Privatisation d'ADP  : Vinci attend calmement son heure

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(Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Xavier Huillard, le Pdg de Vinci a réitéré son intérêt pour le gestionnaire des aéroports parisiens en cas de privatisation de ce dernier. La question de l'absence de limitation de durée dans l'exploitation d'ADP soulève un problème en cas de privatisation.

Vinci attend son heure. Calmement. Lors de la présentation ce jeudi des résultats financiers 2017 qui ont vu le bénéfice net augmenter de 15%, à 2,737 milliards d'euros, Xavier Huillard, le Pdg du groupe, a réitéré son intérêt pour ADP, le gestionnaire des aéroports parisiens de Roissy-Charles de Gaulle, d'Orly et du Bourget, en cas de privatisation de ce dernier. Rien de surprenant. Depuis son entrée au capital d'ADP en 2008 à hauteur de 3,3% (8% depuis 2013), Vinci attend patiemment son heure. Celle-ci a de fortes chances d'arriver en 2018. Le groupe qui revendique la quatrième place mondiale parmi les acteurs du secteur aéroportuaire fait figure de grand favori.

Quelles conditions?

«Je vous confirme que selon ce qui sera décidé par l'État, nous devrions être intéressés et qu'il est absolument impossible d'en dire plus aujourd'hui puisque l'État lui-même n'a pas pris ses propres décisions», a déclaré, Xavier Huillard. «Nous ne savons toujours pas si l'État veut bouger et dans l'hypothèse où il veut bouger, nous ne savons pas comment il veut bouger, quel pourcentage il serait prêt à mettre sur le marché et comment il s'y prendra».

Il y a trois semaines, lors de la présentation de ses vœux à la presse, Xavier Huillard avait tenu des propos similaires en précisant néanmoins à ce moment-là "qu'à travers les échos" qu'il avait eu de la part de "différents contacts", il pensait que "cela pourrait bouger en 2018".

Pour autant, si le groupe est intéressé, il sera très attentif aux conditions de privatisation et notamment sur le niveau de participation que cédera l'Etat et sur la façon dont il le fera.

L'État va-t-il en effet lancer "une consultation qui permettrait à un actionnaire d'assurer son contrôle sur ADP" ou, au contraire préfèrera-t-il "découper en morceaux sa participation pour être certain d'avoir en face de lui un grand  nombre d'actionnaires et non un actionnaire dominant"?  s'était interrogé Xavier Huillard.

"Supposez que l'Etat décide de vendre 10% du capital pour conserver 40% pour toujours, et que ces 10% du capital soient découpés en 5 morceaux de 2% et qu'il nous est proposé d'acheter 2% du capital, on se posera la question de savoir si cela nous intéresse. Tout dépend donc du cas de figure. L'État ne s'est pas encore fait sa philosophie", avait-il ajouté lors de ses vœux.

Le précédent de 2013

La remarque n'était pas anodine. Elle faisait référence à la cession de 9,5% des parts de l'État en juillet 2013, vendus en deux blocs de 4,7%, l'un à Predica, une filiale du Crédit Agricole, l'autre à Vinci (lequel détenait déjà 3,3%), avec, comme condition, que la participation des nouveaux actionnaires soit plafonnée à 8% pendant 5 ans. Une façon de faire qui, selon un proche du dossier à l'époque, visait à empêcher Vinci de prendre une longueur d'avance si ADP était un jour privatisé. Ceci dans le but d'éviter de reproduire le scénario constaté lors de la privatisation d'ASF (Autoroutes du sud de la France) en 2005 où personne n'était venu se frotter à Vinci, qui avait raflé au cours des années précédentes plus de 21% du capital. Sans concurrence, Vinci avait très bien négocié les conditions de cette acquisition avec l'État.

Aujourd'hui, selon des proches du Gouvernement, l'État entend continuer à jouer un rôle dans ADP.

Actifs stratégiques

Bien que fortement probable, les jeux en faveur d'une privatisation ne sont pas encore faits. La privatisation d'actifs stratégiques fait en effet toujours débat parmi les différentes parties prenantes de ce dossier. Il y a d'un côté ceux qui expliquent que l'Etat ne peut céder des actifs aussi stratégiques pour le pays que les aéroports parisiens, et, de l'autre, ceux qui, favorables à une privatisation, répondent que l'Etat gardera dans tous les cas la main sur ADP à travers le contrat de régulation économique (CRE), qu'il signe tous les cinq ans avec ADP. Car ce contrat fixe à la fois les investissements et les niveaux de redevances demandés aux compagnies aériennes pour cette période.

L'épineuse question du foncier

Au-delà de ces questions philosophiques, c'est surtout la question du foncier d'ADP que cherche à régler l'État. Pour rappel, ADP est propriétaire du foncier d'ADP et certains voient d'un mauvais œil qu'il passe à des acteurs privés au motif qu'ils pourraient l'utiliser pour des projets plus rémunérateurs que les activités aéronautiques. Ce que rejettent certains partisans de la privatisation. "Le foncier est déjà traité dans la loi de 2005 sur les aéroports auquel est soumis ADP. Si "ADP vendait du foncier aéroportuaire, l'État récupèrerait 70% de la plus-value", dit-on.

En revanche, il y a un sujet sur l'absence de limitation de durée du droit d'exploitation dont dispose ADP.

« Le vrai sujet est qu'ADP jouit d'un droit d'exploitation éternel. Certains pensent que cela ne pose pas de problème tant que l'État détient plus de 50% du capital, mais qu'en passant sous la barre des 50%, il y a une contradiction constitutionnelle entre le droit d'exploitation éternel et le fait que l'État ne soit plus en position de contrepoids », a indiqué Xavier Huillard à quelques journalistes, en aparté de la conférence de presse.

