Golfe du Morbihan : le projet d’hydroliennes expérimentales verra le jour à l’hiver prochain

BRETAGNE. Retoqué par le commissaire enquêteur en septembre dernier pour cause de « site fragile » mais validé par le Conseil départemental de l’environnement, le projet d’immersion expérimentale de deux hydroliennes dans le Golfe du Morbihan verra bien le jour. Le préfet du Morbihan a tranché en faveur de l’expérimentation de trois ans. Les opposants au projet disposent d’un délai de recours de quatre mois.
(Crédits : Sabella)

Au moment où le gouvernement espère que l'Assemblée nationale votera mardi 10 janvier son projet de loi dédié aux énergies renouvelables, de l'éolien et au photovoltaïque, le préfet du Morbihan a décidé d'aller dans le sens des grandes priorités de l'État en faveur des EnR. Au grand dam des opposants et des plaisanciers, il a tranché : un nouveau site hydrolien verra le jour en Bretagne Sud à l'hiver prochain.

Malgré deux avis divergents précédemment émis, le préfet Pascal Bolot a signé le 2 janvier dernier l'arrêt autorisant le projet d'immersion de deux hydroliennes dans le golfe du Morbihan.

Initiée par Morbihan Hydro Énergies, société composée de la SEM 56 Énergies et de la société quimpéroise Sabella, cette expérimentation de trois ans prévoit d'installer en entrée de golfe, au large d'Arzon, deux hydroliennes de 250 Kw (kilowattheures) destinées à produire de l'électricité pour 1.000 habitants.

Installées à 100 mètres l'une de l'autre, les machines seront hautes de quatorze mètres en bout de pales. Leurs turbines de 8 mètres d'envergure utiliseront le puissant courant marin de la Jument dont les vitesses peuvent atteindre les 4,5 mètres par seconde.

10 millions d'euros d'investissements

« En route vers des énergies plus alignées avec nos valeurs » s'est félicitée la Sem 56 Énergies. « Ce projet d'immersion de deux hydroliennes contribue aussi à soutenir l'innovation technologique au service de la production d'énergie durable, alors que la Bretagne produit seulement 25% de l'énergie qu'elle consomme, et la création d'une filière d'excellence dans le domaine de l'hydrolien en Bretagne » fait valoir pour sa part Morbihan Hydro Énergies.

Lancé en 2014, ce projet à 10 millions d'euros d'investissements est soutenu par le programme Interreg de l'Union Européenne dans le cadre du projet Tiger de 45 millions d'euros qui vise à développer le marché de l'énergie marémotrice. En accordant son feu vert, le préfet du Morbihan a insisté sur le fait que « le développement des technologies dédiées à la production d'énergies renouvelables est un objectif prioritaire du gouvernement ».

Il a aussi annoncé que l'expérimentation se conclurait par un bilan sur l'installation des deux machines.

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Vers un recours possible ?

Cette modalité ne rassure pas pour autant les opposants au projet. La décision préfectorale est loin de faire l'unanimité d'autant que le représentant de l'état avait sur son bureau deux avis divergents.

Dans le cadre de l'enquête publique, le commissaire enquêteur Bernard Boulic a émis en septembre un avis défavorable. Il avait entre autres considéré que l'installation des hydroliennes était « un pari technologique osé dont les conséquences en cas d'avarie majeure sont sous-évaluées ».

Cette analyse a été battue en brèche en décembre par l'avis rendu par le Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques  (Coderst), et que le préfet a suivi.

Anticipant même, à terme, l'activité d'une ferme commerciale de plusieurs hydroliennes, les opposants et associations d'usagers du golfe sont vent debout, inquiets en premier lieu pour l'impact sur la vie sous-marine et sur l'usage des eaux du golfe.

Ils évaluent actuellement la suite à donner. Leur collectif dispose de quatre mois pour déposer un recours.

Mix énergétique et renouvelables

Pas de quoi influer sur la fabrication des deux hydroliennes, déjà démarrées sur le chantier de Sabella. Spécialiste de l'hydrolien, l'entreprise a levé 2,5 millions d'euros en juin 2022 afin de mener ses projets d'industrialisation et de R&D tout en finançant ses actions en cours.

Outre l'expérimentation dans le courant de la Jument, Sabella travaille aussi avec Akuo Energy sur le programme Phares.

Destiné à décarboner la production d'électricité pour les 800 habitants d'Ouessant, il vise à atteindre 65% d'énergies renouvelables dans le mix de l'île à horizon 2023.

Si l'éolien et le photovoltaïque apparaissent comme les priorités du gouvernement, l'hydrolien devrait aussi avoir sa part à jouer. Le texte qui arrive à l'Assemblée vise avant tout à rattraper le retard de la France : les EnR ne représentent que 19,3% de la consommation finale brute d'énergie.

Lire aussiÀ Ouessant, la Bretagne teste la chaîne de valeur de l'hydrogène vert d'origine hydrolienne

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Commentaire 1
à écrit le 12/01/2023 à 8:15
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Technologie qui existe depuis très longtemps mais qui comme tout ce qui concurrençait le trop puissant lobby pétrolier est restée lettre morte. Les lobbys tirent l'humanité vers le bas, systématiquement. Bon ils vont nous dire quoi les pros trucs et ...

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