La salle d'audience 2.01 du tribunal correctionnel de Paris n'avait pas été aussi remplie depuis le premier jour du procès de l'accident du Rio-Paris. Une seule raison à cela : la présence d'Airbus à la barre. L'intérêt pour l'interrogatoire du constructeur dépasse ainsi celui d'Air France la semaine passée. Pendant sept heures son représentant, Christophe Cail, ancien chef pilote d'essai chez Airbus et actuellement conseiller opérationnel du directeur de la sécurité des vols, a répondu aux nombreuses questions des juges - ou plus exactement aux questions de l'une des trois juges qui a littéralement pris l'interrogatoire en main. Sans véritable rebondissement, cette séquence s'est tout de même distinguée par un infléchissement de la position d'Airbus vis-à-vis des pilotes. Ou du moins une recherche de subtilité.
Se voulant didactique, Christophe Cail a demandé à débuter son interrogatoire par une nouvelle vidéo avec une modélisation numérique reproduisant les derniers instants du vol. Si cette requête a été acceptée, la présidente du tribunal a tout de suite posé des limites à l'exercice. Le représentant d'Airbus n'a pas eu le droit de séquencer la vidéo pour appuyer sa démonstration, et a dû se contenter de commenter en direct et sans pause les quatre dernières minutes du vol AF447.
Par la suite, beaucoup de domaines déjà largement étudiés ces dernières semaines (sondes, classification de la panne, procédures, directeurs de vol...) ont été à nouveau explorés à la lumière des réponses d'Airbus. Apportant souvent des précisions par rapport aux précédents témoins sur la communication faite aux compagnies et pilotes, sur le ressenti du deterrent buffet à bord (vibrations préalables au décrochage), sur les indications de perte de vitesse ou les lois de pilotage, Christophe Cail s'est parfois opposé à certains d'entre eux sur des points précis.