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Procès Air France : le procureur requiert la prison avec sursis pour 5 salariés

Photo de Fabrice Gliszczynski

latribune.fr

Publié le 28 septembre 2016 à 13:47 - Mis à jour le 28 septembre 2016 à 14:23

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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De deux à quatre mois de prison avec sursis ont été requis contre cinq salariés d'Air France jugés devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour l'épisode de la "chemise arrachée" du DRH le 5 octobre 2015.

Entre deux et quatre mois de prison avec sursis : tel est le  réquisitoire du procureur à l'encontre de cinq des 15 salariés d'Air France poursuivis pour "violences en réunion" contre le directeur des ressources humaines Xavier Broseta et celui de l'activité long courrier de la compagnie, Pierre Plissonnier.

Ces deux cadres avaient été malmenés lors d'un mouvement de foule, (de même que certains des vigiles assurant leur protection) le 5 octobre 2015 en marge d'un comité central d'entreprise (CCE) durant lequel un plan de 2.900 suppressions de postes annoncé quelques jours plus tôt par Air France-KLM était présenté. Les images des deux cadres fuyant sous les huées, torse nu et chemises en lambeaux, ont fait le tour du monde. Certaines ont été visionnées lors de l'audience. Sur l'une, on y entend distinctement un salarié menacer Xavier Broseta: "Tu as des millions en poche, tu vas payer, tu fais moins le malin maintenant".

Jugement en délibéré

Pour les 10 autres prévenus poursuivis pour «dégradations», le procureur a demandé à la cour de les condamner à 1.000 euros d'amende. Au pénal, les salariés poursuivis pour violences encourent jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende. Au civil, Air France leur réclamait un euro symbolique. La CGT, qui dénonce depuis le début de cette procédure une "stratégie de criminalisation de l'action syndicale", demandait leur relaxe. La quasi-totalité des prévenus sont adhérents de la CGT-Air France.

"Une opération de casseurs puis de voyous"

"Ce n'était pas une opération syndicale" mais une "opération de casseurs puis de voyous", a déclaré le procureur Philippe Bourion, reprenant à son compte les termes employés le 6 octobre par le Premier ministre Manuel Valls pour qualifier les militants syndicaux ayant pris part à ces incidents.

Bien qu'il ait assuré avoir pris en compte le "contexte" de ces incidents, survenus après l'annonce de la suppression envisagée de 2.900 emplois, le procureur a estimé que les prévenus avaient bien commis les infractions qui leur étaient reprochées, en l'occurrence d'avoir fracturé le portail d'accès au siège d'Air France et pris part aux violences dont deux cadres dirigeants avaient été victimes.

Deux jours de procès

Le réquisitoire intervient après deux jours procès. Mardi, cinq des quinze prévenus ont été confrontés à leurs accusateurs: des vigiles, les deux cadres dirigeants de la compagnie aérienne qui ont été malmenés. "C'est pas ma place, ici. Je suis là pour défendre l'emploi, les jeunes", avait affirmé Pascal Macquet, accusé de violences sur Xavier Broseta et Pierre Plissonnier, "On a toujours été traités comme des coupables, on nous a condamnés d'avance" sur la foi d'images partielles, avait dénoncé Fabrice Lhermitte, un autre prévenu. Samir Ait Taleb n'a "rien fait" non plus. Ce n'est pas lui qui, voulant empêcher Monsieur Broseta de s'enfuir, a arraché sa chemise. "Que vouliez-vous que je fasse d'une chemise?", interrogeait, provocateur, le prévenu.

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Ces dénégations avaient fini par agacer Frédérique Baulieu, avocate du DRH d'Air France. "On est tous au moins d'accord pour dire qu'il lui est arrivé quelque chose, non?", ironisait-t-elle.

"L'humiliation que constituent ces images"

"C'est bien de rappeler que je suis victime", a déclaré Pierre Plissonnier. Ce dernier a témoigné de "l'humiliation que constituent ces images" et de son "sentiment d'injustice", se décrivant comme un homme ouvert au dialogue social. Ce qui a déclenché quelques murmures de désapprobation dans l'assistance. Xavier Broseta a admis qu'il ne savait pas qui l'avait agrippé, ayant été frappé de dos. Mais il a reconnu avoir "perçu, dans la confusion de l'action, que certains manifestants avaient cherché à (l')aider".