Le sujet est cornélien, car privatiser l'exploitation d'ADP tout en conservant la propriété du foncier reviendrait à léser les petits actionnaires dans la mesure où une partie de la valorisation boursière d'ADP est liée à ce foncier.

Verdict dans les prochains mois. Examinée au printemps prochain par le Parlement français, la loi "Pacte" (Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises) comportera un volet permettant d'engager la cession de participations de l'État dans des entreprises, avait indiqué en janvier le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, lors de ses vœux à la presse.

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Commentaires
a écrit le 03/07/2018 à 23:42 :
L'analyse profonde du modele applique en la realisation de la privatisation de Lyon devrait permettre de faire un tri car il semblerait qu'a Lyon la privatisation a provoquee semble t il des licenciements que signales par pole emploi ou une structure liee. Cela serait dommage et je ne pense pas que le groupe puisse rectifier le tir avant et bien entendu si cela est fonde. Qui d'autre est interesse par ADP?
a écrit le 10/02/2018 à 13:33 :
Après l'abandon de NDDL, Vinci voit sa position renforcée pour la reprise d'ADP, l'état lui devant 350 millions, l'entreprise pourrait se montrer conciliante en échange de bons procédés.
a écrit le 10/02/2018 à 12:45 :
On est dans la perspective de la privatisation de la SNCF avec tous les dommages collatéraux à venir et pour rejoindre l' exigence d' ..épouser la feuille de route de Bruxelles ou GOPE qui embarque le pays dans SA solution à la seule fin de faire manger le gâteau France aux copains du privé..

La SNCF est malade des directives et des traités européens, lesquels imposent la mise en concurrence des services publics par l’article 106 du TFUE. Mais, de cette implication, Capital ne va pas parler. Il chante à nouveau les louanges du privé en passant sous silence l’exemple britannique où la question de la renationalisation du rail se pose. Source : Capital (4 janvier).

« Réduction des dépenses publiques »

Traduction : c’est ce que le gouvernement a annoncé avec son plan de 50 milliards d’économie [4]. C’est la fameuse contrepartie du « pacte de responsabilité » pour ne pas faire exploser le déficit. À ce pacte de responsabilité peu efficace [5] sur la compétitivité, il est désormais demandé d’ajouter une nouvelle réduction drastique des dépenses publiques.

Ce qu’il faut savoir – et que tous les économistes savent – c’est que pratiquer des coupes sombres dans les dépenses publiques lorsqu’un pays est déjà en période de stagnation économique est une politique qui ne peut mener qu’à la récession. Et c’est en outre contre-productif puisque la récession entraîne une baisse des recettes fiscales souvent supérieure aux économies réalisées par la réduction des dépenses. En d’autres termes, cela revient paradoxalement à creuser le déficit que l’on prétendait combler…

Il faut enfin savoir que l’histoire économique enseigne qu’il n’y a pas de baisse des dépenses publiques réussies sans dévaluation monétaire. Songeons aux exemples récents de l’Allemagne (dévaluation de facto avec l’adoption de l’euro, qui est sous-évalué pour la compétitivité allemande) et de la Suède. Autant dire que la baisse des dépenses publiques est impossible pour la France, du fait que l’euro est très surévalué par rapport à la compétitivité de l’économie française.

Traduction : cela revient à accentuer les privatisations et la destruction de notre système de santé et de nos services publics auxquels les Français sont majoritairement attachés, quelle que soit leur couleur politique [6].

On a par ailleurs vu le succès de la privatisation des autoroutes qui rapportaient à l’État et coûtent désormais très cher aux Français…

https://www.upr.fr/actualite/europe/les-gope-grandes-orientations-politique-economique-feuille-route-economique-matignon

CQFD
a écrit le 10/02/2018 à 12:09 :
Quand tous les biens de l'Etat auront été vendus et l'argent gaspillé (J.O. et autres frivolités), il ne restera rien ! d'autant plus imbécile que cet établissement fonctionne correctement... attention que le repreneur ne soit pas un sous-marin de British Airports Authorities ou bien un intrigant comme l'actionnaire chinois de Toulouse, non seulement incompétent mais en plus doté de mauvaises intentions (piller les bénéfices). Le néo-libéralisme s'avère stupide !
a écrit le 10/02/2018 à 9:04 :
C’est l’un ou l’autre.
L’Etat qui garde le contrôle après avoir cédé ses parts ? faut pas rêver.
Il suffit de voir les tergiversations stériles lors des augmentations de tarifs autoroutiers.

En tant qu’acteur privé, Vinci est parfaitement dans son rôle et quand on regarde ses résultats, il gère bien pour ses propres intérêts. A cela rien de surprenant, c’est comme n’importe quel groupe privé.
https://www.vinci.com/vinci.nsf/fr/page/finances-resultats-metiers.htm#

La différence entre autoroutes et aéroports (à part la marge opérationnelle) ?

En ce qui concerne les autoroutes, en cas de tarifs trop élevés, les automobilistes peuvent toujours prendre les RN ou RD.
On peut considérer qu’un aéroport est plus « stratégique » pour un pays ou une région.
Ce qui oblige à être attentif aux actionnaires : https://www.vinci.com/vinci.nsf/fr/page/finances-bourse-actionnariat.htm
Peut être que la solution pour ne pas être obligés de vendre des fleurons (qui en plus sont rentables) serait d’effectuer des réformes structurelles afin de réduire les dépenses et l’endettement ?
a écrit le 10/02/2018 à 6:39 :
Oui cela sent le scandale comme pour les autoroutes !!!
a écrit le 09/02/2018 à 9:34 :
Encore un nouveau racket en faveur des puissants...

Scandale autoroutes bis...

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