accès à une connexion technique permettant de vendre sur un autre site les billets de la SNCF. Le contrat est signé en juillet 2010, et en octobre 2010 l'entreprise de Jean-Daniel Guyot et de ses deux associés vend ses premiers billets à son entourage (famille, amis). Puis Captain Train est officiellement ouvert en avril 2011. Le recrutement peut vraiment commencer - ils sont uniquement trois co-fondateurs à l'époque -, car ça y est, le site est connecté à iDTGV. Captain Train propose donc l'intégralité de l'offre française de train, se trouvant ainsi à égalité avec la SNCF. La jeune pousse séduit quelques investisseurs dont Index Ventures, qui met 1,3 million d'euros sur la table avec le CM-CIC Capital Privé, ainsi que quelques business angels. La levée de fonds est finalisée début 2012.

Ensuite, Captain Train se concentre sur l'aspect technique du site afin de se connecter à l'ensemble des opérateurs, pour avoir l'offre la plus complète en Europe. Sans négliger un support client efficace. En 2013, l'entreprise lève 2,5 millions d'euros et met le cap sur l'Allemagne. Puis fin 2014, Alven Capital investit 5,5 millions d'euros. A ce moment-là, les fondateurs décident de se séparer, car deux d'entre eux aspirent à de nouveaux horizons. Jean-Daniel Guyot reste alors le seul maître à bord. Il recrute un Directeur général pour l'épauler le 1er janvier de l'année suivante.

De Captain Train à Trainline

Au printemps 2015, Captain Train et son homologue britannique décident de s'associer pour lutter contre les monopoles en France. L'alchimie opère. Et Trainline finit par faire une offre de rachat, qui s'est finalisée en mars 2016. L'équipe de plus de 500 salariés de près de 50 nationalités est ainsi répartie entre Paris, Edimburgh et Londres où se trouve le siège social de l'entreprise connectée à 86 opérateurs différents dans 24 pays. Désormais, l'objectif est de tout unifier en une seule plateforme commune pour remplacer les actuels deux sites et applications pour mobile. Avec l'ambition de promouvoir le train pour les touristes.

"Car bien souvent, il existe une méconnaissance des agences de voyage non européennes", analyse Jean-Daniel Guyot.

"Par exemple un Australien ne connaît pas le train. De plus, pour trouver des billets de train, comment voulez-vous qu'un touriste pense à la SNCF ? Quel rapport y a-t-il entre les mots "train" et "SNCF" ?", interroge-t-il.

D'ailleurs, quand on tape le mot "train" dans le moteur de recherche Google, c'est Trainline qui apparaît en premier, suivi par le site Goeuro. Le site de la SNCF arrive seulement en troisième position. En outre, "un Australien prévoit son voyage au minimum six mois à l'avance", ajoute-t-il. Ce qui n'est pas sans poser un petit problème pour la réservation de billets de train dont les billets sont ouverts à la vente au mieux trois mois à l'avance... Des constats qui pourraient peut-être pousser la SNCF à opérer quelques changements dans sa stratégie commerciale. À moins que ses futurs concurrents n'y pensent, eux.

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Commentaires
a écrit le 26/06/2017 à 9:56 :
"Riho" le nom du logicie et non "Rio" !

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