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Espionnage industriel et secret des affaires : les PME françaises sont-elles en danger ?

Photo de Florine Galéron

Florine Galéron

Publié le 02 février 2015 à 17:54 - Mis à jour le 05 février 2015 à 08:25

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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Chaque année en France, au moins 1 000 entreprises passeraient devant le tribunal pour une intrusion, un vol de données ou de technologies. Un chiffre largement sous-évalué pour le maire de Lavaur et ancien député Bernard Carayon, spécialiste de l'espionnage industriel. 12 ans après la publication de son premier rapport, la France n'a toujours aucune loi spécifique sur le secret des affaires et, la semaine dernière, le gouvernement a dû retirer son amendement face à la contestation des journalistes.

Déjà 12 ans que le chef de file de l'UMP dans le Tarn Bernard Carayon a déposé son premier rapport sur le secret des affaires. En 2003, à la demande du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, celui qui est alors député émet une quarantaine de propositions pour dessiner une politique d'intelligence économique pour la France. Objectif : lutter contre l'espionnage industriel.

"Dans cette 'guerre économique', j'avais précisé qu'il était indispensable de trouver un mécanisme juridique permettant de protéger des secrets technologiques, financiers et commerciaux de nos entreprises à l'instar de ce qui existe dans la plupart des institutions étrangères et en particulier aux États-Unis avec le Cohen Act."

Pourtant, 8 ans après, la France n'a toujours pas de définition claire du "secret des affaires", une notion qui n'a pas d'existence juridique dans le droit. En janvier 2011, une affaire d'espionnage industriel éclate chez Renault et trois cadres dirigeants sont accusés en première ligne. Depuis, rien n'a changé ou presque. Le 30 janvier dernier, face à la contestation des journalistes, le gouvernement a dû retirer son amendement introduit dans la loi Macron.

Retour à la case départ.

"Il y a un vrai problème en France à comprendre les enjeux de la guerre économique, souffle Bernard Carayon. C'est une guerre sans visage, sans image et souvent entre amis. Avec la dématérialisation de l'économie, ces intrusions ou ces vols de données sont très sophistiqués. La France n'a pas pris la mesure de la gravité de la situation qui se traduit en déménagement d'entreprises, en perte de technologies, en perte de marchés avec des dizaines et des dizaines de milliers d'emplois qui sont perdus chaque année en raison de ces vols."

Au moins un tiers de PME déjà touchées

Selon les services du contre-espionnage français (la DGSI), 1 000 cas relevant du secret des affaires font l'objet chaque année en France d'une procédure judiciaire. Des chiffres largement sous-évalués selon Bernard Carayon :

"Il y a un chiffre noir de la délinquance puisque beaucoup d'entreprises ne veulent pas dévoiler qu'elles font l'objet d'un rapt de technologies pour ne pas perdre leur clientèle. Probablement 10 à 20 fois plus d'entreprises sont concernées. On connaît un peu l'ampleur du phénomène grâce à des sondages menés auprès des entreprises. Ils montrent qu'en 5 ans le nombre de PME qui ont fait l'objet de cybercriminalité a doublé : il est passé de 15 à 33 % y compris dans notre région Midi-Pyrénées."

Dans une proposition de loi de juillet 2014 sur le secret des affaires, plusieurs députés de gauche soulignent les failles rencontrées par les avocats des entreprises. "La définition du vol ne prend guère en considération les biens immatériels ; le délit d'intrusion ne punit pas la captation de données, et le délit de révélation d'un secret de fabrique ne concerne que les salariés de l'entreprise", peut-on lire dans ce texte.

Autre difficulté soulevée dans la proposition de loi : les sociétés françaises sont parfois la cible d'avocats internationaux qui lancent des procédures judiciaires sous de faux prétextes et en profitent pour aller à la pêche aux informations sans aucune parade possible.

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Alors les entreprises sont-elles totalement démunies face à ces intrusions ? Pas tout à fait, selon France Charruyer, avocate toulousaine en droit des affaires. "Il existe déjà tout un arsenal législatif dans le droit français. Je pense par exemple à la clause de loyauté", observe-t-elle. Cette clause peut être inscrite dans le contrat d'un salarié et le contraint à une obligation de loyauté ou de fidélité. Son non-respect peut être un motif de licenciement.

Vérifier les clauses des contrats et former le personnel

Pour l'avocate, "une loi n'est pas efficace si, à côté, aucune formation dans les entreprises n'est prévue".

"Beaucoup de salariés se savent encore pas ce qu'est 'un cheval de Troie'. Il faut que les entreprises édictent un guide de bonne conduite pour sécuriser les données de la société et qu'elles vérifient les clauses des contrats de leurs salariés, sans pour autant mettre dos à dos salariés et chefs d'entreprises."

Même si le  "secret des affaires" a été retiré de la loi Macron, la question n'est pas réglée pour autant. Le rapporteur du projet de loi Macron Richard Ferrand suggère que "ce qui doit être protégé dans la vie des entreprises" soit rediscuté dans le cadre du projet de loi sur la protection des sources des journalistes. Un texte qui doit être débattu cette année à l'Assemblée.

Florine Galéron

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