Levée de boucliers à Rouen contre l'entrée en vigueur d'une zone de faibles émissions (ZFE)

Comme Paris, la Métropole de Rouen interdit les véhicules particuliers classés Crit’air 4 et 5 depuis le 1er septembre dans le cadre de la mise en place d’une Zone de Faibles Emissions (ZFE). Adoptée au nom de niveaux de pollution élevés, la mesure va au-delà l’obligation légale qui s’impose aux grandes agglomérations cette année. En dépit d’aides généreuses, ce calendrier suscite un tir de barrage.
Rouen est la deuxième des grandes agglomérations soumises à l'obligation d'une ZFE à proscrire les vignettes Crit'air 4
Rouen est la deuxième des grandes agglomérations soumises à l'obligation d'une ZFE à proscrire les vignettes Crit'air 4 (Crédits : DR)

Environ 300 personnes ont battu le pavé ce samedi à Rouen à l'appel de plusieurs syndicats rejoints par des gilets jaunes pour protester contre l'entrée en vigueur, le 1er septembre, d'une Zone à Faibles Emissions (ZFE) dans 13 communes volontaires de l'agglomération -dont la ville centre. A l'origine de ce mouvement, la décision de la Métropole d'interdire, dès cette année, non seulement les véhicules particuliers classés Crit'air 5 mais aussi ceux plus récents nantis d'une vignette Crit'air 4. Autrement dit, toutes les voitures diesel de plus de 16 ans d'âge.

Lire aussiPour ou contre : faut-il accélérer la création de zones à faibles émissions mobilité (ZFE-m) pour les véhicules particuliers ? Grégory Doucet face à Philippe Tabarot

Rouen est la deuxième des grandes agglomérations soumises à l'obligation d'une ZFE à proscrire les vignettes Crit'air 4 avant même Grenoble, la ville dirigée par le maire écologiste Eric Piolle, qui ne le prévoit pas avant un an et demi. Jusqu'ici seule Anne Hidalgo à Paris s'était risquée à prendre une mesure aussi restrictive pour les particuliers, tout en l'assouplissant les week end et après 20 heures. Rouen lui emboîte donc le pas 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 au nom de la lutte contre la pollution atmosphérique.  « Si nous avons fait ce choix, c'est que notre point de départ, celui à partir duquel la trajectoire d'amélioration est calculée, est très mauvais pour ne pas dire nul », argumente Nicolas Mayer Rossignol, maire et président de la Métropole pour justifier sa décision.

La capitale administrative de la Normandie dépasse en effet régulièrement les seuils acceptables de pollution aux particules fines et aux oxydes d'azote (les deux types de polluants ciblés par les ZFE) tels qu'ils sont fixés par l'Organisation Mondiale de la Santé. En pressant l'allure, le patron de l'exécutif métropolitain espère pouvoir satisfaire les objectifs de réduction d'émissions que lui dicte la loi. « Si nous faisons l'autruche et ne respectons pas ces objectifs, l'Etat nous imposera une interdiction aux Crit'air 3 dès le 1er janvier 2025 », prévient-il.

Zone de Franche Exclusion pour les opposants

Ces arguments semblent laisser de marbre les opposants, vent debout contre une mesure considérée par beaucoup comme discriminatoire. « ZFE = Zone de Franche Exclusion », pouvait-on lire sur les pancartes samedi lors de la manifestation. La décision de la Métropole est également mise en cause dans deux pétitions : l'une lancée par une rouennaise appuyée par 3.000 signataires réclame le report de la ZFE en 2023, l'autre émane de plusieurs militants de la NUPES soutenus par 2.200 personnes et veut sa suspension pure et simple. Des voix s'élèvent aussi plus à droite de l'échiquier politique. « Vous vous trompez et les plus pauvres vont payer », tance le député Renaissance de Seine-Maritime, Damien Adam, dans une lettre ouverte à Nicolas Mayer Rossignol.

