La difficile équation environnementale du transport aérien
Natasa Laporte

Gb: un passager clandestin chute d'un avion et s'ecrase dans un jardin
Toby Melville
Natasa Laporte

Gb: un passager clandestin chute d'un avion et s'ecrase dans un jardin
Toby Melville
C'est un débat passionné. Du mouvement « Flygskam » (#hontedeprendrelavion) sur les réseaux sociaux aux appels à la taxation du kérosène, la pression sociale sur le transport aérien, accusé d'être un gros pollueur, ne cesse de monter depuis quelque temps. Pourtant, le secteur s'est engagé à réaliser des efforts considérables : l'association internationale du transport aérien (IATA) s'est fixé comme objectif de réduire les émissions de CO2 de 50% d'ici à 2050 par rapport à 2005. Mais avec la croissance vertigineuse du trafic aérien mondial, est-ce réalisable ?
Lors d'une table ronde intitulée « Plus d'avions, moins de pollution : mission impossible ? », qui s'est déroulée le 14 juin au Paris Air Forum, Michael Gill, directeur exécutif et directeur des affaires environnementales de l'ATAG (Air Transport Action Group) a répondu par l'affirmative, en rappelant que le secteur est déjà en train de remplir son objectif à court-terme d'améliorer l'efficacité énergétique des flottes de 1,5 % par an.
En outre, « c'est une question autour de laquelle le secteur tout entier est complètement uni », a-t-il souligné. Les obstacles potentiels ? Pour Michael Gill, « si on ne permet pas à Corsia (ndlr : système mondial de compensation des émissions de dioxyde de carbone, voté par l'Organisation internationale de l'aviation civile) d'être implémenté avec succès, de déployer ses effets pour que le public puisse voir l'efficacité environnementale de cette mesure, s'il est mort-né, ce serait une énorme déception pour tous et nous retarderait des années voire des décennies dans nos tentatives d'influer sur le débat environnemental ».
Pour réduire voire supprimer les émissions de carbone, une aviation commerciale électrique d'ici à 2050 est-elle envisageable ? Probablement non, d'après Stéphane Cueille, directeur Groupe R&T et Innovation de Safran. De fait, la densité des batteries ne permet pas aujourd'hui aux avions de la taille de l'aviation commerciale de voler à de longues distances.
Afin que l'aviation commerciale soit tout électrique pour des vols de plus de 1000 km, « il faudrait une révolution scientifique », a pointé celui qui est également président du comité de pilotage du Conseil pour la recherche aéronautique civile (CORAC).
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Jusqu'aux vols régionaux en hybride à l'horizon 2030 ?
Alors pour réussir le pari environnemental du transport aérien, tous les regards se tournent vers les biocarburants. Problème, leur utilisation pour l'heure reste limitée à 0,04 % de la consommation. La raison ?
Afin de développer leur utilisation, « il faut admettre qu'il y aura un surcoût, mais qui n'arrivera qu'après une certaine période de transition ». Les pays scandinaves ont commencé à imposer l'incorporation des biocarburants dans les réservoirs : en Norvège, à partir de 2020, ceux-ci devront en contenir 0,5 % dans un premier temps.
Des solutions techniques venant des constructeurs, telle que la réduction de l'équipage grâce au Single Pilot, pourraient aider les compagnies aériennes à faire face à la hausse des coûts en leur permettant de trouver des gains par ailleurs. « Un certain nombre de sujets sur lesquels les constructeurs doivent travailler doivent donner de la performance économique aux compagnies aériennes pour leur permettre d'absorber la transition énergétique », a estimé pour sa part Stéphane Cueille.
De leur côté, les aéroports sont eux aussi confrontés à des challenges complexes. « Les aéroports ne découvrent pas aujourd'hui le problème d'acceptabilité et de confrontation entre la croissance, les besoins d'infrastructures et l'environnement », a rappelé Edward Arkwright, directeur général exécutif du Groupe ADP en charge de développement, de l'ingénierie et de la transformation, à l'occasion de la table ronde « CO2, bruit, emploi : l'impossible équation des aéroports ». Comment font-ils face ?
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Aucun aéroport ne peut résoudre tout seul le défi du carbone, a-t-il estimé, « mais nous pouvons prendre l'initiative et montrer que cela peut être réalisé et c'est quelque chose que nous les aéroports européens avons commencé à faire ». Quant au niveau local, « nous avons travaillé depuis dix dernières ans sur la compréhension des problèmes locaux pour arriver à un plan d'extension qui les traite » entre autres en minimisant les impacts négatifs et en bénéficiant à l'emploi.
Regarder les vidéos du Paris Air Forum
CO2, bruit, emploi: l'impossible équation des aéroports ?: https://www.youtube.com/watch?v=YMlTgecSe5s
Plus d'avions, moins de pollution: mission impossible ?
Natasa Laporte
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