Hydrolien : pourquoi Sabella reprend les activités de GE Renewable Energy

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L'hydrolienne D10, mise à l'eau pour la première fois en 2015 dans le Fromveur, puis en 2018 et 2019, pour expérimenter diversification du modèle énergétique de l'île d'Ouessant, devrait être immergée à nouveau cet été.
L'hydrolienne D10, mise à l'eau pour la première fois en 2015 dans le Fromveur, puis en 2018 et 2019, pour expérimenter diversification du modèle énergétique de l'île d'Ouessant, devrait être immergée à nouveau cet été. (Crédits : Sabella)
Sabella a repris en janvier les brevets et actifs des activités hydroliennes de GE Renewable Energy, qui au terme de cet accord est entré au capital de la société quimpéroise à hauteur de 15%. Dans un marché encore en devenir, la PME veut optimiser son concept de turbine pour atteindre un coût de l’électricité plus compétitif.

Spécialisée dans la conception et le développement d'hydroliennes, la société d'ingénierie quimpéroise Sabella a signé le 18 janvier dernier un contrat grâce auquel elle entend poursuivre sa croissance et son implantation sur le marché de l'électricité produite à partir des courants marins.

En rachetant les activités hydroliennes (arrêtées en 2016) de GE Renewable Energy, la PME de 25 personnes est devenue propriétaire d'un portefeuille de concepts et de technologies variées. Ces actifs comprennent les technologies développées depuis 2003 par la filiale de General Electric dans le domaine hydrolien, mais aussi par les sociétés issues du rachat des actifs énergie d'Alstom en 2015 (TGL, Rolls Royce, Alstom). Sabella met aussi la main sur Oceade, suspendue en 2017 et dont la technologie concerne trois types de turbines (DG III, DG IV, DG IV.1) dont la production s'est élevée à 1,6 GWh.

Sabella, qui a développé son propre concept de turbine, a désormais la possibilité de proposer les technologies les plus adaptées aux conditions naturelles de différents milieux. Avec l'objectif d'aboutir à un coût de l'électricité plus compétitif et qui se rapproche de celui des autres énergies renouvelables. Si le nucléaire se situe autour de moins de 50 euros du mégawattheure, l'éolien en mer baisse et s'affiche à 120 à 130 euros le mégawattheure tandis que le solaire se situe autour de 142 euros.

Valorisation des briques technologiques

« L'ajout des brevets et technologies étudiées par GE Renewable Energy et confirmées par des milliers d'heures d'expériences in situ va permettre d'optimiser la conception des générations de produits à venir, notamment pour de nouvelles applications, avec des impacts potentiels sur les turbines elles-mêmes, leur installation et leur maintenance. Ces briques technologiques sont à valoriser pour apporter des innovations, optimiser la performance et la fiabilité de nos hydroliennes et réfléchir à notre stratégie », explique Marlène Moutel, ingénieure commerciale chez Sabella.

GE Renewable Energy se pose d'ailleurs en partenaire et ne se désintéresse pas du secteur de l'hydrolien. Selon les termes du contrat, la société est également entrée au capital de Sabella à hauteur de 15 % et au sein du conseil d'administration. « GE Renewable Energy voit dans cet investissement un moyen de participer au développement de l'une des plus prometteuses des énergies marines renouvelables », fait d'ailleurs valoir le groupe GE dans un communiqué.

GE Renewable Energy a rejoint les autres actionnaires de l'entreprise quimpéroise : les fonds d'investissement Ecotechnologies de Bpifrance, Demeter Ventures et Go Capital, et les industriels comme Sofresid (solutions innovantes pour les ports), le groupe Farinia (forge, fonderie) ou Dourmap (électricité industrielle). Une partie du capital de Sabella est détenue par les salariés et les particuliers qui ont investi à l'automne 2019 via une campagne de financement participatif sur la plateforme bretonne Gwenneg.

Depuis 2016, la société finance ses investissements grâce à des levées de fonds. Elle en prépare une autre en 2021.

Immersion cet été de l'hydrolienne D10

Outre la crise du Covid-19, le plan d'affaires de Sabella, fondée en 2008, est pénalisé par le manque de visibilité du marché de l'hydrolien en France comme à l'international.

Remarquée pour son hydrolienne D10, mise à l'eau pour la première fois en 2015 dans le Fromveur pour expérimenter diversification du modèle énergétique de l'île d'Ouessant, Sabella accumule depuis 2019 les aléas techniques et électriques.

Immergée à nouveau en 2018 et 2019, avec l'objectif initial de produire 10 à 15 % de la consommation réelle d'Ouessant, l'hydrolienne a été remontée deux fois et se trouve désormais en maintenance à Brest. La PME travaille à un nouveau design complet de son système de connectique avant une possible nouvelle immersion à l'été. C'est une priorité pour capitaliser sur le retour d'expérience de ce démonstrateur.

En parallèle, le projet ouessantin de Sabella mené en partenariat avec Akuo Energy et la Région Bretagne a aussi pris du retard. Dans le cadre du projet Phares, deux hydroliennes D12 d'un diamètre de 12 mètres (500 kilowatts), pour lesquelles Sabella a fait construire un prototype de pale nouvelle génération et moins chère, seront immergées pour 25 ans dans le courant du Fromveur et feront partie d'une ferme pilote multi énergies. Ce mix énergétique sera aussi couvert par une éolienne (900 kilowatts), des panneaux solaires (450 kilowatts) et un système de stockage installés sur l'île. Les partenaires prévoyaient initialement de produire 80% de l'énergie électrique consommée grâce aux EMR, à compter de 2021. Finalement, en raison de délais de financements, la mise en place globale du projet est prévue pour l'été 2023. Les ambitions ont aussi été revues à la baisse : 65% de l'électricité sera liée aux EMR.

Stratégie internationale

Résolument orientée vers une stratégie internationale depuis plusieurs années, la PME quimpéroise pose ses valises à court terme. En 2018, Sabella assurait la promotion de ses hydroliennes en visant les zones non interconnectées au réseau électrique national. En Australie, par exemple, et en visant certaines communautés aborigènes isolées, mais aussi sur des îles des Philippines ou d'Indonésie. Mais les décisions politiques tardent.

« La stratégie énergétique des pays concernant l'hydrolien est encore en devenir. Notre priorité actuellement est de poursuivre les travaux d'ingénierie. La technologie a encore besoin de faire ses preuves. D'où l'importance du contrat signé avec GE Renewable Energy », reconnaît Marlène Mourel.

L'atonie du marché et la recherche d'optimisation des machines a également retardé le projet d'installation d'un site d'assemblage d'hydroliennes sur le nouveau polder du port de Brest destiné aux EMR. Sabella discute toujours avec Brest Métropole Océane mais les prévisions de construction et d'assemblages de 30 à 50 unités à horizon 2022-2024 sont repoussées à une échéance plus lointaine.

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Commentaires
a écrit le 26/02/2021 à 12:54 :
Tout comme les éoliennes offshore les hydroliennes vont chercher une énergie renouvelable et permanente, chaque euro investi là dedans le sera fait intelligemment. Que de temps perdu certes dans le seul nom de la cupidité des financiers et de leur lobby mais mieux vaut tard que jamais.

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