Face à cette levée de boucliers, l'exécutif métropolitain multiplie les gestes d'apaisement. Il vient ainsi de décider d'accorder deux ans de transport public gratuit à qui mettra son vieux véhicule au rebut, en complément des mesures d'accompagnement déjà actées. A cet exercice, l'agglomération n'a pas lésiné. Elle a mis 40  millions d'euros sur la table pour aider ses administrés les moins argentés à basculer vers des voitures électriques ou essence classées Crit'air 1.  « Ce sont les plus généreuses de France », assure son président. Dans ces conditions, pas question à ce stade pour l'intéressé d'opérer une marche arrière. « Je suis bien conscient des difficultés mais regardons comment cela fonctionne jusqu'en mars (date à laquelle tomberont les premières contraventions, ndlr) et on verra », explique t-il.

Pour les élus écologistes de sa majorité, c'est tout vu. Eux suggèrent déjà de relever le seuil d'obtention des aides au-delà de 20.000 euros par part fiscale « pour les classes moyennes du périurbain ». Ils proposent également d'exempter les automobilistes de plus de 75 ans et d'instaurer la gratuité des transports publics le dimanche pour tous et toute la semaine pour les moins de 25 ans. « La Métropole doit prendre toute la mesure de la difficulté collective dans laquelle nous plonge l'arbitraire de l'Etat », insistent-ils dans un communiqué tout en invitant la collectivité à « mieux communiquer ».

Nice, Montpellier ou Lyon qui banniront à leur tour les vignettes Crit'air 4 pour les véhicules particuliers à compter de janvier 2024 savent à quoi s'attendre : la route est droite mais la pente est rude comme le disait un ancien premier ministre.

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Commentaires 10
à écrit le 11/09/2022 à 19:49
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Faire des blocages de l'agglo avec nos dites poubelles

à écrit le 07/09/2022 à 9:59
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Vv'est une contreintes par laquelle il faut passer comme on l'a toujours fait pour d'autre, comme les zones piétonnes dans lesquelles nous entrions avec nos fumantes dans les temps plus ancien. Tout est question de mesure à étaler dans le temps, et c...

le 07/09/2022 à 16:24
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Pour celles et ceux qui , malgré les aides, ne pourront s’acheter 1 nouveau véhicule à moins de s’endetter (le prix des voitures d’occasion s’est envolé de 20%, les hybrides qui seront interdites un jour, sont hors de prix), en conséquence : plus de ...

le 07/09/2022 à 18:18
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@Satanas Les ZFE ne se trouvent pas dans les centres de petites villes qui n'ont pas de transport en commun mais dans les mégalopoles toutes dotées de tensports en commun. Par ailleurs les marchands de matériaux de construction ne se trouvent pas ...

à écrit le 07/09/2022 à 9:58
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Vv'est une contreintes par laquelle il faut passer comme on l'a toujours fait pour d'autre, comme les zones piétonnes dans lesquelles nous entrions avec nos fumantes dans les temps plus ancien. Tout est question de mesure à étaler dans le temps, et c...

à écrit le 06/09/2022 à 17:12
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"réclame le report de la ZFE en 2023" mais en 2023, rebelote, "on veut 2024". Ça a été annoncé depuis combien d'années ? Les gens le découvrent à échéance ? Transports gratuits, mais ceux venant en voiture ne les prennent pas, les transports, ils v...

à écrit le 06/09/2022 à 16:46
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Sans l'odeur du diesel, la ville n'est plus la ville. Qu'elle est donc cette idée de vouloir faire la campagne à la ville ? La ville tu l'aime (avec l'odeur du diesel) ou tu la quitte.🤣

à écrit le 06/09/2022 à 8:55
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Pas si simple que çà. Tout dépend du type de polluant (particules de diverses origines; CO et non CO2 qui n'est pas un polluant, NOx, ...), de l'âge du véhicule, des moyens mis en oeuvre sur les moteurs (filtres, adjuvants,...). Sans parler des contr...

à écrit le 06/09/2022 à 7:25
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Pas moi qui vais pleurer sur les diésélistes. Ils le savent depuis longtemps, que leurs véhicules sont polluants, qu'ils prennent leurs responsabilités

le 06/09/2022 à 17:01
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Les essence ont enfin eu l'obligation, retardé par la faute des lobbies, d'avoir un FAP monté de série, ça pollue aussi, l'essence dont le benzène, anti-détonnant qui remplace le plomb tétraéthyle (leucémies, ne mettez pas la nez sur le réservoir qua...

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