Le parquet a débuté mercredi son réquisitoire au procès du crash du Rio-Paris en écartant certaines « fautes » d'Airbus et d'Air France, provoquant la colère des parties civiles. Des membres de l'association Entraide et Solidarité AF447, qui représente les familles des victimes, ont alors ostensiblement quitté la salle, avant une suspension d'audience. « On est revenu en 2019, lorsque les juge d'instruction ont effectivement déclaré un non-lieu général. On a un procureur qui est censé défendre le peuple...C'était annoncé. Si les réquisitions du parquet dans le procès de l'accident du Rio-Paris ne convenaient pas aux parties civiles, plus précisément à l'association de familles de victimes Entraide et solidarité AF447, celles-ci se réservaient le droit de manifester leur mécontentement. Et c'est ce qu'elles ont fait ce mercredi midi, peu avant la suspension d'audience, alors que les points centraux de l'accusation à l'encontre d'Air France et d'Airbus n'avaient pourtant pas encore été abordés. Avec un discours très structuré, les deux procureurs se sont attachés à aborder méthodiquement toutes les questions soulevées au cours du procès, annonçant au coup par coup si elles constituaient une faute pénale ou non. Un égrenage parfois fastidieux pour une salle bondée, attendant impatiemment de connaître la teneur générale des réquisitions.
Aucune négligence fautive de l'équipage
Particulièrement nombreuses, les parties civiles sont ainsi passées par nombre d'émotions au cours des deux heures qu'a duré cette première séquence ce mercredi matin. Elles ont d'abord été rapidement satisfaites, ou du moins soulagées, lorsque le procureur a déclaré que pour le ministère public, aucune négligence fautive ne pouvait être retenue à l'encontre de l'équipage, et notamment le commandant de bord concernant les points qui lui étaient reprochés : ne pas avoir éviter la zone de perturbations météorologiques comme l'avaient fait les avions environnants, avoir quitté le cockpit à l'approche de cette zone de convergence intertropicale connu pour ses conditions difficiles, avoir laissé l'officier pilote de ligne le moins expérimenté le suppléer.
Ne pas avoir changé les sondes n'est pas une faute pénale
La suite a sans doute été moins agréable à entendre. Se succédant dans la prise de parole, les deux procureurs ont affirmé que les trois seules sondes Pitot disponibles sur le marché, à savoir des sondes Thales AA, Thales BA et Goodrich 0851HL répondaient toutes aux conditions fixées par Airbus, elles-mêmes supérieures à la réglementation. Il a ajouté qu'il n'existait alors pas de système alternatif et que le phénomène de cristaux de glace en haute altitude était encore mal connu à l'époque. Ils ont donc conclu que le non-changement des sondes Pitot Thales AA par des BA ou des Goodrich n'a pu constituer une faute pénale. Ils ont ainsi estimé qu'il n'est pas possible de savoir avec certitude si un autre modèle de sonde aurait givré ou non dans les conditions rencontrées par l'AF447, précisant que les évènements se sont d'ailleurs poursuivis à un rythme encore élevé pendant quatre mois malgré l'abandon des sondes AA avant de perdurer pendant plusieurs années encore à un rythme moindre.