Climat : des activistes poussent Shell à suspendre son assemblée générale

Le président du Conseil d'administration du géant pétrolier Shell a suspendu mardi l'assemblée générale de l'entreprise, en raison de l'irruption de militants climatiques chantant et apostrophant les actionnaires. Organisée par Extinction Rebellion, la manifestation intervient alors qu’une consultante du groupe a démissionné avec fracas en début de semaine, et qu’un investisseur institutionnel a décidé de s’abstenir sur le plan de transition, jugé insuffisant.

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Une vingtaine de manifestants pour le climat ont perturbé mardi l'assemblée générale annuelle de Shell qui doit demander à ses actionnaires de voter une résolution soutenant sa stratégie climatique.
Une vingtaine de manifestants pour le climat ont perturbé mardi l'assemblée générale annuelle de Shell qui doit demander à ses actionnaires de voter une résolution soutenant sa stratégie climatique. (Crédits : Toby Melville)

La pression monte sur la major pétrolière anglo-néerlandaise Shell, accusée d'aggraver le dérèglement climatique de par ses projets d'extraction d'hydrocarbures. Alors qu'une consultante du groupe avait déjà fait grand bruit lundi, annonçant sur LinkedIn sa démission à cause des « dégâts extrêmes » provoqués en connaissance de cause par l'entreprise sur l'environnement, des militants ont perturbé mardi son assemblée générale, qui se tient en ce moment à Londres.

« Arrêtez de vous leurrer en disant que vous ne faites aucun mal. Pensez à vos enfants et à votre famille. Ils n'échapperont pas aux effets de l'urgence climatique. [...] Il n'y a pas de dividendes de la pollution » ont-ils notamment crié environ une demi-heure après l'ouverture, avant de chanter « We will, we will stop you! » sur l'air du titre de Queen « We will rock you ».

En tout, plus de 70 activistes ont participé à cette action, a affirmé mardi Money Rebellion, affiliée au groupe écologiste Extinction Rebellion. L'ONG avait annoncé son intention de manifester avec d'autres organisations écologistes, après avoir perturbé ces dernières semaines les AG des banques HSBC, Barclays et Standard Chartered.

Suspension de l'AG

Face aux protestations, le conseil d'administration de Shell n'a eu d'autre choix que de suspendre l'événement, et d'attendre l'arrivée de la police et l'exclusion des militants. « Je regrette cela profondément » a souligné son président, Andrew Mackenzie, qui avait en vain appelé les manifestants à attendre la discussion sur une résolution destinée au plan de transition climatique du groupe pour s'exprimer dans le calme. « Puis-je supposer que vous ne voulez pas que je parle ? », a-t-il ajouté par-dessus les slogans.

« Nous avons fixé des objectifs de court, moyen et long terme (pour atteindre la neutralité carbone) et avons l'intention de les atteindre. Nous investissons déjà des milliards de dollars dans l'énergie à bas carbone, même si le monde aura encore besoin de pétrole et gaz pour des décennies », avait déjà fait valoir lundi une porte-parole de Shell jointe par l'AFP.

Un actionnaire se rebiffe

Reste que, la semaine dernière, un investisseur institutionnel, Royal London Asset Management (RLAM), avait lui-même publiquement critiqué le plan de transition de Shell, estimant que celui-ci ne diminuait pas assez la consommation de pétrole.

« Nous reconnaissons les progrès considérables faits par Shell dans ses efforts pour le climat [...] mais nous ne soutenons pas pleinement ce plan tel qu'il est présenté. [...] A notre avis, il n'y a pas assez de certitudes dans le plan qu'il soit aligné avec les objectifs de l'accord de Paris et les efforts mondiaux nécessaires pour contenir la hausse de température sous 1,5 degré celsius », avait écrit Carlota Garcia-Manas, une responsable de ce gestionnaire d'actifs - qui détient une part de 0,70% dans Shell, soit environ 1,2 milliard de livres.

Et de faire remarquer que le plan de Shell « repose fortement sur des compensations liées à la nature [à savoir le fait de planter des arbres pour compenser le CO2 émis, ndlr] et sur des cessions d'actifs » et comprend des projets « de nouvelles explorations de pétrole et gaz jusqu'en 2025 ». Or, RLAM « préfèrer[ait] que le groupe arrête l'exploration de façon imminente », selon le communiqué.

Il n'empêche que, de Shell à ExxonMobil, en passant par TotalEnergies (dont les AG auront lieu demain), les majors pétrolières et gazières ne comptent pas renoncer de si tôt à l'exploration d'hydrocarbures. Et ce, malgré les appels pressants de l'Agence international de l'énergie à stopper tout nouveau projet en la matière afin de se donner une chance ne pas dépasser les +1,5°C d'ici à la fin du siècle.

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Commentaires 2
à écrit le 24/05/2022 à 18:35
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Qu'ils sont bêtes, ces activistes. S'ils pensent que leur action va faire quelque chose pour le climat, ils sont vraiment naïfs. A moins qu'ils ne soient qu'hypocrites ?

à écrit le 24/05/2022 à 17:21
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Ces activistes ne "poussent" pas Shell à suspendre son AG : ils empêchent par la violence la poursuite des délibérations d'une AG d'actionnaires. C'est simplement du fascisme : le fait contre le droit, la rue contre la démocratie (d'entreprise). On a...

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