Mise au jour par des journalistes dans la région rouennaise, la fraude dont est l’objet notamment l’application de covoiturage domicile-travail, Klaxit devrait déboucher sur un durcissement des conditions d’accès à ce service subventionné par les pouvoirs publics au nom de la lutte contre l’autosolisme. Objectif : décourager les tricheurs sur ces plateformes sans pour autant dissuader leurs utilisateurs. Explications.« Le covoiturage de boîte à gants », c'est ainsi que les adeptes appellent la combine. Elle a été mise au jour fin mars à la faveur d'un article paru dans le Journal d'Elbeuf repris ensuite par plusieurs médias nationaux. L'enquête très fouillée a fait du bruit dans le petit monde des plateformes de covoiturage et dans les couloirs du ministère des Transports. Elle détaille la pratique à laquelle recourent des petits malins pour piéger - notamment - Klaxit, leader français du covoiturage courte distance (en passe d'être rachetée par son concurrent BlaBlaCar) dans l'agglomération rouennaise où son utilisation bat des records.
Le principe est assez simple. En se faisant passer à la fois pour le conducteur et le passager grâce à deux voire trois téléphones, des fraudeurs parviennent à se faire indemniser pour des trajets qu'ils ont effectué seuls dans leur voiture ou... sur le siège d'un bus. Les témoignages recueillis par le journaliste sont édifiants. « On sait qu'on peut utiliser Klaxit pour se faire de l'argent », raconte Maxime, un étudiant dont le prénom a été modifié. Une autre étudiante explique avoir empoché « 8 euros par semaine » depuis presque un an sans avoir vu l'ombre d'un passager.
Un petit pactole
Chaque voyage « covoituré » étant payé entre 1,50 et 2 euros par la Métropole rouennaise au nom de la lutte contre l'autosolisme, les plus assidus réussiraient ainsi à se constituer un petit pactole de plusieurs dizaines d'euros par mois. Par quelle entourloupe ? Les contrevenants tirent, notamment, parti d'une particularité du système qui veut que les passagers ne soient pas obligés de justifier de leur identité avant d'avoir effectué 15 trajets. La disposition est censée encourager le recours au covoiturage. « L'enjeu de ce seuil réglementaire est de permettre aux utilisateurs de tester le service avant de passer par une procédure de vérification assez lourde », précise-t-on chez Klaxit.
Combien sont-ils à recourir à cette tactique du passager fantôme ? Impossible de le dire avec précision. L'exécutif de la Métropole, qui subventionne généreusement les conducteurs via la plateforme (un peu plus de 4 millions d'euros dépensés depuis son lancement en 2021), chiffre la fraude à 2% des utilisateurs tout en admettant qu'elle est « probablement sous-évaluée ». Soit. Mais quelle que soit l'ampleur du phénomène, il jette une ombre sur la pratique -louable- du covoiturage domicile-travail au moment même où le gouvernement vient de décider de l'encourager par le versement d'une prime de 100 euros.