Une aubaine pour la défense qui s'est évertuée à replacer ces événements dans leur contexte et à donner une autre image des prévenus. Elle a ainsi produit une vidéo montrant Vincent Martinez, le délégué du personnel licencié pour "faute lourde", en train de repousser la foule qui assaille les dirigeants.

"Une simple poussette"

A la barre, Vincent Martinez a reconnu avoir fait tomber un vigile qui lui-même a entraîné dans sa chute Xavier Broseta. Une simple "poussette", a minimisé le prévenu.
Les parties sont plusieurs fois revenues sur la décision d'Air France de verrouiller l'accès à son siège social ce 5 octobre à l'occasion d'un comité central d'entreprise crucial. Pour la défense, cela a été perçu comme une provocation. Le directeur juridique a invoqué, lui, des raisons de sécurité.

La "violence sociale" peut-elle justifier la violence physique?

Ce mercredi, lors de leur plaidoirie, les avocats de la compagnie aérienne ont déclaré que la violence sociale ne pouvait justifier la violence physique.

La "violence sociale" peut-elle justifier la violence physique? Jamais, et encore moins chez Air France, ont affirmé ce mercredi les avocats d'Air France dans leur plaidoirie..
Maître Baudouin de Moucheron, l'un des trois avocats de la compagnie, s'est insurgé contre l'idée que "la violence physique peut trouver sa justification lorsqu'elle répond à une violence sociale ou à une situation de désespoir". Elle lui paraît d'autant moins excusable qu'Air France "n'est pas ce monstre insensible, composé de dirigeants froids et cruels, indifférents à la vie de ces 50.000 salariés".

"Aucun licenciement pour motif économique malgré sept exercices déficitaires successifs: c'est ça, la violence sociale à Air France"? s'est-il interrogé.

Intervenant aussi pour Air France, Dominique Mondoloni a mis en avant "le préjudice d'image colossal" pour la compagnie. Un préjudice moral "qui n'est pas lié à la presse mais au comportement des prévenus", dont il a fustigé la "nonchalance" et "désinvolture" à l'audience. "Le mépris social, il est de leur côté", a-t-il asséné.

Maître Frédérique Beaulieu, qui défend Xavier Broseta, s'est élevée contre la "fable selon laquelle Air France aurait tout manipulé", que les vidéos ne prouveraient rien, "bref, que tout ce qui lui serait arrivé serait finalement illusoire et de peu d'importance". "J'aurais aimé l'once d'un début de critique de cette chasse à l'homme", en particulier de "cette "grande organisation syndicale" qu'est la CGT, a ajouté l'avocate.

Mardi, Miguel Fortéa, le secrétaire général de la CGT Air France était revenu sur le "contexte social" de cette manifestation, "10.000 suppressions d'emplois depuis 2005" et une "direction qui ne cessait de nous dire qu'il fallait faire des efforts". Il a justifié les débordements par la décision d'Air France de verrouiller le portail d'accès à son siège. Pressé de dire s'il condamnait les violences, il a botté en touche: "de quelles violences parle-t-on?"
Pour Air France, il était normal qu'elle le soit puisque la manifestation était prévue sur la voie publique et non sur le parvis du siège. Un tract de l'intersyndicale en atteste. Problème: un autre tract, de FO et de la CGT, appelait, lui, à un rassemblement sur le parvis.

À lire également

  • Le procès de la chemise arrachée du DRH d'Air France reporté à septembre

Pour Miguel Fortéa, le procès devait permettre de voir "s'il y a vraiment une justice indépendante" car, selon lui, "la présomption d'innocence n'existe pas" dans ce dossier.
"En nous traitant de voyous et en demandant des sanctions lourdes et exemplaires" dès le lendemain des incidents le 6 octobre, le Premier ministre Manuel Valls "a mis le parquet sous pression", a-t-il estimé.


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